Italie - The Godmothers

Rome — L'égalité des sexes fait son chemin, pas toujours pour le meilleur. Les quotidiens italiens affichaient hier à la une une sombre histoire de règlements de comptes entre bandes mafieuses dans le sud du pays.

Le scénario est sans surprise: une grosse cylindrée en prend une autre en chasse sur une autoroute et la course-poursuite se termine en fusillade meurtrière.


Mais les protagonistes sont beaucoup plus inhabituels. Car, dimanche soir, les chefs de clans n'étaient, selon la police, autres que des femmes quinquagénaires chaperonnant d'alertes jeunes filles, à peine sorties de l'adolescence.


«Manifestement, les choses changent, même pour les règlements de comptes», notait sobrement hier, le Corriere della Serra.


Les participantes de la rixe de dimanche étaient les épouses et petites-filles de dignitaires de la Camorra, l'organisation mafieuse qui règne sur la région napolitaine et tout le sud de la péninsule.


Les femmes du clan Cava d'un côté, les petites-filles d'un des chefs de la Camorra, Salvatore Graziano, et leur mère de l'autre se sont ainsi livrées à une bataille rangée prolongée dans la petite ville de Lauro, située à l'est de Naples. Les femmes de chaque camp sont restées sur le carreau ainsi qu'une adolescente de seize ans. «Ce qui s'est passé dimanche montre que désormais non seulement les parrains et leurs hommes ont le devoir d'éliminer les membres des clans rivaux, mais que leurs épouses et même leurs filles sont de la partie» poursuit le Corriere.


Pour les mafieux, en particulier ceux de la «Cosa nostra» sicilienne, la place des femmes est à la cuisine et elles ne sont autorisées à sortir que pour aller à l'église.


Parrains, marraines


À Naples, les «marraines» prennent pourtant de plus en plus la place des parrains traditionnels et défendent leur territoire avec au moins autant de détermination.


Une de ces «marraines» aurait même dirigé l'un des clans napolitains les plus puissants, prenant la relève de son frère emprisonné.


La fusillade de dimanche pourrait constituer un nouvel épisode dans la remise en cause du stéréotype de la femme italienne dont les hommes voudraient qu'elles soient tout à la fois, des mères attentionnées, des épouses dociles et des cuisinières hors pair.


Les «marraines» mafieuses, ne sont peut-être pas le meilleur exemple d'émancipation. Mais les femmes italiennes ont bien du mal à s'affranchir de cette image que les hommes continuent de vouloir leur imposer. Quand elles ne se desservent pas elles-mêmes.


Dans un article publié ce week-end par le magazine féminin, La femme moderne (Donna moderna), la ministre des Droits de la femme, Stefania Prestigiacomo, estime que la maternité et le fait de tenir la maison sont les plus sûrs chemins vers le bonheur.


Prestigiacomo commence ainsi sa liste des neufs clés de la réussite pour la femme moderne en affirmant que «la maternité est la plus grande, la plus importante, la plus extraordinaire expérience qui puisse arriver à une femme». Elle recommande aux lectrices de Donna moderna de s'épanouir dans le shopping, de soigner leur apparence, de prendre soin de leur mari, de voyager et de réaliser leurs rêves, qu'il s'agisse de monter une affaire ou de faire un enfant.