Éducation - L'anglais dès la première année, pourquoi pas?

À quel moment doit commencer l'enseignement de l'anglais langue seconde? Deux courants d'opinion polarisent le débat depuis le rapport Parent. Un premier courant, plus politique, craint que le fait d'enseigner très tôt l'anglais aux jeunes de langue maternelle française ne porte atteinte à la sécurité du fait français au Québec. Un second courant, plus pédagogique, croit qu'il faut profiter de la plus grande aptitude des jeunes à apprendre tôt une autre langue afin de favoriser un meilleur apprentissage de l'anglais.

Les auteurs du rapport Parent ont été incapables de trancher ce débat. Depuis, c'est le premier courant d'opinion qui a prévalu. Les conséquences de ce courant ne se sont pas fait sentir qu'au chapitre du moment où doit commencer l'enseignement. Tacitement, on a toujours réservé trop peu de temps à l'enseignement de l'anglais langue seconde. On a fait peu d'efforts pour recruter un corps professoral pleinement compétent dans ce domaine et fournir le matériel pédagogique approprié. Les résultats sont connus: la qualité de l'enseignement de l'anglais langue seconde est critiquée de toute part.

Pourtant, les jeunes Québécois de langue maternelle anglaise reçoivent l'enseignement du français langue seconde dès la première année. Si l'enseignement d'une langue seconde dès ce jeune âge avait des conséquences dramatiques sur la formation de l'identité culturelle et de l'apprentissage de la langue maternelle, nous le saurions depuis belle lurette. Or il semble que ce ne soit pas le cas, bien au contraire.

En France, l'enseignement d'une langue seconde commence dès la maternelle, soit dès trois ou quatre ans. On entend profiter des aptitudes plus puissantes du jeune enfant pour lui former l'oreille à une autre langue. Cet apprentissage plus hâtif facilite l'apprentissage de l'écriture et de la maîtrise d'une langue seconde plus tard. Pour les Français, l'enseignement d'une langue seconde permet de renforcer l'enseignement de la langue maternelle, pas de l'affaiblir. De plus, la maîtrise d'une langue seconde, sinon de plus de deux langues, est capitale dans le contexte de l'évolution de l'Europe et de la mondialisation.

Ici, les parents demandent que leurs enfants maîtrisent l'anglais à la sortie du secondaire. Cette demande est légitime et ne met pas en péril la sécurité linguistique des Québécois. Elle ne remet pas en cause la priorité que nous devons accorder à l'amélioration constante de l'apprentissage du français. Mais cette attente reflète une réalité essentielle de l'environnement immédiat de la société québécoise, membre de la fédération canadienne et participant pleinement à l'espace économique et culturel nord-américain. L'apprentissage de l'anglais est une nécessité pour le progrès individuel et collectif des Québécois.

Progrès social et culturel

Il ne s'agit pas de progrès seulement sur le plan économique mais aussi sur les plans social et culturel. La mondialisation ne se limite pas aux échanges économiques. Elle implique des échanges culturels qui sont impossibles sans l'apprentissage d'autres langues. Pour ces raisons, le système d'éducation doit fournir un enseignement de qualité de la langue maternelle et d'autres langues.

La réforme mise en place par le gouvernement actuel ne corrigera pas le problème. Certes, l'enseignement de l'anglais commence maintenant dès la troisième année. Toutefois, le temps total d'enseignement pourrait très bien ne pas augmenter. En laissant perdurer la situation, on ne fera qu'accroître les inégalités. En effet, seuls ceux qui sont davantage exposés à l'anglais ou qui ont un talent manifeste pour l'apprentissage des langues pourront se tirer d'affaire. Ne pas agir signifie renoncer à la responsabilité première du système d'éducation, c'est-à-dire favoriser l'égalité des chances pour tous.

Le Parti libéral du Québec est d'avis qu'il est temps d'apporter des changements significatifs à l'enseignement de l'anglais langue seconde. Ces changements doivent rompre avec l'approche frileuse des 40 dernières années. Ces changements doivent assurer que les attentes des parents et les besoins des élèves d'un apprentissage réussi seront respectés.

Nous proposons de commencer l'enseignement de l'anglais dès la première année. Cette proposition s'inscrit dans le cadre d'une augmentation du temps d'enseignement au primaire de 23,5 heures à 25 heures. Ceci permettra d'augmenter le temps total d'enseignement de l'anglais langue seconde au primaire. Aussi, rien n'interdira toutefois de procéder, comme c'est le cas à l'heure actuelle, à des formules pédagogiques comme l'immersion ou l'enseignement intensif.

Il faudra porter une attention particulière à l'implantation de ces propositions. Le climat de précipitation et d'improvisation qui caractérise la réforme en cours sera évité. Avant de procéder, il faudra réviser le programme pour toute la durée des études primaires et secondaires de façon à ce que tous connaissent, dès le départ, quel sera le parcours souhaité pour les élèves. Il faudra s'assurer de la disponibilité de professeurs qualifiés en nombre suffisant. Il en va de même des manuels et du matériel pédagogique correspondant au programme.

Idéalement, il faudrait être en mesure de permettre l'apprentissage d'autres langues, surtout au collège et à l'université. Nous y viendrons éventuellement. Tout en assurant la priorité à un enseignement de qualité du français langue maternelle, il importe en même temps de mettre l'accent sur la maîtrise de l'anglais langue seconde.