La Cité Écologique éclaboussée

Le 4 novembre dernier, le chroniqueur Michel David commentait la candidature de Robert Dutil à titre de représentant du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Beauce-Sud en ces termes: «Il serait peu de dire qu'à la fin des années 1980, M. Dutil ne constituait pas un pilier du gouvernement Bourassa. En réalité, il était plutôt un objet de gêne. En 1988, le bureau du premier ministre avait été très indisposé d'apprendre que M. Dutil, alors ministre de la Famille, avait installé sa femme et ses enfants dans une commune aux pratiques douteuses connue sous le nom de Cité Écologique de l'Ère du Verseau, située à Ham-Nord, dans la région des Bois-Francs. M. Dutil allait les rejoindre toutes les fins de semaine dans sa limousine ministérielle. Malgré le respect dû à la vie privée, M. Bourassa trouvait que cet arrangement envoyait un curieux message. À un point tel que M. Dutil avait été démis de ses fonctions à la Famille et muté aux Communications.»

Il est curieux de constater que personne ne s'est posé la question de savoir ce qu'un ministre avait pu trouver d'intéressant à la Cité Écologique. Les adversaires politiques de Dutil de l'époque avaient récupéré des qu'en-dira-t-on pour créer un «scandale» de toutes pièces sur le dos d'un projet d'école alternative.

Vingt ans plus tard, la Cité Écologique, un type d'écovillage de plus de 25 ans, fait encore les frais de la politique partisane et se fait encore éclabousser.

En 1988, la Cité Écologique était montrée du doigt pour avoir exigé de tous ses employés et résidents de ne pas fumer sur le site. La Cité était également montrée du doigt pour sa prise de position sur l'agriculture biologique comme solution à l'agriculture traditionnelle et son insistance à prôner une saine alimentation. Créant le plus grand désarroi, elle a mis sur pied en 1986 une école alternative exigeant une participation accrue des parents, l'enseignement par petit groupe, celui de la non-violence et celui des cinq grandes religions... Qu'en disons-nous maintenant?

On a qualifié la Cité Écologique de «commune» ou de «secte» peut-être parce qu'on se pense érudits, plein de bon sens et n'ayant plus rien à apprendre. Mais si c'était le cas, on cesserait de ruminer des rumeurs diffamatoires et mensongères et depuis longtemps démenties.

Nous ne défendons pas ici la candidature de Robert Dutil. Sa candidature n'a fait que nous nuire. Il ne s'agit pas ici de politique, mais bien des dommages collatéraux causés par celle-ci.

Si vous vous rendez à Ham-Nord, vous verrez que la Cité Écologique est intégrée dans sa communauté et prend une part active au développement écologique et économique de son milieu, et ce, depuis sa fondation. Nous travaillons en étroite collaboration avec la municipalité et les entreprises de notre village et de la région des Bois-Francs.

Assis à leur pupitre à Montréal, des journalistes hautains expriment leur opinion dédaigneuse sur des entreprises qui survivent de peine et de misère en tentant de relancer une économie vacillante en région. Qui est Michel David pour venir me dire que j'appartiens à une commune aux pratiques douteuses ou à une secte? Qui est Marc Laurendeau pour répéter sur les ondes de Radio-Canada les propos mensongers de Michel David? Qui sont ces journalistes qui se prennent pour Dieu en décrétant que nous vivons dans un environnement malsain? Quand sont-ils venus constater sur place ce que nous avions réalité comme projet d'écovillage?

Pour qui vous prenez-vous pour venir juger de nos valeurs et de notre mode de vie? Nous sommes des Québécois pure laine, respectueux de la loi et des règles de notre société. On n'exige même pas «des accommodements raisonnables» pour faire respecter un culte ou une religion quelconque, on veut seulement que vous nous respectiez comme n'importe quel autre citoyen. On vous interdit de vous prononcer sur ce que nous faisons. Nous ne sommes pas des personnages publics. Nous nous occupons de nos enfants, à qui nous donnons une éducation de qualité, nous prenons soin de nos terres et de nos forêts, nous vendons des aliments biologiques certifiés Québec Vrai, des vêtements en coton biologique et équitable, nous recevons des gens en quête de paix et de tranquillité à qui nous offrons un gîte, un restaurant entièrement bio et des soins de santé. Nos jeunes produisent un spectacle environnemental dans les écoles du Québec en parlant de solidarité, d'environnement, de commerce équitable et de conscience sociale.

Nous travaillons avec des organisations sérieuses et reconnues dans notre région. La région des Bois-Francs est l'une des plus avant-gardistes en matière d'implication pour un développement durable.

Qu'avez-vous donc à nous reprocher... Non, on ne vit pas en ville.. et après... On n'est pas plus arriéré pour autant et on a les mêmes droits et libertés que tout le monde.

La Cité Écologique ne fait de tort à personne et n'a jamais fait de tort à personne, preuve à l'appui.

Si vous voulez vous prononcer sur ce que nous sommes et ce que nous faisons... Remettez-vous à jour... invitez-nous à vos émissions de snobs, genre Tout le monde en parle... Après, on s'en reparlera. Sinon, bouclez-la!

Il y a des enjeux réels auxquels nous serons très bientôt confrontés, la souveraineté alimentaire, la lutte contre les OGM, le réchauffement climatique et ses conséquences, la crise économique et la récession, pour n'en citer que quelques-uns. Vous devriez vous efforcer de trouver des solutions réalistes et viables à tout cela au lieu d'écoeurer ceux qui se sont déjà mis au travail il y a fort longtemps...! L'écologie d'abord... Oui!

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Précisions du chroniqueur

Ma chronique du 4 novembre dernier intitulée «La relève libérale» faisait référence à des événements survenus à la fin des années quatre-vingt, il y a donc vingt ans de cela, à la Cité écologique de l'Ère du Verseau, et non à la Cité écologique de Ham-Nord d'aujourd'hui, réapparue après la faillite des entreprises qui la composaient, en 1990. À l'époque, plusieurs interrogations avaient été soulevées dans les médias, au point de conduire divers organismes comme la GRC, la DPJ, la SQ et le ministère de l'Éducation, à enquêter. Le bureau du premier ministre Bourassa a cependant décidé de ne pas attendre les résultats de ces enquêtes pour muter à d'autres responsabilités son ministre de la Famille, Robert Dutil, dont la femme et les enfants vivaient à la Cité. Nous savons aujourd'hui qu'aucune irrégularité ne fut retenue contre la Cité écologique à la suite de ces enquêtes.

Michel David