Perspectives: Le vengeur

Les amis de Pierre Paradis ont commencé à s'inquiéter dès le soir du 14 avril, quand ils ont vu Jean Charest inviter Daniel Johnson à monter sur la scène pour partager les honneurs de la victoire.

Déjà, la présence de l'ancien premier ministre au sein du comité de transition de M. Charest n'augurait rien de bon pour M. Paradis. De toute évidence, il ne fallait pas compter sur lui pour une recommandation. Quand M. Johnson a démissionné, en 1998, il s'est assuré de faire le désert autour de celui qu'il avait toujours soupçonné d'avoir sapé son leadership.

Deux ans plus tôt, M. Paradis s'était rendu à Ottawa, en compagnie de Georges Farrah et Jacques Chagnon, soi-disant pour implorer la clémence de Jean Chrétien, qui semblait déterminé à l'abattre. M. Johnson avait plutôt eu l'impression que son leader cherchait à l'affaiblir davantage.

En réalité, la rivalité entre les deux hommes remontait à 1983, quand ils se sont lancés dans la course à la succession de Claude Ryan. Ni l'un ni l'autre ne faisaient le poids face à Robert Bourassa, mais M. Johnson avait été humilié de terminer dernier. Lui, un fils de premier ministre, ci-devant Secrétaire de Power Corporation, se faire coiffer au fil d'arrivée par un «bouseux» de Bedford! Jean Charest aura finalement été son vengeur.

La formation d'un nouveau conseil des ministres réserve toujours son lot de surprises et de déceptions, mais il est tout à fait exceptionnel qu'un poids lourd comme M. Paradis soit laissé de côté. Il pouvait s'attendre à perdre son poste de leader parlementaire, mais de là à se retrouver le bec à l'eau... Son exclusion était incontestablement la nouvelle de la journée.

À moins que M. Charest n'ait appris des choses d'une gravité telle qu'elles rendraient M. Paradis inapte à assumer des fonctions ministérielles, cette décision est d'autant plus surprenante qu'il vient de se faire bien inutilement un ennemi mortel.

S'il voulait faire une démonstration d'autorité, c'est certainement réussi, mais il vaut parfois mieux garder un rival près de soi que de le laisser sans surveillance. Après une pareille humiliation, le premier réflexe de M. Paradis sera peut-être de démissionner. À la réflexion, il serait toutefois étonnant qu'il fasse ce plaisir à son chef.

L'étoile du nouveau premier ministre est présentement à son zénith, mais elle pâlira un jour ou l'autre. Inévitablement, les mécontents chercheront quelqu'un vers qui se tourner. M. Paradis n'était peut-être pas le plus populaire au sein du caucus libéral, mais le traitement cavalier qui lui a été réservé en choquera plusieurs. Sa feuille de route lui aurait mérité un peu plus d'égards.

Si M. Paradis apparaît comme le grand perdant de la journée, Monique Jérôme-Forget est la gagnante. On lui prédisait un prix de consolation pour la perte des Finances, mais sa nomination au Conseil du trésor en fait la femme forte du cabinet. La réussite du plan d'action de M. Charest dépendra au premier chef de sa capacité à dire non à ses collègues, qui viendront lui réclamer des budgets.

Yves Séguin a finalement eu le ministère qu'il convoitait depuis son entrée en politique, en 1989, mais le nouveau ministre des Finances n'aura pas la moitié du pouvoir que détenaient ses successeurs, Bernard Landry et Pauline Marois. Sa situation rappellera davantage celle de Jean Campeau ou encore de Gérard D. Lévesque.

M. Charest a pris un certain risque en confiant la Santé, l'Éducation et la Justice à des néophytes, mais René Lévesque avait fait de même en 1976 et le résultat n'a pas été si mauvais. La condition du succès est ici de bien les encadrer au niveau sous-ministériel.

Plus encore que la nomination de Françoise Gauthier à l'Agriculture, la surprise du jour est peut-être celle de Thomas Mulcair à l'Environnement. Après André Boisclair, le moins qu'on puisse dire est qu'il y aura un changement de style. M. Mulcair est du genre pit-bull. S'il se donne une mission, il peut être très opiniâtre. L'important est que ce soit la bonne.

mdavid@ledevoir.com
1 commentaire
  • Denis Roy - Inscrit 30 avril 2003 09 h 38

    Les finances publiques entre bonnes mains?

    Je réagis en tant qu'ancien employé de la CSST,(agent de la gestion financière à la Direction de la comptabilité, maintenant à la retraite). Confier la présidence du Conseil du Trésor à Monique Jérôme-Forget est pour le moins hasardeux. N'oublions pas qu'elle fut la présidente de la CSST à la fin des années 80 et qu'à ce titre, elle est responsable du plus gros déficit qu'a connu cet organisme depuis sa fondation en 1931. Son successeur a du s'attaquer au redressement d'un gouffre financier de 797 millions de $ qui avait résulté en une augmentation presque faramineuse des cotisations des employeurs. J'espère que Mme Forget a su apprendred de ses erreurs. C'est ce que je lui souhaite.