Commandite d'un salon annulé - Ottawa veut recouvrer 333 000 $

Ottawa tentera par tous les moyens de se faire rembourser les 333 000 $ payés en commandites pour un salon qui n'a jamais eu lieu ainsi que la commission de 12 % que la firme Groupaction avait touchée au passage.

«Ce dossier me perturbe profondément», a reconnu en Chambre le ministre des Travaux publics, Ralph Goodale. «Ce dossier a été référé à la GRC et j'ai pris des actions aujourd'hui pour commencer le processus de recouvrement de l'argent.»


La commandite avait été versée au Groupe Polygone/Expour pour organiser le Salon du grand air de Québec en février 2000, mais l'événement a été annulé quelques semaines avant la date prévue pour sa tenue. Pour son travail d'intermédiaire, la firme montréalaise Groupaction a encaissé 40 000 $.


«Une lettre a été envoyée [à Média I.D.A. Vision, l'agence émettrice des chèques pour le programme fédéral de commandites] demandant une explication pour les dépenses et, s'il n'y parvient pas, demandant que l'argent soit retourné», a expliqué le ministre. Média I.D.A. Vision avait touché ses 3 % habituels, soit 10 000 $.


Le ministre a indiqué qu'il tenterait de récupérer tout ce qu'il pourrait, c'est-à-dire la totalité des sommes. «Comme l'événement a été annulé, on pourrait penser que virtuellement tout l'argent pourra être récupéré à moins qu'une partie ait été dépensée légitimement selon les paramètres du contrat.» Même la commission de 12 % à Groupaction? «Nous étudierons cela, mais, personnellement, j'aimerais tout récupérer.»





Au moins cinq enquêtes


Ce dossier porte à cinq le nombre de cas dont le transfert aux autorités policières est confirmé. Le ministre refuse de les comptabiliser publiquement. Les quatre autres dossiers connus sont:

- les trois rapports au coût de 1,6 million que devait rédiger Groupaction sur les possibilités de commandites au Québec. Un de ces rapports manque à l'appel et les deux autres sont quasi identiques;

- la commandite d'un million de dollars pour financer un documentaire sur Maurice Richard ayant transité par Via Rail. Pour avoir fait passer l'argent des coffres de l'État à ceux de sa société ferroviaire avant qu'il n'aboutisse à la maison de production de Robert-Guy Scully, la firme Lafleur Communication a touché une commission de 120 000 $;

- la commandite de 550 000 $ pour produire des cédéroms de dessins animés à laquelle se sont ajoutés des «frais de production» de 120 000 $;

- la firme Coffin Communication a facturé 116 000 $ pour rédiger des rapports, dont un est introuvable, «post-mortem» sur l'efficacité des commandites pour lesquelles elle a servi d'intermédiaire. Ce travail aurait dû être rémunéré à même la commission de 38 000 $ (12 %) que la firme avait touchée.





Se refaire une image


Dans sa stratégie pour combattre ceux qui voudraient mettre en doute son intégrité, c'est aujourd'hui que le premier ministre Jean Chrétien dévoilera les mesures sur l'éthique qu'il avait promises il y a deux semaines.


Les lignes directrices encadreront les «activités des ministres à des fins politiques personnelles» — on pense aux activités de collecte de fonds des aspirants leaders du Parti libéral. M. Chrétien devrait annoncer que des rapports devront être remis sur une base régulière, et que les mesures seront rétroactives jusqu'à l'entrée au cabinet de chaque ministre.


M. Chrétien clarifiera aussi les relations entre les ministres et les sociétés d'État et confirmera que des amendements seront apportés cet automne à la loi sur les lobbyistes de même que la loi électorale touchant le financement des partis politiques. Un quotidien anglophone faisait état hier matin d'un plafond qui pourrait être imposé aux dons provenant des entreprises et des syndicats.





Avec la collaboration de Manon Cornellier