Décrochage: pour un Comité de la recherche en éducation

Tout comme le révèlent avec justesse l'article et l'éditorial du Devoir du 9 juillet, la lutte contre le décrochage scolaire s'avère extrêmement difficile, et la stratégie retenue pour lutter contre ce problème doit être revue. Selon plusieurs chercheurs, cette stratégie devrait reposer sur l'état des connaissances issues de la recherche, cibler notamment la prévention des difficultés d'apprentissage en lecture et des troubles de comportement, et être mise en oeuvre par un Comité de la recherche en éducation.

Il y a bientôt 50 ans, le Québec a rendu l'école accessible à tous. Vu la persistance du décrochage scolaire, le Québec vise maintenant à ce que chacun réussisse à l'école. Pour ce faire, il a mis sur pied la stratégie d'intervention Agir autrement. Or, malgré les ressources imposantes et les efforts généreux mis à contribution par les différents acteurs, cette stratégie ne semble malheureusement pas avoir produit les fruits attendus. Ces résultats ne doivent pas cependant décourager les investissements en éducation. Au contraire, il faut que le Québec continue à investir, mais il doit revoir en profondeur sa stratégie pour favoriser la réussite scolaire.

Les chercheurs responsables de l'évaluation de la stratégie font une observation importante, soit la non-utilisation des résultats issus de la recherche par les écoles. Il s'agit là d'un élément crucial, qui mérite que l'on s'y attarde. En effet, l'utilisation des résultats issus de la recherche — mobilisation des connaissances — s'avère être une avenue particulièrement prometteuse pour résoudre différents problèmes. Elle représente toutefois un défi collectif puisqu'en éducation, comme dans d'autres domaines, les connaissances scientifiques sont très peu utilisées par les acteurs de terrain et les décideurs. Il importe donc que ces différents acteurs développent une culture de recherche, qui contribue à l'enrichissement de leurs savoirs et à la rigueur de leurs pratiques.

Des pratiques favorables à la réussite scolaire devraient porter de façon prioritaire sur deux déterminants majeurs du décrochage, soit les difficultés d'apprentissage en lecture et les troubles de comportement. Ces problématiques sont celles les plus fréquentes chez les élèves. De plus, leur impact est particulièrement négatif sur la réussite scolaire. Or, il s'agit de deux problématiques pour lesquelles des progrès majeurs ont été réalisés sur le plan scientifique. De plus, dans les deux cas, des programmes de prévention sont maintenant disponibles. Ces programmes, dont la production et la démonstration de l'efficacité ont été réalisées grâce à d'importantes ressources humaines et financières, publiques et privées, doivent être mis au service des élèves.

Rappelons un passage majeur de l'article du Devoir: «Pour corriger le tir en 2009-2010, les chercheurs et les fonctionnaires du ministère suggèrent de s'attaquer à la gestion en silo en révisant les différentes initiatives ministérielles déployées au sein du réseau scolaire dans une optique d'harmonisation et de complémentarité.»

Or, comment assurer cette harmonie et cette complémentarité? À cet égard, il existe des exemples. Ainsi, l'Ontario, tout comme l'Australie, a créé un Comité de la recherche en éducation pour développer et implanter des politiques, des programmes et des pratiques appuyés par la recherche. Un tel positionnement fournit aux acteurs du milieu éducatif une orientation leur permettant de concerter leurs efforts.

Concertation nécessaire

Accroître la réussite scolaire requiert en effet que les différents acteurs scolaires, ministériels et universitaires, en collaboration avec les autres acteurs sociaux, se concertent pour établir un plan d'action basé sur les connaissances issues de la recherche, en vue de répondre aux besoins des élèves. Un tel plan fournit des balises aux écoles à propos des modalités de formation continue, du choix des pratiques, et de la collaboration avec les chercheurs.

Les ministères sont invités à exercer un leadership afin de rendre prioritaire la mobilisation des connaissances, à adopter un curriculum témoignant de l'évolution des connaissances, à soutenir la recherche en éducation, de même qu'à fournir un financement adéquat à la formation à l'enseignement. Enfin, les professeurs universitaires ont à assurer une formation de qualité à tous les cycles et à réaliser des recherches susceptibles d'avoir un impact positif sur l'enseignement.

Comité indispensable

Par conséquent, en cet été 2009, la stratégie devant être mise de l'avant pour viser la réussite scolaire doit impliquer impérativement une concertation formelle des différents acteurs, à la lumière de l'état des connaissances issues de la recherche. Dans cette perspective, il devient nécessaire que soit créé un Comité québécois de la recherche en éducation, qui favorise la mobilisation des connaissances issues de la recherche.

De plus, tout comme l'indique la Politique de l'adaptation scolaire, la première voie d'action à privilégier devrait être la prévention des difficultés d'apprentissage en lecture et des troubles de comportement, prévention déterminante pour accroître la réussite scolaire.