Salon du Bourget - Pratt and Whitney a besoin du soutien d'Ottawa et de Québec

Paris — Le président de Pratt and Whitney Canada, Alain Bellemare, met en garde Québec et Ottawa contre la tentation de réduire leurs programmes d'aide à la recherche et au développement. Hier, au salon du Bourget, il a laissé entendre que la présence du motoriste au Canada était liée en bonne partie à l'existence de ces programmes.

«Nous n'avons pas de raisons fondamentales d'être au Canada, a prévenu M. Bellemare. Nous exportons 95 % de nos produits. On pourrait être aux États-Unis ou en Europe. Nous sommes ici parce que les gens sont créatifs, parce que nous avons développé une ligne de produits et parce que nous avons un partenariat avec les gouvernements.»

Budget Séguin

Cette mise au point du président de PWC a été suscitée par la décision de Québec de réduire de 12,5 % le crédit d'impôt pour la recherche et le développement. Annoncée dans le budget Séguin, cette mesure n'est pas du goût du constructeur, malgré ce qu'en pense le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet.

Au début du salon, celui-ci avait assuré que le secteur québécois de l'aéronautique ne souffrirait pas des compressions effectuées dans les programmes de subvention. «Ça nous affecte et nous sommes très déçus, a répondu le président de Pratt and Whitney Canada. Ça représente des millions [de dollars] par année. Ça ne va pas nous empêcher d'investir dans la recherche et le développement, mais ça nous enlève des outils pour affronter la concurrence mondiale.»

Pratt and Whitney dépense 400 millions par année au Canada, dont la moitié au Québec, pour développer de nouvelles technologies. Ces quelques millions de dollars de plus que la société devra payer en impôt ne vont pas la ruiner. Pourtant, Alain Bellemare se montre «inquiet». «Les aides forment un tout auquel il ne faut pas toucher, dit-il. Ça fait partie de l'équation de notre succès.»

C'est le cas du programme Partenariat technologique Canada, qui finance (sous forme de prêts sans intérêt) 25 % des activités de recherche et développement du motoriste. Le ministre fédéral du Commerce international, Pierre Pettrigrew, songerait à élargir le PTC à davantage de secteurs industriels. Le président de Pratt and Whitney s'y oppose. «Il ne faut diluer ce programme en l'ouvrant à d'autres secteurs, prévient-il. C'est aussi un outil de développement dont nous avons besoin.»

D'autant que Pratt and Whitney, contrairement à ses concurrents Rolls-Royce ou Snecma, ne peut pas compter sur des programmes militaires pour financer le développement de nouvelles technologies par la suite exploitées dans le civil.

L'A400M

Récemment, PWC a bien failli pourtant profiter des budgets européens de la défense, mais la tentative a tourné court: le motoriste s'est fait souffler, alors qu'il croyait l'avoir gagné, le contrat de l'A400M, le nouvel avion de transport militaire d'Airbus équipé de quatre turbopropulseurs.

Pratt and Whitney était donné favori. Sa soumission était la plus intéressante, a-t-on répété au Bourget. Le contrat, de plus de trois milliards $US, aurait eu des «retombées phénoménales pour Pratt and Whitney, pour le Canada et pour nos relations avec l'Europe», a lancé Alain Bellemare.

Airbus Military a finalement choisi le consortium européen Europrop International, qui regroupe notamment Rolls-Royce et Snecma Moteurs. Il faut dire que l'industrie de la défense, pour des raisons stratégiques évidentes, s'équipe rarement à l'étranger...

Pratt and Whitney a beaucoup dépensé pour l'apprendre et n'a pas apprécié la leçon. «Nous sommes profondément déçus, pour ne pas dire plus», a déclaré son président.

Le ministre Audet a regretté lui aussi cette «décision politique». «Pratt and Whitney était le meilleur soumissionnaire, a-t-il rappelé. Ce n'est pas un très bon signal qu'envoie l'Europe en cette ère de libéralisation des échanges. Ce n'est pas bien. Quand on ouvre des soumissions, il faut savoir accepter le résultat.»

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