Voile intégral - Le Canada invité à suivre l'exemple français

Une femme marche dans les rues de Kaboul vêtue d’une burqa. Des pressions se font sentir au Canada pour que le gouvernement banisse le port du voile intégral sur son territoire.
Photo: Agence France-Presse (photo) Nicolas Asfouri Une femme marche dans les rues de Kaboul vêtue d’une burqa. Des pressions se font sentir au Canada pour que le gouvernement banisse le port du voile intégral sur son territoire.

Le débat sur l'interdiction de la burqa a été relancé une fois de plus. Des pressions s'exercent pour que le Canada emboîte le pas à la France sur la voie du bannissement du voile intégral.


Au cours des derniers jours, le chef libéral, Michael Ignatieff, s'est inscrit en faux contre la détermination de la France. Il estime que le Canada ne doit pas suivre le courant et tenter de bannir le port de la burqa.

Cette déclaration a fait sursauter l'auteure du livre Ma vie à contre-Coran. Djemila Benhabib, qui a vécu une vingtaine d'années dans un pays musulman, estime que le port de la burqa n'a rien à voir avec la religion.

«J'ai vécu 20 ans dans un pays musulman et je n'ai jamais vu, en Algérie, des musulmans s'habiller de cette façon. Ce vêtement n'est pas greffé dans l'islam», a soutenu Djemila Benhabib.

D'un ton assuré, elle a affirmé ne pas comprendre et ne trouver aucun motif pour justifier le port de la burqa, ni la croyance, ni la tradition, ni la culture. Ce signe, elle le perçoit d'abord comme un geste politique.

La prise de position du chef libéral faisait écho à une demande du Congrès musulman canadien qui considère que la notion du multiculturalisme telle qu'elle est véhiculée au Canada devrait être mieux encadrée pour éviter d'accepter les glissements des courants religieux extrémistes.

Cette idée est reprise par Mme Benhabib qui estime qu'il faut lutter contre l'intégrisme. L'auteure considère qu'au XXIe siècle les femmes n'ont aucune raison de s'effacer et de cacher leur identité pour marcher dans la rue. «Les politiciens canadiens sous-estiment le danger de l'intégrisme musulman et ils n'y portent pas toute l'attention qu'ils devraient. Les démocraties respectent la liberté de conscience issue des luttes collectives. La burqa n'est pas liée à la liberté de croire ou de ne pas croire», a ajouté Mme Benhabib.

Au cours des derniers jours, le chef libéral a énoncé qu'il croyait «profondément dans la liberté de la religion et la liberté de la croyance». Il a fait état du nécessaire respect des choix, tout en attribuant à la société un rôle qui permet aux femmes d'être appuyées, si elles désirent échapper à l'emprise de leur foi.

Ces propos, aussi nuancés que possible, n'apaisent pas Djemila Benhabib. Elle dit souscrire à cette liberté, mais avoue préférer à la liberté religieuse la liberté de conscience. Elle insiste sur le fait que la burqa est réductrice tant pour l'homme que pour la femme. Le premier étant relégué à un statut d'éternel prédateur et la seconde étant perçue comme éternelle tentatrice.

«C'est une question qui regarde tout le monde et qui touche à la dignité des hommes et des femmes. Nous devons nous débarrasser de ce schéma stérile, infantilisant et animal», insiste-t-elle.

En France, le sort de la burqa n'en est pas encore jeté. Le premier ministre, François Fillon, a demandé au Conseil d'État d'étudier les possibles solutions juridiques qui lui permettraient d'interdire ce voile dans les services publics et les lieux d'accueil du public.
6 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 1 février 2010 06 h 39

    Tout voile dehors

    Accepter le port du voile, c'est endosser la brutalité faite aux femmes sous le couvert de la foi. C'est admettre l'avilissement de la femme. Pauvre M. Ignatieff toujours un peu à côté de ses pompes celui-là. Il devrait se cacher de temps en temps... derrière un voile au lieu de distribuer les sornettes comme il le fait si souvent!

  • Gilles Delisle - Inscrit 1 février 2010 07 h 13

    Une carrière politique terminée au Québec!

    Pour le chef libéral, sa carrière, au Québec, n'aura pas été très longue. Ses prises de position sur les accoutrements intégristes ne lui permettront pas de rendre aux élections, à moins que le parti libéral ne veuille absolument rater le coche encore une fois. De la même manière que Québec solidaire, qui ne prendra jamais son envol avec ses récentes prises de position sur les femmes voilées.

  • Jean de Cuir - Abonné 1 février 2010 10 h 11

    Penser le religieux?

    Cette discussion autour des différents "voilement" des femmes est aussi un symptôme: de la difficulté de penser le religieux en regard de la citoyenneté; de la difficulté de reconnaître que l’ on peut avoir une distance critique par rapport aux croyances individuelles et aux diverses conceptions du monde qui se présentent comme des absolus; de la difficulté de traduire dans le concret le fait que les personnes, qu’elles soient femme ou homme, sont de fait souveraines. Une dame, qui s’ affiche comme musulmane, énonce une suite d’ambiguïtés dans le Globe and Mail autour de cette question, et c’est un indice de la complexité des débats, car il faut penser ce qu’ est l’État démocratique, ce qu’est être citoyen ou citoyenne, ce qu’ est être libre.
    Par exemple, est-on libre de choisir de ne pas être libre, ce que tout intégriste fait! Ou encore, connaître suffisamment d’ histoire pour savoir qu’il n’y a aucun lien entre telle manière de se vêtir et telle croyance : pensez-vous qu’une divinité va ordonner que telle pratique vestimentaire soit une condition sine qua non de la manifestation du lien à la divinité et que cette pratique est de toute éternité? Poser la question, c’ est y répondre, à moins de ne pas vouloir la poser et de se réfugier dans l’arbitraire de son imagination.
    Aussi, je ne pense pas que l’on peut ignorer que la burqa, par exemple, est imposée dans certains pays par des communautés croyantes qui proposent ainsi une vision de la femme, une vision de la sexualité, une vision des relations familiales, qui sont radicalement opposées aux valeurs inhérentes à la déclaration des droits de l’ homme (sic), des droits de la personne, et ici, opposées à notre manière de vivre. La burqa ne peut, je pense, n’être que le symbole de cela. En choississant ce vêtement, on affiche la symbolique du vêtement, on affiche son opposition à la charte des droits. À moins de penser que ce n’ est qu’ un vêtement, comme d’ autres; on l’ a comparer aux casquettes de punk, aux écharpes, etc. Et alors, on peut poser le problème de la sécurité, ou la question de la voyeuse, ou celle de la relation entre le visage et la rencontre de l’autre. Ces questions se posent aussi en regard de la croyance qui sous-tend la dite burqa.
    Bref, il importe de s’interroger sur ce qu’ est le religieux et ce qu’il révèle de la condition humaine; de s’interroger sur la liberté de conscience : quelle est la nature du choix de ne pas être libre ( d’ahérer à une vision dogmatique du monde et de la vie ); est-ce que la charte porte une contradiction interne : la personne est souveraine et souverainement choisit de ne pas l’être !

  • André Lacombe-Gosselin - Inscrit 1 février 2010 10 h 46

    Intégrisme total ou partiel ?

    Que se passerait-il si tout le monde, je dis bien TOUS(hommes, femmes, filles, enfants, animaux) portaient la la burka ou le kirpan ou toute sorte de drap (voile intégral) sur le corps... avec une lunette périscope pour se diriger... pourquoi pas ? Ça donnerait une société de zombies et des individus renfermés sur eux-mêmes comme le prétendent tous les intégristes musulmans ou autres du même acabit. NON NON NON... La dessus, pas de compromis...
    Imaginons un instant un autre intégrisme: PLUS DE VÊTEMENT d'aucune sorte (TOUT=intégrisme, intégral, complet) pour tout le monde... à moins 20 C. au Québec comme il fait présentement... Pas besoin d'une grande logique pour comprendre?

    Alors, Adieu M. Ignatieff, Charest et autres "mollassons" de la cervelle qui prétendent nous représenter avec des compromis aussi aberrants.
    Dans l'espace public québécois, nous voulons savoir à qui nous avons affaire et le visage des gens est l'outil par excellence de cette communication.
    Ceux et celles qui veulent se couvrir ou se découvrir, l'intimité de leur foyer est l'endroit de TOUTES les libertés individuelles ou familiales. L'État n'a rien a faire dans les chambres à coucher...
    Alors, réveillez-vous tout le monde car des manipulateurs veulent vous imposer leurs normes à petites doses... sous couvert de religion, de bons sentiments, de tolérance... LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ !

  • Claude Daigneault - Inscrit 1 février 2010 11 h 28

    Le vent dans le voile

    Woody Allen a écrit: "L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible".

    Le chef du Parti libéral moribond vient une fois de plus démontrer l'exactitude de cette réflexion ex exprimant l'avis que le Canada ne doit pas s'opposer au port de la burka.

    Heureusement qu'il existe des Djemila Benhabib pour combattre à visière levée ces mâles moyenâgeux qui rêvent secrètement, en se gaussant de paroles creuses sur les "droits de la personne", de voir les femmes ramenées à la cuisine "nus-pieds et enceintes" comme le dit l'expression anglaise populaire. Et les droits du peuple bon sang !

    Que cet universitaire pédant en soit rendu à faire regretter "le p'tit gars de Shawinigan" laisse songeur. Voilà au moins un adversaire qu'on prenait plaisir à vilipender.

    Même la position timide de la France l'incommode. Décidément, le Canada est un navire qui prend l'eau de toutes parts, sabordé par le multiculturalisme et le manque d'identité. "Un pays sans bon sens" comme l'a écrit Pierre Perreault.