La tulipomanie, premier krach boursier!

Un printemps fleuri se prépare dès maintenant, en plantant des bulbes.
Photo: MARIE-ANDRÉE FORTIER – ART ET JARDIN Un printemps fleuri se prépare dès maintenant, en plantant des bulbes.

Au XVIe siècle, Constantinople (aujourd'hui Istanbul), alors considérée comme l'une des plus belles villes du monde, devient un centre de commerce, de communication, de culture et d'intrigues politiques. Le renom de ses jardins se répand aussi au-delà de ses frontières, et c'est de la Turquie que partiront les premières tulipes, vers l'Autriche et les Pays-Bas. Réservées aux riches, les tulipes, considérées comme des joyaux précieux, émerveillaient et jouaient un rôle si important qu'en 1634, leur prix connut une véritable explosion. Ce fut le début de la tulpomanie.

Les fins finauds achetaient et revendaient les bulbes de tulipes sans même savoir ce que serait la qualité de leur floraison. Les beaux parleurs (rien n'a changé...), non sans bénéfice, vantaient sans vergogne la rareté et l'indéniable beauté de ces fleurs, étourdissant par leur verbiage soporifique l'acheteur médusé, qui finissait par succomber, donnant ainsi deux charretées de blé, quatre charretées de seigle, quatre boeufs gras, huit cochons gras, douze moutons gras, deux fûts de vin, quatre fûts de bière, cent livres de fromage, un lit, un vase d'argent et des vêtements pour un seul bulbe nommé Viceroi.

Souvent, l'acheteur devenait marchand à son tour et revendait son bulbe. Le nombre des intermédiaires ne cessant d'augmenter, les prix poursuivaient leur escalade: 5000 florins (prix équivalent à la valeur d'un immeuble bourgeois de l'époque à Amsterdam) furent, semble-t-il, la somme la plus élevée donnée pour une tulipe nommée Semper Augustus.

Puisque tout ce qui monte finit invariablement par retomber, les prix commencèrent à chuter. De nombreux marchands firent banqueroute, des fortunes fondirent comme neige au soleil et beaucoup se retrouvèrent sur la paille. En avril 1637, tous les accords spéculatifs furent annulés et le prix maximum pour un bulbe de tulipe fut fixé à 50 florins.

Cela vous rappelle-t-il quelque chose? Comme quoi plus ça change, plus c'est pareil...

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Pour un printemps bleu, rose ou blanc...

Les mariages entre vivaces et bulbes printaniers sont toujours d'un effet surprenant. Voici quelques-uns de mes choix:

Pour un jardin bleu: le mélange ajuga en couvre-sol avec des scilles de Sibérie (Scilla siberica). À travers mon massif de Brunnera du Caucase, des petites touffes de jacinthes d'Espagne avec en fond de scène de la cataire (Nepeta). Avec la petite pervenche (Vinca minor) du Muscari armeniacum. Et enfin, quelques Iris reticulata aux fleurs plus foncées pour accentuer la floraison des myosotis.

Pour un jardin rose en ombre légère, j'ai choisi la superbe vivace Erythronium « Rose Queen » accompagnée de mes incontournables tulipes à fleurs doubles parfumées « Angélique ». Puis, sous un Prunus triloba, quelques narcisses « Pink Charme ». Pas toujours faciles à cultiver, donc pour le jardinier averti, quelques spectaculaires Eremurus « Romance », en vedette, bien sûr, et libres de toute concurrence...

Pour un jardin blanc, plantez autour de coeurs saignants blancs (Dicentra spectabilis « Alba ») des narcisses « Thalia » blanc neige et parfumés. Quelques Leucojum aestivum proches des pulmonaires blanches (Pulmonaria « Sissinghurst White ») et, mon coup de coeur, cette belle américaine originaire d'Oregon, Camassia leichtlinii « Alba », que m'a fait découvrir mon collègue Ronald Leduc, quoique les cultivars d'un bleu violet « Blauwe Donau » et « Caerula » bleu clair soient aussi extrêmement tentants!

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Toujours plus haut et plus loin...

« Flos solis farnesianus sive aster peruanus tubercosus. » Si vous avez fait ou, mieux, réussi vos cours « classiques », vous avez sans doute reconnu la description du topinambour, nommé ainsi en 1616 par Fabius Columna. Quoique pas vraiment indigène au Canada, on retrouve cette états-unienne, échappée de culture, voire naturalisée au Québec. D'ailleurs, les Hurons avaient sélectionné les plus beaux tubercules et en faisaient grande culture bien avant l'arrivée discrète de ce tubercule en France, vers 1607. Le topinambour (Helianthus tuberosus), proche parent du soleil (Helianthus annuus), est prolifique, lui, non pas par ses graines, mais par ses tubercules envahissants. Son tubercule, riche en inuline (15 % du poids frais), lui donne un goût d'artichaut fort caractéristique. Voilà pourquoi les Anglais le nomment Jerusalem artichoke, la corruption d'un des noms italiens: girasole aricocco. Bientôt nous retrouverons dans nos marchés des tubercules à peaux: blanches, jaunes, violettes et même rouges. Si leurs qualités gustatives s'améliorent après que la plante a subi plusieurs bons gels, pour la plantation dans le potager ou le jardin, il est préférable de la faire maintenant.

Toujours plus haut, car ses tiges atteindront sans difficulté plus de deux mètres de hauteur; mais hélas toujours plus loin, car cette combative prend tout le territoire qu'on lui octroie. Le jardinier futé doit donc prévoir l'invasion en limitant sa prolifération.

Crus, râpés et passés à l'eau glacée citronnée, servis en salade d'accompagnement, c'est comme cela que je les préfère, puisque les topinambours se digèrent facilement.

Recherchez le cultivar « Boston Red », qui produit des tubercules savoureux à la pelure rouge, ou le « Stampede », avec de gros tubercules à la chair blanche. Avec un peu de chance vous trouverez de l'« Hélianti », une espèce très propre (Helianthus strumosus), reconnaissable à ses tubercules très lisses. Il est préférable de les consommer rapidement après la récolte ou de les conserver au réfrigérateur, ou, mieux, dans une seau avec de la tourbe de mousse humide et conservés dans une cave froide.

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La semaine du jardinier

Samedi 26 septembre - Saint-Côme, Saint-Damien. Dans notre alimentation quotidienne, nous consommons bien peu de plantes indigènes canadiennes. Toutefois, vous connaissez sans doute le riz aquatique (Zizania aquatica et Z. palustris), nommé plus souvent riz sauvage, folle avoine ou zizanie aquatique. Toujours est-il que cette zizanie des botanistes n'a rien à voir avec la zizanie de la Bible... Dixit le frère Marie-Victorin, dans la Flore du même nom.

Dimanche 27 septembre - Saint-Vincent-de-Paul. Si les écureuils déterrent vos bulbes, voici quelques trucs maison. 1. Plantez-les le plus tard possible, juste avant les premiers gels. 2. Trempez les bulbes dans un répulsif à rongeurs avant leur plantation. 3. Déposez un grillage à poule par-dessus les bulbes avant de les recouvrir de terre. 4. Saupoudrez le sol de farine de sang. 5. Étendez des poils de chien ou de chat sur votre plate-bande. 6. Intercalez des fritillaires impériales et des narcisses parmi les plantations: leur forte odeur repousse les écureuils.

Lundi 28 septembre - Saint-Venceslas. Alexandre Dumas publia son roman d'aventures La Tulipe noire en 1850, quand l'obtenteur de la tulipe « Queen of the Night » prétendit que sa variété était quasiment noire. Certains considèrent que la tulipe « Black Diamond » serait actuellement la plus foncée...

Mardi 29 septembre - Saint-Michel. Surtout, pas de poudre d'os pour la fertilisation des bulbes, car elle attire les écureuils. Il est préférable d'utiliser un fertilisant inodore. Le fabricant et distributeur d'engrais biologique McInnes, de Stanstead, au Québec, importe de la Tunisie un minerai à haute teneur de phosphate (0-13-0) qu'il commercialise sous ce nom: os fossile.

Mercredi 30 septembre - Saint-Jérome. Une fois les cannas et dahlias arrachés, entreposez-les dans un endroit protégé du gel, mais pas trop chaud, jusqu'à ce que la terre soit sèche. Rabattez les tiges à 20 cm, puis retournez-les, les tiges vers le bas, les racines en l'air. Cette bizarre façon de faire permet de vider l'eau contenue dans les tiges creuses. Nettoyez-les des restes de terre (ne pas utiliser d'eau) puis installez-les dans des sacs en papier brun (ou des caisses en bois) remplis de tourbe de mousse ou de sciure de bois. Entreposez dans un endroit frais et humide, entre 5 °C et 9 °C.

Jeudi 1er octobre - Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus. Les Eranthis (danseuses hawaïennes) sont parmi les premières fleurs à nous surprendre au printemps. De couleur jaune vif, elles émergent d'une jolie collerette de petites feuilles. La plante minuscule ne dépasse guère les 5 cm de hauteur, et sa fleur ne mesure que 2 cm de diamètre. Il faut donc les planter en bon nombre, densément et bien en vue.

Vendredi 2 octobre - Saint-Léger. Chaque année ma petite colonie de danseuses hawaïennes s'exhibe au milieu de mes anémones de Grèce (Anemone blanda), une grande soeur de 12 cm de hauteur aux fleurs de marguerites... Tout simplement magnifique. Avant de planter ces petits bulbes, souvent déshydratés, immergez-les quelques minutes dans de l'eau tiède, pour qu'ils se gorgent d'eau.