Présidentielle 2008 - La longue marche des Noirs pour la liberté et l'égalité

Qu'on le veuille ou non, moins de 150 ans après l'abolition de l'esclavage, la candidature et l'élection probable de Barack Obama, un Africain-Américain, à la présidence des États-Unis, renvoient historiquement et sociologiquement à la question de la race. Aujourd'hui, Obama est en effet le symbole vivant de la longue marche des Noirs américains pour la liberté et l'égalité, dont il est à propos de rappeler la mémoire de quelques grandes figures à travers les temps.

Frederick Douglas

Né esclave, Frederick Douglas (1818-1895) fut l'un des grands abolitionnistes du XIXe siècle. Après avoir tenté de diverses manières de s'affranchir, il devient libre en 1840. Il découvre The Liberator, le terrible hebdomadaire abolitionniste du temps, dont la lecture assidue lui a donné une «assez juste idée des principes, des actions et l'esprit de la réforme anti-esclavagiste [au point que] cette cause devient la mienne» (Mémoires d'un esclave, 2004).

En 1839, Douglas rejoint les rangs du Liberty Party, le premier parti politique anti-esclavagiste américain (obtient 7069 voix en 1840 et 63 300 en 1884 aux élections présidentielles) dont il devient le grand orateur. En 1863, Abraham Lincoln promulgue la Proclamation d'émancipation selon laquelle les «esclaves des régions en rébellion sont libres». Douglas fut le principal artisan du 15e amendement à la Constitution qui accorde le droit le vote aux Noirs Américains. Douglas fut aussi un grand antiségrégationniste dans les écoles ainsi qu'un promoteur des droits des femmes. D'ailleurs, il meurt en 1895 en rentrant chez lui après avoir prononcé un discours au National Council of Women à Washington.

Du Bois (1868-1963)

William Edward Burghardt Du Bois est né à Great Barrington au Massachusetts le 23 février 1868, soit cinq ans après la promulgation de l'émancipation légale des esclaves. Il a fait ses études en sciences sociales aux États-Unis (Fisk et Havard) et à l'Université de Berlin (1888-1892).

Ses trois études fondamentales sur la suppression du commerce des esclaves (1896), la question des Noirs aux États-Unis (1898) et les conditions de vie des Noirs à Philadelphie (1899) ont constitué le fondement de sa lutte pour l'amélioration des conditions socioéconomiques et des droits civiques des Noirs américains.

En 1910, Du Bois devient membre de l'Association nationale pour l'avancement des gens de couleurs (The National Association for the Advancement of Colored People, NAACP). De 1915 à 1935, il devient le directeur et l'éditorialiste principal de The Crisis, la revue officielle du NAACP. The Crisis devient très tôt la revue la plus lue et la plus influente politiquement chez les Noirs. Du Bois mourut à Accra (Ghana) en 1963 à l'âge vénérable de 95 ans en travaillant sur le vaste projet d'une encyclopédie consacrée au peuple africain: Encyclopedia Africana.

Rosa Parks (1913-2005)

Rosa Louise McCauley Parks, née le 4 février 1913 à Tuskegee, en Alabama, symbolise la lutte héroïque des Noires américaines contre la ségrégation raciale. Simple couturière, cette femme noire est devenue politiquement célèbre lorsque en 1955, elle eut le courage de refuser de céder sa place à un homme blanc dans un bus à Montgomery, en Alabama.

Son arrestation par la police et l'amende qu'on lui a infligée donne naissance, sous l'égide de Martin Luther King, alors jeune pasteur de 26 ans, à un mouvement de protestation et une campagne de boycottage de plus d'un an contre la compagnie de bus.

En novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis met fin à la ségrégation raciale dans le bus et la déclare inconstitutionnelle. Rosa Parks devient la «mère» du mouvement pour les droits civiques. Elle meurt en octobre 2005. Après son décès, la classe politique des États-Unis lui a rendu un hommage.

Martin Luther King (1929-1968)

Pasteur baptiste afro-américain, Martin Luther King Jr est né à Atlanta le 15 janvier 1929. Influencé par les idées de l'écrivain de Thoreau sur l'efficacité sociale et politique de la lutte active non violente, Martin Luther King fait, aux côtés des leaders du NAACP, de la désobéissance civile et de la non-violence de puissantes armes contre la ségrégation raciale et pour les droits civiques des Noirs américains.

En août 1963, il est à la tête de la marche sur Washington contre la discrimination raciale et pour l'égalité des droits civiques. C'est à cette occasion qu'il prononce le célèbre discours historique I have a dream (J'ai un rêve): «Nous ne pourrons être satisfait aussi longtemps qu'un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu'un Noir de New York croira qu'il n'a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l'eau, et la justice comme un torrent intarissable.»

Le président John F. Kennedy acquiesça à l'essentiel des revendications du mouvement. Mais JF Kennedy sera assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas. Et c'est le président Lyndon B. Johnson qui signera la loi américaine des droits civiques en 1964, instituant ainsi l'égalité des droits pour tous les Américains et interdisant toute discrimination raciale sur la place et la loi qui donne le droit vote aux Noirs (1965). Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la Paix en 1964. Il est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis et se voit décerner à titre posthume la Médaille présidentielle en 1977 par le président Jimmy Carter.

Obama: ce n'est pas la fin de l'histoire

Alors que Barack Obama naissait, le 4 août 1961, la plupart des Noirs ne votaient pas aux États-Unis. C'est dire la longue marche des Noirs pour la liberté et l'égalité. Obama candidat — ou président démocrate élu à la Maison-Blanche — témoigne certainement de l'évolution des mentalités par rapport à la question raciale aux États-Unis.

Mais attention! Ce n'est pas et ce ne sera pas la fin de l'histoire. Alan Berger, du Boston Globe, parle du «racisme latent» qui demeure une grande inconnue en prévision de l'élection présidentielle du 4 novembre prochain. Par ailleurs, le fait qu'un Afro-Américain devienne président ne serait pas synonyme de progrès pour l'ensemble de la communauté noire aux États-Unis. Mais cela s'appelle l'espoir. Et c'est déjà beaucoup.