Mais où donc s'en va le maire Tremblay?

«Le but du sommet, et c'est fondamental, c'est de renforcer la société civile», précise en entrevue le maire Gérald Tremblay.
Photo: Jacques Nadeau «Le but du sommet, et c'est fondamental, c'est de renforcer la société civile», précise en entrevue le maire Gérald Tremblay.

Le Sommet de Montréal débute aujourd'hui à l'École des hautes études commerciales (HEC). Point d'orgue d'une réflexion d'une demi-dizaine d'années menée par l'actuel maire de Montréal, Gérald Tremblay, cet événement est pour lui le prologue de l'histoire de cette nouvelle ville. Le Devoir l'a rencontré pour l'occasion.

Le maire de Montréal a le sens de la formule. Il aime, en une phrase, résumer un concept qu'il a savamment mis au monde. Un concept qui, la plupart du temps, est révolutionnaire. Du moins à ses yeux. Il en va ainsi des fameuses grappes industrielles. Il en va ainsi, également, du Sommet de Montréal.


L'ennui, comme le précise Gérald Tremblay en entrevue au Devoir, c'est que ces concepts sont parfois trop avant-gardistes, trop en avance sur leur temps. Ainsi en était-il selon lui des grappes industrielles. Mais en sera-t-il ainsi, également, du Sommet de Montréal?


À l'écouter, on pourrait être tenté de répondre par l'affirmative.


Les convictions du maire ne sont pas à remettre en doute. Loin de là. Rarement, même, aura-t-on vu un élu armé d'une telle volonté. Quand il soutient, sans arrière-pensées, n'avoir d'autres buts que de bâtir la nouvelle ville dans le plus grand respect de tous, il dit vrai. Certains le lui reprochent d'ailleurs.


«Lors des sommets organisés par le gouvernement, on connaissait "l'agenda caché", fait remarquer un habitué de ce genre d'événement qui désire garder l'anonymat. En 1996, par exemple, lors du Sommet socio-économique, on savait que le gouvernement voulait faire consensus autour de son intention d'aller de l'avant avec le déficit zéro. Mais, avec le Sommet de Montréal, le problème, c'est qu'on ne sait pas trop où veut nous mener Tremblay...»


Une chose est certaine, d'«agenda caché» il n'existe point. M. Tremblay souhaite bel et bien «rassembler les détenteurs d'intérêts autour d'une même table», comme il le dit. Il compte ainsi réellement «accélérer le changement», «valoriser la participation citoyenne» et «partager le pouvoir». «Je n'ai pas un agenda, j'ai un objectif: bâtir une nouvelle ville», résume-t-il.


Le problème vient plutôt du fait que les gens ne comprennent pas à quoi va servir le Sommet. Ni le simple citoyen, ni le groupe de pression ne saisissent parfaitement ce qui va ressortir des trois jours de discussions qui débutent ce matin. Il n'y a qu'à tendre l'oreille aux quatre coins de la ville pour entendre les Montréalais exprimer leur scepticisme.


Mais le maire persiste et signe: les vraies questions n'ont pu être posées lors de la campagne électorale et il est temps de les aborder de front. «Je sais que les gens sont impatients, affirme-t-il. Les gens demandent ce que j'ai fait dans mes 100 premiers jours, ce que je ferai dans les 200 premiers jours... Mais l'important, c'est que l'équipe et les personnes qui sont appelées à prendre des décisions aient un objectif.»


Et cet objectif, c'est de jouer aux échecs... Cesser de jouer aux dames pour jouer aux échecs, pour être plus précis. «C'est quoi les dames? C'est un jeu où tu manges un pion rouge, puis un autre et un autre, indique le maire. Il faut plutôt commencer à jouer aux échecs. Ça veut dire planifier les coups, ça veut dire savoir où on s'en va. Le court terme, c'est les dames. Le moyen et le long terme, c'est les échecs. Moi, si j'ai accepté de retourner en politique, c'est que j'ai un plan.»


Tout d'abord, le maire tenait à la mise sur pied d'un sommet de Montréal. Un sommet basé sur plusieurs concepts et formules élaborées par Gérald Tremblay, lesquelles peuvent selon lui se résumer en une phrase qu'il aime bien répéter depuis quelques années: «Innover sans répit pour créer et distribuer la richesse et stimuler le changement. C'est mon paradigme, c'est le nouveau paradigme.»


Bon. Et de manière concrète, ça donne quoi? Ça donne un événement de trois jours qui permettra au maire d'«aller chercher l'engagement des partenaires» en vue, dit-il, de la réalisation de projets concrets. «Les gens me disent: "tu as été élu avec un programme, tu n'as qu'à prendre les décisions". Peut-être, mais je ne suis pas convaincu qu'il y a beaucoup de citoyens qui aient lu le programme de l'UCIM [Union des citoyens de l'île de Montréal], je ne suis pas convaincu qu'on ait eu l'occasion d'en parler vraiment. Et là, le sommet nous donne une tribune privilégiée pour démontrer aux gens qu'on est à l'écoute.»


Pour ceux, donc, qui n'ont pas lu ledit programme, en voici les trois point principaux, lesquels seront abordés pendant le Sommet: faire de Montréal un «centre mondial de la santé», mettre en place une «plate-forme multimodale du savoir» et améliorer le sort des travailleurs autonomes.


Mais ces propositions ne forment en fait qu'une bien petite portion des propositions qui seront soumises aux 900 participants. Au nombre de 2600, celles-ci touchent tous les secteurs. Certaines sont très concrètes, d'autres le sont moins. Mais toutes proviennent des groupes et citoyens qui ont pris part aux sommets sectoriels et aux sommets d'arrondissements qui ont précédé LE Sommet.


«Le plus grand défi va être de faire les arbitrages, reconnaît le maire. Avec la qualité des interventions, ce ne sera pas facile... mais est-ce qu'on a le choix? Est-ce qu'on veut être partie prenante d'une réussite où est-ce qu'on veut gérer le statu quo?»


Voilà donc sur quoi s'appuie le Sommet: le rejet du statu quo. Mais quel est au juste ce statu quo que l'on pourfend à l'Hôtel de Ville? Pour répondre à cette question, le maire a fait appel à une formule à laquelle il a pensé en 1991 et qu'il aime bien répéter depuis: «Il y a trop de personnes en position d'influence et il y a trop de bénéficiaires du système qui privilégient une forme de statu quo parce que ça leur permet de continuer à profiter de leurs avantages, trop souvent au détriment de la collectivité.»


Il faut donc penser autrement. Et c'est ce à quoi s'affaire M. Tremblay depuis plus de dix ans. La conclusion de sa réflexion est celle-ci: il faut que les citoyens se mobilisent et que les élus partagent davantage le pouvoir. D'où le Sommet, qui permettra aux uns de s'impliquer et aux autres de trouver un moyen de faire participer le plus grand nombre au processus décisionnel, estime-t-il.


Le maire gagnera-t-il son pari? Reste à voir. Mais pour que la révolution promise ait lieu, il faudra d'abord que les citoyens assimilent le nouveau jargon technocratique du maire. Sans quoi, le maire devra revenir dans quelques années présenter à nouveau ses idées. Peut-être qu'alors, les groupes et les citoyens auront compris l'essence de ce discours avant-gardiste.





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Les objectifs du Sommet de Montréal selon Tremblay


«Le but du sommet, et c'est fondamental, c'est de renforcer la société civile, précise en entrevue le maire Gérald Tremblay. C'est de dire à la société civile, de façon non équivoque, que les grands changements vont dorénavant venir de bas en haut et non plus de haut en bas.»


«Le deuxième but, c'est de vivifier l'entreprise, poursuit-il. Ça veut dire que l'entreprise doit, et c'est là tout le concept des grappes industrielles, améliorer sa compétitivité et accélérer sa croissance en participant davantage aux activités communautaires.»


«Troisièmement, conclut-il, il faut recentrer le rôle de l'État. Je veux m'assurer que le gouvernement fédéral, dans ses champs de compétence, joue son rôle. Je veux m'entendre avec mon partenaire privilégié, le gouvernement du Québec, sur une nouvelle façon de gérer l'avenir. Pas le présent. L'avenir.»