Claudette Carbonneau déloge Laviolette

Québec — Claudette Carbonneau a remporté le plus gros pari de sa carrière: elle est devenue la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) hier. Elle est aussi la première femme à se hisser au plus haut poste de la centrale en 81 ans d'histoire. Selon diverses sources non officielles, le vote a été très serré et la victoire s'est soldée par une différence d'à peine une cinquantaine de votes.

La nouvelle présidente était visiblement émue et soulagée. «Je suis heureuse des résultats, mais je veux surtout dire un énorme merci à la confiance qui m'est faite et je veux assurer l'ensemble des délégués — peu importe le choix qu'ils ont fait à cette élection — de ma volonté de servir la CSN. [...] C'est la politique de la main tendue. Je crois en une CSN forte et en une cohésion entre les conseils centraux et les fédérations.» Et elle est convaincue que les gens se rallieront.


Mme Carbonneau a également souligné l'importance de l'élection d'une première femme à la présidence. «Il y a un certain nombre d'années qu'il y a des femmes à l'exécutif de la CSN et qu'il y a de plus en plus de femmes qui sont des déléguées. [...] Pour moi, il n'y a pas de surprise. C'est une progression.»


Le verdict est tombé dans la fébrilité en fin d'après-midi lors du congrès qui réunit jusqu'à aujourd'hui quelque 2000 représentants syndicaux de la CSN. De ce nombre, 1605 avaient le droit de voter et 97 % d'entre eux l'ont exercé. Le résultat a été on ne peut plus serré. En fait, le chiffre de 55 voix de différence circule.


Dès le départ, on prévoyait une chaude lutte entre Marc Laviolette et Claudette Carbonneau. Il est cependant impossible de savoir exactement comment ce combat s'est départagé. En effet, seul le candidat défait peut demander les résultats du vote, et M. Laviolette a choisi de ne pas le faire.


Bon joueur, Marc Laviolette a accepté la défaite en félicitant son adversaire et en lui faisant l'accolade. «Je voudrais saluer la nouvelle présidente de la CSN et l'assurer de tout mon soutien», a-t-il lancé. Le président sortant compte maintenant retourner à ses anciennes amours, soit le poste qu'il occupait au syndicat de l'usine de produits chimiques Expro avant de devenir membre du comité exécutif de la CSN, en 1994.


M. Laviolette a refusé de porter le blâme pour cette défaite. Il croit toujours que son bilan à la tête de la CSN est positif puisque la centrale a augmenté son effectif de plus de 30 000 membres sous sa présidence. Il a tout au plus qualifié le verdict des membres d'échec électoral. «C'est évident que c'est une déception... J'ai donné toute mon énergie au cours des trois dernières années pour bien m'acquitter de mon mandat, mais les membres ont décidé de confier ce mandat à Mme Carbonneau pour la suite des choses.»


Les supporteurs de Claudette Carbonneau étaient visiblement aux anges. Une foule de délégués — dont une majorité de femmes — ont sauté dans les bras de la gagnante lorsque la présidente de l'élection a prononcé le nom de la gagnante.


«C'est un grand moment. Les membres du congrès ont été sages. Les gens avaient besoin d'un renouveau», a souligné la troisième vice-présidente de la CSN, Denise Boucher. «Ç'a été une élection difficile. Maintenant, on passe à l'avenir», a pour sa part indiqué le premier vice-président de la CSN, Louis Roy.


Dans l'autre camp, plusieurs ont choisi de se rallier à la nouvelle présidente. «J'ai vu partir Marchand, arriver Pepin, Rodrigue, Corriveau, Larose, Laviolette. Je vois arriver Claudette et je vais travailler avec Claudette», a indiqué le deuxième vice-président de la CSN, Roger Valois.


Du côté des travailleurs de la construction et de la métallurgie, cependant, on a encaissé la défaite avec un peu plus de scepticisme. «Mme Carbonneau devra respecter les orientations votées par ce congrès, qui ont été élaborées sous le leadership de Marc Laviolette», a précisé le président de la Fédération de la métallurgie, Alain Lampron.


«Au cours des deux dernières années, Marc a soutenu notre action», a souligné le président de la CSN Construction, Ted McLaren. «On espère que la nouvelle présidente poursuivra dans cette lignée.» Les syndiqués de ce secteur se battent contre les velléités de monopole de la FTQ depuis quelques années.