Libre Opinion - Les risques d'une attaque américaine contre l'Iran

En acceptant que le sous-secrétaire d'État William Burns négocie avec l'Iran, chose interdite avant juillet 2008, le président Bush aurait mis en colère une partie de son administration, notamment le vice-président Dick Cheney. Pendant ce temps, le Congrès discute d'imposer un blocus considéré comme un acte de guerre par les experts, la marine se pratique à combattre l'Iran, Israël menace d'attaquer unilatéralement si l'Iran n'obéit pas et les néo-conservateurs américains proposent à leurs partisans d'attaquer l'Iran avant l'arrivée d'un nouveau président.

Ces événements semblent pousser les États-Unis vers un conflit alors que même le Pentagone estime qu'une attaque serait trop imprévisible et coûteuse. Avec les rumeurs qui circulent et les menaces lancées par des membres du Congrès, les citoyens sont en droit de se demander ce qui se passe réellement. Voici donc l'actualité de ce conflit selon des faits vérifiables.

Un blocus

Une résolution a été soumise au Congrès des États-Unis déclarant que les activités nucléaires de l'Iran étaient une menace à la paix mondiale et sommant le président de faire appliquer, entre autres, «la conduite d'inspections vigoureuses de tous les individus, véhicules, aéronefs, navires, trains et chargements en provenance ou à destination de l'Iran». La résolution 362, soumise le 22 mai 2008, n'a pas encore été adoptée, mais 220 membres du Congrès (51 %) l'ont appuyée et elle sera discutée au Comité sur les affaires étrangères avant un vote final.

Cette résolution, si elle est adoptée, implique l'imposition d'un blocus par des forces militaires, car il s'agirait d'inspecter de force le commerce international avec l'Iran. Appliquer un tel blocus est considéré comme un acte de guerre par les experts et la coutume du droit international.

Manoeuvre navale

Une force navale massive s'est pratiquée à combattre l'Iran après le début d'un ultimatum lancé le 19 juillet 2008. Deux jours plus tard, une force navale massive a mené un exercice militaire de dix jours nommé Operation Brimstone, lors duquel l'ennemi imaginaire était l'Iran. Cet exercice comptait plus de 12 navires, dont les porte-avions états-uniens Theodore Roosevelt et Iwo Jima, le sous-marin français Amethyste, le porte-avions britannique HMS Illustrious, ainsi qu'une frégate brésilienne.

D'ailleurs, vu cet exercice naval massif et les menaces de blocus, certains ont cru que la guerre était commencée et ont lancé la rumeur qu'une armada se dirigeait vers l'Iran — rumeur démentie par le département de la Défense.

Le début de Operation Brimstone arrivait deux jours après l'ultimatum des Six (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) lancé le 19 juillet 2008 et qui s'est terminé le 2 août dernier. Surnommée «gel pour gel» (Freeze-for-freeze), la proposition voulait que les sanctions internationales soient gelées à leur état actuel si l'Iran cesse ses activités d'enrichissement d'uranium. L'Iran n'ayant ni accepté ni refusé, les six États discutent de proposer au Conseil de sécurité des Nations unies de nouvelles sanctions punitives.

Israël

Le gouvernement israélien, de son côté, a déclaré qu'il allait unilatéralement lancer des attaques aériennes si les efforts diplomatiques pour convaincre l'Iran de mettre fin à ses activités d'enrichissement d'uranium échouaient. L'administration Bush affirme suivre un chemin diplomatique et demande à Israël de ne pas intervenir seul.

Les néo-conservateurs prêchent

Des milliers de supporteurs des Chrétiens unis pour Israël (CUFI) se sont réunis à Washington en juillet et ont discuté de la manière d'influencer les politiques internationales des États-Unis. Le CUFI a invité des néo-conservateurs à présenter leur position sur «la menace iranienne». Les trois conférenciers incluaient Patrick Clawson, du Washington Institute for Near East Policy, et fondateur du célèbre organisme pro-israélien American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), ainsi que Frank Gaffney, dirigeant du Center for Security Policy, un groupe néo-conservateur.

Les médias étaient exclus des rencontres, mais Ali Gharib, correspondant de l'Inter Press Service, a pu y assister subtilement. Selon ce journaliste et une vidéo obtenue par l'American News Project, plusieurs néo-conservateurs suggèrent, à l'instar de plusieurs proches conseillers du gouvernement, que le président Bush appuie une attaque israélienne contre l'Iran avant qu'un nouveau président soit en fonction.

Ces intellectuels néo-conservateurs et les partisans du CUFI croient dur comme fer que l'Iran veut détruire Israël et, pour s'en convaincre, ils citent l'ayatollah Ali Khamenei. Frank Gaffney affirme même que l'Iran est une menace directe pour les États-Unis et qu'il pourrait développer des armes pouvant transformer de grandes parties du pays en société pré-industrielle.

Des signes positifs

En envoyant le numéro trois du département d'État, William Burns, discuter directement avec un représentant du gouvernement iranien, le président Bush semble ouvrir les négociations. Gareth Porter, historien et spécialiste de politiques états-uniennes, considère qu'il ne faut pas croire qu'il s'agit d'une victoire des officiels voulant négocier, menés par la secrétaire d'État Condoleezza Rice et le chef du Pentagone, Robert Gates. En effet, le vice-président Cheney, qui souhaite éviter les négociations, n'aurait pas donné raison encore à Rice et Gates.

Aussi, l'Inter Press Service rapporte que le Pentagone est fortement opposé à une attaque contre l'Iran, considérant que cela déstabiliserait trop le Moyen-Orient et que l'armée états-unienne est déjà occupée par deux guerres actives. Le général Brent Scowcroft, ancien conseiller de Bush à la sécurité nationale, de pair avec le célèbre politicologue Zbigniew Brzezinski, ont fait pression pour que l'administration Bush cesse les menaces militaires et accepte de négocier sans imposer de préconditions.

Ainsi, il y plusieurs déclencheurs et risques possibles: un vote en faveur du blocus proposé au Congrès, une attaque israélienne ou un ordre présidentiel, comme le souhaitent certains. Un blocus et des bombardements de l'Iran semblent bien irrationnels et improbables, surtout avec la résistance du Pentagone, mais cela n'a pas empêché l'invasion et l'occupation de l'Irak.

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