La production porcine convoite les terres du sud de la Montérégie

La production porcine se réoriente depuis quelque temps vers l'amont des rivières Richelieu et Châteauguay, soit dans le sud de la Montérégie. Ces deux zones n'ont pas de surplus de fumiers, comme le reste de cette région, et sont, pour cette raison, attrayantes pour les intégrateurs intéressés à augmenter leur production parce qu'ils y trouvent des terres pour leurs épandages.

Selon un décompte partiel des projets connus dans ces régions, six projets de porcherie se préparent à Saint-Cyprien et deux autres à Clarenceville, dans l'amont du bassin de la Richelieu. Le projet de Clarenceville pourrait même être fort avancé.


Quant au secteur de la Haute Châteauguay, au sud de Sainte-Martine, près de la frontière américaine, des citoyens s'y mobilisent contre un projet de l'intégrateur Meunerie Côté-Paquette, composé de trois maternités, de pouponnières et d'un établissement de «finition» capables, ensemble, de produire 90 000 porcs par année. En tout, le projet créerait dans cette région 18 fermes porcines dont les citoyens craignent qu'elles contaminent la nappe souterraine, une des principales richesses naturelles de la région.


Les actions juridiques se multiplient. La Coalition rurale du Haut Saint-Laurent, un affilié de l'Union paysanne, en appelle d'une décision de la Commission de protection du territoire agricole devant le Tribunal administratif du Québec. Par ailleurs, la municipalité de Godmanchester est contestée parce qu'elle a émis un permis de construction à un producteur même si un règlement de contrôle intérimaire interdisait ce type de construction, soutiennent les opposants au projet. À Elgin, dans la même région, la municipalité fait face à un bref de mandamus de la part d'un producteur qui veut obtenir son permis malgré le règlement de contrôle intérimaire adopté pour stopper la production porcine et malgré un règlement sur les nuisances qui englobe les épandages de fumier.


La bataille qui fait rage dans la Haute Châteauguay autour de ces projets a abouti devant les services de santé régionaux. Les citoyens ont réclamé une évaluation des risques pour leur santé. La direction régionale de la Santé était d'accord pour le faire, mais les médecins n'ont pu avoir accès aux renseignements pertinents dans les dossiers du ministère de l'Environnement. Comme le promoteur s'oppose à ce que les informations contenues dans son dossier soient transmises aux autorités médicales, le processus est bloqué.


L'affaire est d'autant plus renversante que les directives du ministère de l'Environnement exigent pourtant du promoteur qu'il fournisse une analyse des risques que son projet fait courir à la santé publique. Et le ministère refuse aux autorités régionales de la santé l'accès à ces informations, selon Jocelyne Goyette, porte-parole de la coalition rurale. Normalement, l'Environnement demande plutôt aux autres ministères de l'aider à évaluer les impacts des dossiers soumis à son examen...


À Lacolle, le projet de l'intégrateur F. Ménard a été connu seulement au début de février. Mais peu de temps avant qu'il ne soit présenté à la municipalité, cette dernière adoptait un règlement de contrôle intérimaire par avis de motion qui paralysait la construction de ce type d'équipement, qui modifiait le zonage en conséquence, les règles d'urbanisme et les règles protégeant la santé du milieu, jusqu'aux normes de construction susceptibles de s'appliquer aux porcheries. Depuis, la municipalité a été mise en demeure par mandamus d'émettre les permis réclamés par l'intégrateur pour le 23 mai dernier, ce qu'elle n'a pas fait.


Il y a quelques jours, 129 jeunes de cette municipalité écrivaient au premier ministre Bernard Landry pour lui faire part de leur volonté de «continuer de vieillir dans un milieu où la pollution de l'air et de l'eau est beaucoup moins présente qu'à la ville». Pour ces enfants, en grande partie des fils et filles d'agriculteurs, ces nouvelles porcheries «menacent de détruire l'équilibre de notre système environnemental», ce qui les amène à affirmer qu'ils ne resteront pas «les bras croisés à ne rien faire et [à] regarder l'industrie porcine mettre en péril l'environnement dans lequel nous vivons».


Québec a décrété un moratoire sur la création de nouvelles porcheries pour «discuter» avec les représentants municipaux et l'UPA des nouvelles normes sur l'élimination des fumiers et lisiers, normes qui devraient être annoncées cette semaine. Les écologistes se sont retirés du processus pour ne pas avaliser un projet qui pourrait ultimement augmenter la production porcine, ont-ils dit.