Discours inaugural - Les six travaux de Charest

Le premier ministre Jean Charest a livré son premier discours inaugural, le premier des libéraux depuis neuf ans.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre Jean Charest a livré son premier discours inaugural, le premier des libéraux depuis neuf ans.

Québec - Dans son discours inaugural, Jean Charest a lancé son gouvernement dans la réalisation de six grands travaux, à l'image d'Hercule qui, lui, en avait toutefois réalisé douze. Le premier ministre se donne cinq ans pour changer «le modèle de fonctionnement» du Québec issu de la Révolution tranquille pour donner désormais la primauté aux libertés individuelles.

«Nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement» créé il y a une quarantaine d'années, a posé comme constat Jean Charest. «Moins de structures, plus de services» et un État qui se conçoit comme un instrument au service de la réussite de ses citoyens, préconise-t-il. «C'est cette réussite individuelle qui permettra une meilleure répartition de la richesse et une plus grande justice sociale», a promis le premier ministre.

Plus de services et moins d'impôt aussi. Malgré la situation des finances publiques et les «six budgets prétendument équilibrés» signés par le gouvernement péquiste dont il a dénoncé «l'inconséquence, l'insouciance et le manque de transparence», Jean Charest a réitéré son engagement de baisser les impôts de cinq milliards en cinq ans, à compter de 2004-05, tout en gardant le cap sur le déficit zéro. «Notre fardeau fiscal est un obstacle à notre développement», a-t-il dit, soulignant qu'il incite «nos gens parmi les plus brillants à gagner leur vie ailleurs» et les étrangers brillants à ne pas venir travailler au Québec.

Jean Charest veut en finir avec l'interventionnisme «à tout crin» qui est une stratégie de développement économique, selon lui, non seulement «ruineuse et inefficace», mais aussi de plus en plus contraire à la libéralisation mondiale du commerce. «L'avenir du Québec, ce n'est pas l'interventionnisme, c'est l'entrepreneurship», a fait valoir le premier ministre.

La «réingénierie» de l'État québécois passera donc par six grands travaux coordonnés par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, sous l'autorité du premier ministre. Mme Forget se chargera du premier des six travaux, une sorte de nettoyage des écuries d'Augias: la révision des structures de l'État et des programmes gouvernementaux.

Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, avec le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, reverront les modes d'intervention de l'État dans l'économie.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, s'occupera de la réorganisation du système de santé. À cet égard, M. Charest a indiqué que le nombre d'unités d'accréditation syndicale dans le réseau sera réduit. Le premier ministre a, par ailleurs, confirmé que le gouvernement ira de l'avant avec la modification de l'article 45 du Code du travail afin de faciliter la sous-traitance.

Le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, et la ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme, Nathalie Normandeau, feront l'examen des «perspectives de décentralisation et de déconcentration» en faveur des régions.

Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, est chargé de recentrer le réseau de l'éducation sur l'élève et l'étudiant. Parallèlement, M. Charest a dit qu'il lancera cette année un grand débat sur la qualité et le financement de l'enseignement universitaire, ce qui ne peut que déboucher sur une remise en question du gel des frais de scolarité.

Enfin, le sixième des travaux Charest est confié au ministre des Finances, Yves Séguin, qui devra simplifier et alléger le fardeau fiscal. Trop exigeante peut-être, la correction du déséquilibre fiscal ne fait pas partie de ces travaux herculéens. M. Charest a toutefois mentionné qu'il proposera à «nos partenaires canadiens» d'établir un bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal ainsi qu'un conseil de la fédération.

Sur la question des services de garde, le premier ministre a confirmé que l'universalité ne tient plus et que des parents paieront davantage que le tarif quotidien uniforme de 5 $. «Nous protégerons les garderies à 5 $ par jour pour le plus de gens possible», a-t-il dit. Les bases de financement seront revues et l'offre de service sera variée. «Nous voulons d'abord que tous les parents aient une place pour leurs enfants», a dit M. Charest, en rappelant qu'il manque 33 000 places dans le réseau à l'heure actuelle.

Quant au projet de loi sur les défusions, M. Charest a confirmé qu'il comprendra le principe de «fiscalité d'agglomération», un principe qui ne manquera pas de gonfler le compte de taxes des citoyens des villes défusionnées. Rappelant les motifs démocratiques que poursuit son gouvernement dans le dossier des défusions, M. Charest a lancé cette métaphore de vendeurs d'automobiles: «La démocratie n'est pas une option de notre véhicule collectif. Ce n'est pas un toit ouvrant dont on se sert lorsqu'il fait beau et que l'on ferme lorsqu'il pleut.»

Dans cet esprit démocratique, le premier ministre a indiqué qu'il présentera au printemps de 2004 un projet de loi pour modifier le mode de scrutin afin d'introduire un élément de la proportionnelle dans le système électoral, comme l'a rapporté Le Devoir dans son édition d'hier.

Le seul élément vraiment nouveau que contient le discours inaugural prononcé hier par Jean Charest touche la politique d'immigration. Reniant un pan important de la politique d'intégration des gouvernements précédents, tant péquistes que libéraux, le premier ministre a annoncé qu'il confiera aux organismes communautaires issus des différentes communautés culturelles la responsabilité de l'accueil des nouveaux arrivants. Ce sera donc à la communauté culturelle dont est issue le nouvel arrivant de se charger de son intégration à la société québécoise.