Le pape serait-il homophobe?

En m'appelant la journée de Noël, mon père m'a fait un cadeau que le pape désavoue. Pourtant, mon père m'a seulement dit qu'il m'approuvait dans mon travail contre l'homophobie, pour la prévention du VIH, dans ma dignité de couple et familiale comme homosexuel. Dans ses récents propos adressés à ses évêques à Rome et bien médiatisés, le pape Benoît XVI semble plus montrer son homophobie qu'un quelconque enseignement de la Bible.

En réaction au pape, mon père m'a pour sa part rappelé qu'il m'aimait, sans condition, comme un père, comme un allié; il montre son amour du prochain comme je l'ai appris et comme je le vis chaque jour. Mon père m'a dit d'ignorer ce que le pape disait de moi et de poursuivre mon travail important.

En voulant montrer sa modernité et son actualité, le pape a souligné que l'écologie avait besoin de l'homme pour la maintenir. Certes, il arrive que la nature ait besoin d'un coup de pouce, et plusieurs s'y emploient. Mais la proposition papale ignore en même temps que les projets écologiques ont d'abord pour but de maintenir la diversité dans l'écologie afin de la prévenir du péril et des exagérations des hommes. Or s'il utilise la métaphore de l'écologie, c'est donc qu'il sous-entend qu'il faut maintenir la diversité et non la détruire. Pourquoi conserver la diversité? Parce qu'elle est «naturelle» bien sûr.

Le discours du pape semble bien mêlé en rejetant alors la diversité des orientations sexuelles et des réalités bisexuelles et transgenres. Pourquoi l'homosexualité devrait-elle être bannie et cachée du regard alors qu'elle est justement présente dans l'écologie?

Le propos papal tricote bien sournoisement qu'il faut aimer les homosexuels, mais pas ce qu'ils font, il indique donc aux «homosexuels», et à tous ceux et celles qui s'intéressent aux genres, aux orientations et aux transgenres, de rentrer directement dans leur garde-robe et d'ignorer ce qui les regarde, ce qui me regarde comme homosexuel.

Cela, je ne peux pas le faire. Je ne peux pas ignorer l'homophobie qui justifie des coups et des blessures contre des jeunes dans les écoles; je ne peux pas ignorer les nouveaux adultes qui sabotent leur vie et quittent leur milieu social ou familial pour avoir enfin la paix, mais qui se retrouvent seuls et isolés dans de nouveaux milieux; je ne peux pas ignorer ces pères de famille, et leurs enfants, qui par peur de se faire montrer du doigt quand ils réalisent qu'ils ont mis au monde des enfants mais qu'ils auraient préféré une vie gaie, cherchent le moyen de mettre fin à leur vie; je ne peux pas ignorer ces femmes qui saignent de la possessivité de leur ex-mari parce qu'elles aiment une autre femme.

Je ne peux pas non plus ignorer les gens qui pourraient éviter l'infection au VIH s'ils avaient le soutien affectif et social pour développer les stratégies qui les protègent, l'homophobie travaille contre leur vie et leur santé. Le problème n'est pas dans l'homosexualité, il n'est pas dans le toucher ou le réconfort qu'une relation sexuelle heureuse et consentie peut offrir; l'acte et le mode de vie «homosexuels», bien que différents, ne font aucun mal direct à personne, le problème est dans l'homophobie qu'entretiennent les hommes, les femmes et les papes de ce monde.

Accepter la diversité

Si le pape se réclame de l'écologie, il ne peut choisir la «bonne» et la «mauvaise» diversité, il se doit de les accepter même s'il ne les comprend pas. Le pourquoi de l'homosexualité reste quant à moi un mystère dans l'ensemble écologique, comme il y a plusieurs mystères protégés par l'Église, alors pourquoi voir ceci comme un problème? Il n'y a pas de questions de genre ou d'orientation qui tiennent quand les personnes aiment, comme il n'y a pas de question de meilleur ou de moins bon être vivant quand il y a une question écologique, c'est ensemble et globalement que la diversité doit être célébrée et maintenue, aucune sélection n'est juste.

Alors, comment le pape en arrive-t-il à faire des sorties si vives contre l'homosexualité, à la condamner comme si elle n'était pas l'expression d'un amour, certes différent, mais qui reste tout à fait bienfaiteur? C'est sans doute comme le sexisme ou le racisme que certains se sentent le besoin de proclamer sans raison ni justification.

Car l'homophobie est justement une extension du sexisme et du racisme, une attaque contre quelque chose qui est différent afin de rabattre ceux qui sont désignés aux yeux des autres, afin d'en faire des hommes et des femmes de seconde zone: ça sert seulement à faire mal, à blesser et à en tuer certains. L'homophobie est une façon de dire que l'on n'est pas capable d'aimer les autres et sans doute soi-même pour ses côtés «imparfaits». Clamer son homophobie est bien peu exemplaire dans ce temps des Fêtes, à quoi cela sert-il de détruire le bonheur des autres s'il ne vous fait pas de mal?

Pour ma part, c'est l'homophobie qui sera bannie à ma table ce soir, car j'inviterai mon amoureux et ses filles et ses garçons à venir dire combien nous nous aimons. J'inviterai aussi mon père et ma mère, et puis les jeunes amèneront leur conjoint et ceux qu'ils espèrent comme conjoints, les plus vieux amèneront aussi ceux que je peux considérer à un iota près comme mes petits-enfants, ils m'embrasseront tous, sur quatre générations, nous serons seize en tout.

Vous inquiétez-vous? Le plus vieux des petits a réalisé il y a deux ans par lui-même, du haut de ses trois ans, que son grand-père m'aime, moi, comme son papa aime sa maman. Il tient son inventaire d'amours bien serré sur son coeur et il n'y a aucun doute que nous en faisons partie.

Nous célébrerons ensemble que nous aimons les uns et les autres, que nos bras savent accueillir ceux qui en ont besoin et il y aura entre nous le message de mon père, un bien meilleur cadeau de Noël que celui du pape. Que cette nouvelle année soit sous le signe de la santé, de la paix et, sans homophobie, du bonheur et de l'amour.