Réduction des émissions de gaz à effet de serre - Le Canada a les moyens d'imiter l'Europe

La Fondation Suzuki et l'Institut Pembina ont rendu publique une étude démontrant que le Canada peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20 % sous la barre du seuil historique de 1990, et ce, d'ici à 2020, comme l'Europe se propose de le faire.

Cette étude a été réalisée pour le compte des deux institutions environnementales par la firme M. K. Jaccard and Associates. Elle mise sur une politique de prix de la tonne de carbone, qualifiée de «considérable» par les auteurs, et sur une approche réglementaire sans échappatoire et de substantiels investissements privés et étatiques, qui seraient globalement moins chers que le coût de l'inaction.

Au même moment, le Worldwatch Institute rendait publique hier une étude de son président, Christofer Flavin, qui démontre que les technologies actuellement disponibles ou à l'étape de la démonstration finale permettent d'envisager, d'ici à 2030, le remplacement de 40 % du pétrole présentement utilisé pour produire de l'énergie.

L'essentiel des gains serait réalisé dans les bâtiments (qui dévorent 40 % de l'énergie planétaire), par la cogénération (qui permettrait de réduire de 20 % les pertes de chaleur) et par un développement radical de l'éolien et du solaire, deux filières qui représentent déjà respectivement 40 % et 35 % des nouvelles capacités mise en oeuvre. En utilisant seulement 4 % de la surface du Sahara, ajoute l'étude, l'humanité pourrait produire toute l'électricité qu'elle consomme présentement, ce qui irait de pair avec les futures technologies de stockage.

Quant à l'étude des deux institutions canadiennes, elle précise que le changement de cap énergétique s'accélérera de lui-même si le prix de la tonne de carbone est fixé à 50 $ en 2010, pour passer à 125 $ en 2015, puis à 200 $ en 2020, pour finalement atteindre 300 $ en 2030. Les crédits d'émission devraient, selon cette étude, être mis aux enchères, ce qui rapporterait 87 milliards à l'État d'ici à 2020. Cet argent serait redistribué aux personnes à faibles revenus pour qu'elles puissent continuer de bénéficier d'un approvisionnement fiable en énergie, et le reste réduirait la facture globale des impôts payés par les contribuables et les entreprises.

Cette transformation de l'économie par ses sources d'énergie réduirait la croissance anticipée du PIB, de 2,2 % à 2 % par année, ce qui est jugé beaucoup moins cher que le coût de l'inaction, évalué à 5 % du PIB, indique le rapport. Tous les secteurs de l'économie augmenteraient leur production de 2005 à 2020, sauf ceux du pétrole et du gaz, qui verraient leur chiffre d'affaires péricliter nettement. Quant aux emplois, l'étude estime à 1,16 million le nombre de nouveaux emplois créés par le recours aux nouvelles stratégies énergétiques.

Les économies d'énergie et les réductions d'émissions de GES seraient principalement obtenues grâce au captage et au stockage du carbone produit par les installations industrielles, par la réduction des émissions fugitives attribuables au fonctionnement des raffineries, par l'accroissement généralisé de l'efficacité énergétique et par l'augmentation de la part des énergies renouvelables, qui remplaceraient notamment les combustibles fossiles dans le chauffage.

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