Charest marque des points

Bernard Landry, Mario Dumont et Jean Charest ont fraternisé quelques instants avant d’entreprendre les hostilités.
Photo: Jacques Nadeau Bernard Landry, Mario Dumont et Jean Charest ont fraternisé quelques instants avant d’entreprendre les hostilités.

Placé sur la défensive, Bernard Landry a eu à répondre du bilan de son gouvernement lors du débat des chefs alors qu'il a essuyé les attaques de Mario Dumont et surtout de Jean Charest qui s'est avéré le plus efficace. Le chef libéral a même réussi à forcer le premier ministre à révéler que, bien que le Parti québécois courtise les électeurs fédéralistes, il avait un plan national de transition vers la souveraineté.

Nettement le plus à l'aise et le plus bagarreur des trois, Jean Charest est parvenu à déstabiliser M. Landry en faisant référence à Jacques Parizeau qui aurait répété, hier, que la défaite référendaire de 1995 était dû à l'argent et au vote ethnique. «Êtes-vous en train de nous dire que vous êtes d'accord avec cette déclaration regrettable du soir du référendum et qu'il a répété aujourd'hui même [hier] ? Il est en train de nous diviser à nouveau», a accusé le chef libéral, exigeant que M. Landry désavoue l'ancien premier ministre.

«Je n'ai jamais été d'accord avec quelque déclaration qui puisse heurter quelque segment de la nation québécoise qui est multiethnique. Si la déclaration de Parizeau est absurde, la vôtre quand vous dites que je cache le fait que je sois souverainiste est plus absurde encore», a répliqué M. Landry. En conférence de presse après le débat, il a dit que cette déclaration de 1995 était une «monstrueuse erreur» en ajoutant que, selon ses informations, M. Parizeau l'aurait qualifié lui-même de «malheureuse» hier.

M. Landry a exigé du chef libéral qu'il explique pourquoi une nation comme le Québec est une simple province d'une autre nation. «Je ne veux pas qu'on la mette sous le boisseau parce qu'on a pas l'énergie ou le courage de la faire», a-t-il dit. La question nationale sera l'une des trois priorités de son gouvernement avec l'économie et la santé. Mais M. Landry a révélé qu'un plan national de transition vers la souveraineté sera mis en oeuvre pour faire avancer les Québécois «vers leur destin».

Dans son introduction au début du débat, Jean Charest a abordé lui-même la question des défusions en se référant à René Lévesque . «Le Parti libéral du Québec ne fait pas campagne sur les défusions» et «je souhaite que les nouvelles villes réussissent», a-t-il dit. La question des défusions, pourtant embarrassante pour M. Charest, n'est pas revenue sur le tapis par la suite.

«J'ai tiré mon épingle du jeu [...]. J'ai gagné ce que je voulais gagner», a dit M. Charest de sa performance d'hier.

Devant ses deux adversaires, M. Landry a dit lui aussi qu'il avait atteint ses objectifs, si ce n'est qu'il a encaissé les coups sans s'emporter. «Mes conseillers m'ont dit les deux autres vont attaquer. Il fallait être d'attaque. J'ai atteint mes objectifs. On voulait qu'il y ait un débat? Il y en a eu un. Il a été franc», a-t-il dit en conférence de presse.

Pour une bonne part du débat, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, qui apparaissait tendu d'entrée de jeu, a semblé se tenir à l'écart des échanges entre les deux «vieux» partis, surtout quand il fut question de souveraineté. «Ce débat a uni M. Charest et M. Landry. Sur la santé, même vision. Sur la famille, même vision, Sur le rôle et la taille de l'État, même vision. Sur le court terme, même vision», a-t-il livré après le débat. L'ADQ propose un vrai changement, a t-il répété, quitte à se faire critiquer par certains. «Quand on brasse la cage, qu'on fait de profondes remises en question [...], on peut s'attendre à déranger bien des gens qui, eux, sont satisfaits de l'état des choses», a-t-il dit.

Bernard Landry a tablé sur le bon bilan économique de son gouvernement et sur la volonté du gouvernement d'améliorer la qualité de vie des familles. Sur la question de la santé, Jean Charest est revenu sur les listes d'attente et les mises à la retraite des médecins et des infirmières. Le premier ministre a répliqué en soulignant que les listes d'attente au Québec étaient parmi les plus courtes au Canada. Mario Dumont a défendu «l'addition» du privé au système public de la santé. Cette médecine à deux vitesses, qu'il a connue quand il était jeune, est «odieuse», a dit M. Landry, puisqu'elle remet en cause l'égalité des individus devant la maladie. «Je ne voudrais pas que quelqu'un passe devant ma vieille mère parce qu'il est millionnaire et parce qu'elle n'a pas d'argent.»

Dans le bloc réservé à la gestion de l'État, aux finances publiques et à l'économie, le chef adéquiste a subi les assauts de Jean Charest qui l'a accusé «de frapper sur la fonction publique gratuitement» en voulant abolir inutilement la sécurité d'emploi des fonctionnaires. Mario Dumont a critiqué le gouvernement pour sa dépendance aux revenus de Loto-Québec. «C'est assez le jeu», a-t-il dit, en choisissant plutôt Hydro-Québec. M. Landry a rappelé que l'État tirait moins de revenus du jeu que les autres provinces et qu'auparavant, cet argent allait dans les coffres du crime organisé. «Vous prétendez être le grand défenseur de la liberté, eh bien respectez donc les gens dans leur choix», a dit M. Landry.

Bernard Landry s'en pris au cadre financier du Parti libéral, qui promet des baisses d'impôt de 5 milliards. Ce cadre a explosé, a-t-il dit, et ces baisses d'impôt sont prématurées. Landry a ridiculisé l'engagement de Yves Séguin, qui songe à abolir la TVQ. «Vous lui demanderez comment il se fait qu'il voulait qu'on se fasse transférer la TPS d'Ottawa et qu'il veut abolir celle du Québec.» La TVQ rapporte 9 milliards de dollars par année.

Le premier ministre a encaissé les attaques des deux chefs sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, en insistant sur l'indépendance de sa gestion.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et Tommy Chouinard

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