Le cimetière des Picotés

Combien de citoyens de Québec savent où se trouvait le cimetière des Picotés? Plus de cent personnes furent emportées par l'épidémie de grippe de 1700-1701. Les cimetières de la Sainte-Famille, Sainte-Anne et Saint-Joseph qui entouraient la cathédrale furent presque remplis. On se décida d'ouvrir un autre cimetière. La fabrique de Notre-Dame de Québec acheta de l'Hôtel-Dieu un terrain assez vaste, là où se trouvent aujourd'hui la rue Hamel et les maisons érigées dans ses environs.

L'épidémie de picote, ou petite vérole, de l'automne et de l'hiver de 1702 fit plus de trois cents victimes. Elles furent toutes inhumées dans le nouveau cimetière, ouvert sur le terrain acheté de l'Hôtel-Dieu. C'est à l'occasion de cette épidémie que ce cimetière reçut le nom de cimetière des Picotés, qu'il a gardé pendant un siècle et demi.

Le 21 mai 1703, les arpenteurs jurés Jean Le Rouge et François La Joue, à la demande de la fabrique de Notre-Dame de Québec, mesurèrent l'emplacement du cimetière des Picotés. Leur procès-verbal lui donne les dimensions suivantes:

«Savoir par une ligne droite le long de la clôture du jardin des Dames Religieuses de l'Hôtel-Dieu de Québec, la dite ligne longue de quarante-neuf toises, une autre ligne en retour d'équerre le long de la côte éloignée d'environ douze pieds au plus étroit, la dite ligne longue de douze toises plus une ligne parallèle à celle de la clôture des Dames Religieuses longue de cinquante et une toises et une autre ligne par devant du côté de la haute ville et les terres des MM. du Séminaire longue de douze toises un pied et demi, formant en cet endroit un trapèze, le dit terrain fermé des dites lignes faisant la quantité de six cents toises en superficie...»

C'est dans le cimetière des Picotés qu'on enterra la plupart des paroissiens de Québec, pendant plus d'un siècle et demi.

Le 20 mai 1728, la fabrique de Notre-Dame de Québec cédait à Nicolas Lanoullier, trésorier de la marine et conseiller au Conseil supérieur, une très petite partie du cimetière des Picotés pour lui permettre d'agrandir son propre terrain.

Le 30 novembre 1732, la fabrique Notre-Dame de Québec cédait aux Dames de l'Hôtel-Dieu un pied de terrain sur toute la partie qui longeait leur propriété. Celles-ci s'engageaient en retour à construire un mur de séparation qui serait, ensuite, entretenu à frais communs.

À différentes reprises, les citoyens qui demeuraient dans les environs du cimetière des Picotés essayèrent de le faire transporter ailleurs, en donnant pour raison que les odeurs qui s'en échappaient était dommageables à la santé publique.

Ce n'est qu'en 1861 que les corps du cimetière des Picotés furent transportés au cimetière Belmont. L'année suivante, en 1862, le terrain du cimetière fut divisé en lots à bâtir. Bon nombre de maisons s'élevèrent sur le site du cimetière des Picotés dès les années suivantes.