Élections dans Berthier et Joliette - Le temps des récoltes est-il venu pour l'ADQ?

La percée de l'ADQ dans les sondages se fait fortement sentir dans les circonscriptions de Berthier et de Joliette où se tiendra une élection complémentaire le 17 juin. L'intérêt marqué pour le parti de Mario Dumont chez ces électeurs de Lanaudière force les organisateurs du Parti québécois et du Parti libéral à adapter leur plan de match à une lutte à trois imprévisible.

Cet électrochoc politique a fait réagir encore une fois le premier ministre Landry hier. Il estime que la popularité fulgurante de l'Action démocratique relève toutefois du phénomène superficiel. «Les choses qui gonflent trop vite en politique peuvent se dégonfler aussi vite», a déclaré le chef du PQ à l'ouverture d'un caucus spécial de ses députés.


D'autres élus péquistes ont toutefois exprimé leur inquiétude et leur incompréhension de la situation électorale. Car la popularité de l'ADQ ne se dément pas sur le terrain où Le Devoir a accompagné l'équipe de Mario Dumont jeudi dernier. Dans le village de Notre-Dame-des-Prairies (Joliette), le porte-à-porte dénotait un courant de sympathie bien palpable pour les représentants de l'ADQ, avec un appui frôlant les 40 % dans deux sections de vote fort distinctes.


Certains électeurs autrefois péquistes disaient regretter Guy Chevrette, tandis que d'autres se disaient prêts à voter ADQ en raison du report aux calendes grecques de la question nationale. Du côté libéral, parmi la centaine de personnes rencontrées, les électeurs semblaient pencher en faveur de Mario Dumont parce qu'ils sont insatisfaits du chef Jean Charest. Plusieurs personnes plus âgées soulignaient aussi «vouloir du changement et espérer que des jeunes s'impliquent en politique».


Lors de ces visites à domicile, plusieurs électeurs se disaient complètement désintéressés de la politique québécoise dans un premier temps, mais se montraient soudainement plus volubiles quand le représentant de l'ADQ commençait à parler de Mario Dumont.


Du changement


«Les gens veulent du changement et ils nous expriment leur droit de rêver à autre chose», soutient la candidate-vedette de l'ADQ dans Berthier, Marie Grégoire, pour tenter d'expliquer un comportement électoral, paraissant aussi inattendu que soudain, en faveur de l'ADQ.


Bien réel, toutefois, ce sentiment forcera les organisateurs péquistes à mettre les bouchées doubles, Gilles Baril en tête, d'ici à la fin de la campagne dans Berthier afin de faire élire un ministre, David Levine, que même ses adversaires qualifient de «brillant et sympathique». Mais le temps pourrait manquer au PQ.


«Si on avait le temps de rencontrer les 54 000 électeurs, ce serait facile pour M. Levine, explique le porte-parole du PQ, Simon Bissonnette. Nous sommes présents partout. Nous avons une bonne machine et une bonne attitude.»


Rencontré jeudi dernier, le ministre Levine s'est déclaré amoureux de la région de Berthier. Qu'il gagne ou qu'il perde, il compte s'y installer, mais il est persuadé que c'est en siégeant au Conseil des ministres qu'il pourra le mieux défendre les intérêts de la circonscription. «J'ai déjà abordé certains dossiers avec Mme Marois et M. Arseneau pour les agriculteurs.»


Le message de M. Levine ne passe pas toujours bien la rampe cependant. Dans une usine fabriquant des planchers de bois jeudi, M. Levine a été reçu froidement par un jeune travailleur qui s'est exclamé: «Comme ça, vous êtes en vacances dans le comté!»


Joliette


Dans Joliette, la porte-parole du PQ, Nicole Ricard, pense qu'il s'agira d'une «très belle bataille» entre le bloquiste devenu péquiste, Michel Bellehumeur, la libérale devenue adéquiste, Sylvie L'Espérance et le libéral de toujours Pierre Delangis.


«Les gens sont éblouis dans un premier temps par Mario Dumont, avoue Mme Ricard, mais ils tombent de leur chaise quand on leur montre le programme de l'ADQ, surtout en santé, un enjeu majeur dans le comté.»


Tout ce brouhaha autour de l'ADQ montre le grand dérangement provoqué par Mario Dumont et son parti dans cette contrée nationaliste. L'organisateur libéral, Pierre Bibeau, reconnaît d'emblée la côte à remonter pour le PLQ dans Lanaudière.


«Avec le Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord, c'est l'une des trois régions électorales les plus difficiles pour nous. C'est moins réceptif de prime abord, mais nous ne jetons pas l'éponge.»


Le grand manitou de l'organisation libérale dit avoir opté pour deux candidats «représentatifs des comtés, des gens de la place et proches du monde comme Carole Majeau dans Berthier».


Selon M. Bibeau, qui dit craindre l'effondrement du vote péquiste, les sondages favorables à Mario Dumont aident à «gonfler la balloune de l'ADQ», mais ne résisteront pas à l'analyse du programme adéquiste, permettant peut-être au parti de Jean Charest de se faufiler entre les deux autres formations le 17 juin.