Studio 42, l'odéon de tout un peuple

Sous la baguette de Kent Nagano, Beethoven occupe en ce 10 septembre tout l'espace du studio 42 de Radio-Canada. Un plan général du studio et de l'orchestre s'estompe. Apparaît le même studio, nu, qui peu à peu est envahi par des artefacts, des éléments de décor de toutes les émissions qui y ont été tournées ou diffusées. Par magie, ces objets se déplacent, s'adjoignent pour s'ériger en une sorte de colonne, monument aux deux bras hiératiques. On croirait assister à la reconstitution mythique de la création du monde, à tout le moins, d'un monde, le nôtre, celui qui nous a élevés au-dessus de notre quotidien profane, celui de l'ailleurs, celui de l'actualité comme celui du rêve.

Le studio 42 s'est transformé en pilier sacré, celui qui nous relie au tout autre. Mahler et Bizet enchaînent sur les grands noms et les grands événements du petit écran. Le studio est notre temple, le lieu de célébration de nos héros, de nos défaites comme de nos victoires. 35 ans d'offrande, 35 ans de mission, 35 ans de sacrifice, 35 ans d'exultation, 35 ans de célébration. Le studio 42 est l'odéon de tout un peuple, lieu sacré d'ovations, debout pour l'entrée de la plus que déesse Ginette Reno, qui sous la complicité des regards ensorceleurs d'animateurs et d'artistes, émissaires bénis des dieux, s'offre comme eux aux feux ardents ou tamisés de l'autel, pour nous livrer un chant incantatoire, un mot apaisant, une caresse, pour nous «faire la tendresse».