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Le grand journaliste Jean-V Dufresne couvrait l’Expo 67 pour Le Devoir. Exemple typique de son style, ces deux petits billets publiés en une du journal le 28 avril, au lendemain de l’inauguration.

De grâce...laissez descendre

Enfin, on le savait, mais à l’Expo ça parait encore davantage. Les hôtesses sont patientes, les policiers sont polis, les agents de sécurité font de leur mieux, mais les Montréalais, alors, agissent comme des sauvages.

Attendre sur les quais du métro, de l’Expo-Express, sur les rampes du minirail, c’est moche, mais ça fait partie de l’Expo. Une foire est une foire. Mais les Montréalais manifestent une impatience détestable qui pourrait bien tourner au tragique un jour: de grâce, laissez les gens descendre, avant de monter!

La cohue d’hier a eu lieu, presque toujours, sur les quais. Les rames bondées arrivent, les portes s’ouvrent, et l’on dirait un combat de gladiateurs. Il faut se frayer un chemin à coups de coudes et presque à coups de poings dans la cohue pour en sortir. Imaginez ceux qui ont des enfants, là, pendus aux bras.

S’il est possible d’apporter une amélioration au splendide métro de Montréal, c’est d’y coller au-dessus de chacune des portes de sortie: de grâce, laisser descendre!

Quant à l’Expo-Express, sur les quais, il ne semble y avoir aucun préposé. Il y en a quelque part, bien sûr, mais il faudrait doubler, tripler l’effectif. A plusieurs reprises hier nous avons des «sortant» et des «entrant» qui sont presque passés aux coups. Attentez les juillet de Montréal!
Le minirail, lui, est tout simplement débordé. Il fallait attendre une heure hier pour accomplir un circuit. Ici, aucun remède possible, puisque les visiteurs y trouvent une façon agréable, reposante et modique (25 cents) de visiter l’Expo, avec une vue en plongée.

Le problème du transport vers l’Expo et sur les lieux mêmes, semble donc devoir se poser très sérieusement. Les parkings alentour n’affichent pas encore complets, mais les touristes américains ne sont pas encore arrivés. Déjà, pourtant, sur la nouvelle route Bonaventure, c’était pare-choc à pare-choc.

Pour ceux qui prennent le métro, ce qui est encore le meilleur moyen de s’y rendre, un précieux conseil: A la station Berri-de-Montigny, prenez la ligne Atwater au lieu de la ligne Longueuil, si la foule est trop dense; descendez à la station Peel et prenez l’autobus numéro 168 qui vous conduit directement à la Place de l’Accueil. De là, après avoir visité le superbe musée d’art, le Labyrinthe, l’Homme dans la Cité et Habitat, prenez l’Expo-Express pour vous rendre dans les îles.

De la bière bavaroise aux gaufres

La chope de bière bavaroise est devenue le symbole de «l’exploitation» à laquelle se livrent les concessionnaires sur la Ronde. Les pauvres bavarois ont le dos large, mais ils supportent injustement à eux seuls la rancune publique.

Le pub anglais n’est guère mieux, dit-on. Et que penser de ce petit stand où l’on vend les gaufres aux fraises et aux bananes, à la sortie de l’Express: $0,99 la gaufre, s’il vous plaît, Monsieur! Vous êtes cuit: parce que vous avez déjà la gaufre dans la bouche et que le prix n’était pas affiché. Voilà pour la Ronde, mais certains pavillons nationaux, dit-on, n’ont pas pu résister à la tentation. Quatre dollars par personne pour écouter un peu de musique arabe dans un pavillon arabe; $80 à trois pour quelques morceaux d’agneau dans un restaurant européen.
Voilà qui n’est pas de bon augure, si l’on se rappelle le sort fait par une publicité du genre à la foire de New York. Les administrateurs de l’Expo sont très agacés par la situation. Chose certaine, ils seront stricts sur l’affichage des prix à l’entrée.

Ils comptent bien rappeler à l’ordre ceux qui abusent de la situation, mas ils observent aussi -comme l’a fait hier M. Maurice Novek, superviseur des restaurants de l’Expo - que l’aménagement d’un restaurant pour une durée de six moins entraîne des frais plus importants qu’un restaurant permanent. Quant aux concessionnaires, ils répondent volontiers que «c’était beaucoup pire à la foire de New York»...

-Jean-V Dufresne


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