70% des enfants de neuf ans disent avoir été victimes de violence ou d'intimidation

La violence et l'intimidation règnent durement dans les écoles: alors que 70 % des enfants de neuf ans affirment en avoir été victimes, plus de un enfant sur dix a subi le taxage et le tiers d'entre eux ont été frappés ou poussés violemment dans l'environnement de l'école.

Pour ajouter à ce portrait sombre et troublant dépeint dans l'Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois par l'Institut de la statistique du Québec, on sait que 20 % des garçons de 16 ans affirment avoir porté une arme au cours des six derniers mois (couteau, chaîne, coup-de-poing, etc.), un pourcentage qui s'élève à 13 % chez les garçons de 13 ans. De plus, 8 % des petits garçons affirment avoir eu des «idées suicidaires sérieuses».


Voilà quelques-unes des troublantes statistiques révélées hier dans le cadre de cette enquête menée en 1999 auprès de 3700 jeunes Québécois de 9, 13 et 16 ans. Les données brossent un portrait très général de l'état de santé physique et mental des jeunes, de leurs habitudes de vie et de leurs relations avec leur entourage.


Au Québec, les données sont quasi inexistantes sur la violence et l'intimidation à l'école. Si, aux États-Unis, le phénomène du bullying — «brimades», «intimidation» ou «victimisation» — fait partie des principaux sujets de préoccupation, notamment dans les écoles, ici, il est encore méconnu, explique Céline Muloin, directrice générale de Tel Jeunes, un service d'aide téléphonique destiné aux jeunes et à leurs parents.


«La première étape dans l'intervention est la sensibilisation et la reconnaissance du problème, explique Mme Muloin. Au Québec, nous en sommes encore à cette étape de reconnaissance. Le problème est encore sous-estimé dans les écoles, où on apparente l'intimidation à de petites chicanes d'enfants.»


L'enquête le précise toutefois clairement: même si «la limite est ténue entre des comportements anodins et d'autres, problématiques, pour le jeune qui y est exposé de façon persistante, cette violence peut avoir des effets dévastateurs».


On se rappellera le cas extrême, mais bien réel, de la jeune Dawn-Marie Wesley, cette étudiante d'une école secondaire de la Colombie-Britannique qui s'est enlevé la vie en novembre 2000, excédée par l'intimidation — le bullying — dont elle était victime. Récemment, l'une des assaillantes de la jeune Dawn-Marie a d'ailleurs été jugée coupable de harcèlement criminel et d'avoir proféré des menaces de mort, un précédent dans l'histoire juridique canadienne.


«Les enfants parlent de "rejet" pour identifier les victimes», explique Céline Muloin, qui mène des activités de sensibilisation à ce phénomène auprès des jeunes de tous les cycles du primaire et du secondaire. On parle d'intimidation lorsqu'un enfant est ridiculisé, rejeté, bousculé, frappé, ignoré ou menacé par un ou plusieurs autres enfants. «L'intimidateur est perçu comme ayant plus de pouvoir tandis que la personne victime d'intimidation a souvent de la difficulté à se défendre», explique-t-on sur le site de Tel Jeunes (www.teljeunes.com).


L'enquête révèle que la victimisation à l'école diminue avec l'âge: de 69 % à neuf ans, ce pourcentage chute à 46 % à 13 ans et à 25 % à 16 ans. On apprend aussi qu'elle est plus le lot des garçons que celui des filles, peu importe l'âge. À neuf ans, un enfant sur trois affirme s'être fait pousser ou frapper violemment à l'école ou sur le chemin de l'école. Un sur quatre s'est fait menacer de se faire frapper ou de se faire détruire un de ses biens.


Mais qui n'a pas été un peu la victime d'un autre enfant à l'école? «Il y a toujours eu de l'intimidation dans les cours d'école», explique Daniel Martin, conseiller pédagogique de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui pilote plusieurs actions pour contrer ce phénomène. «Mais il y a maintenant une différence dans l'intensité de la violence et ses modes d'expression.»


«Ce phénomène était perçu comme un problème mineur lié à la dynamique normale des groupes d'enfants», écrivait le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) sur le sujet dans un avis publié en 2000. «Toutefois, à la suite de suicides d'enfants de niveau primaire et du premier cycle du secondaire, qui étaient victimes de harcèlement par leurs pairs, le harcèlement est devenu un objet majeur d'attention.»


Le CSE poursuit toutefois en soulignant l'inaction des écoles à propos du phénomène: «Ce qui étonne le plus, c'est que, malgré l'importance du phénomène, les enseignants et les directeurs semblent sous-estimer le problème et réagiraient peu pour y mettre un terme.»


Au ministère de l'Éducation, le phénomène du taxage constitue un sujet de préoccupation qui commande d'«aller plus loin», explique l'attaché de presse du ministre, Nicolas Girard. «Le ministre [Sylvain Simard] est très préoccupé par cette question-là, comme le sont les parents et les élèves. Il a d'ailleurs demandé au ministère de lui proposer, pour l'automne prochain, une stratégie d'action pour combattre le taxage.»


Fin juin, le ministère de la Sécurité publique présentera à ce sujet les résultats d'un sondage mené auprès de 17 000 jeunes par le truchement d'une trentaine d'organismes communautaires.





Voici quelques-unes des nombreuses données révélées par l'Enquête:


- de 11 à 13 % des jeunes souffrent d'embonpoint;


- 20 % des filles de 16 ans affirment avoir subi de la violence physique d'un partenaire amoureux;


- 10 % des filles de 16 ans ont subi de la violence sexuelle d'un partenaire amoureux;


- entre 13 et 16 ans, la consommation de drogues passe de 11 à 47 %;


- 10 % des jeunes sont touchés par l'insécurité alimentaire;


- 25 % des jeunes de 16 ans ont déjà redoublé.