10 000 $ pour avoir accès à Chrétien

Moyennant la coquette somme de 10 000 $, une cinquantaine de personnes fortunées auront accès au premier ministre Jean Chrétien et à plusieurs de ses ministres québécois dimanche à l'occasion d'une réception privée à la résidence de Westmount d'un sénateur libéral.

Outre M. Chrétien, les ministres Martin Cauchon (Justice), Denis Coderre (Citoyenneté et Immigration), Stéphane Dion (Affaires intergouvernementales) et Lucienne Robillard (Conseil du trésor) seront de la partie. Le ministre des Finances et aspirant au leadership, Paul Martin, n'y sera pas.


L'événement, qui pourrait rapporter un demi-million de dollars, servira à éponger la dette de trois millions que traîne encore l'aile québécoise du Parti libéral du Canada. Des reçus pour usage fiscal seront émis. Impossible toutefois d'obtenir la liste des généreux invités. Tout au plus a-t-on indiqué, au bureau du premier ministre, que personne des firmes de communication Groupaction ou Groupe Everest, qui font la manchette depuis quelques semaines pour avoir reçu de lucratifs contrats du gouvernement libéral, ne serait présent.


«Je ne donne aucune information. C'est une réception privée. Je ne sais pas pourquoi je devrais parler aux journaux», a déclaré au Devoir le sénateur Leo Kolber, chez qui se tiendra la soirée. «C'est à ma maison, je n'ai pas l'intention de donner aucune information. Si des gens veulent dire qu'ils étaient présents, c'est leur choix.»


Le sénateur a affirmé que le paiement de 10 000 $ par personne pour assister à la réception n'était pas obligatoire. «Certains le feront, certains ne le feront pas», a-t-il dit au moment même où le premier ministre dévoilait à la Chambre des communes les grandes lignes de son plan d'action en matière d'éthique (voir texte ci-contre).


Les ministres présents n'auront évidemment pas à payer. «Voyons, je n'ai pas les moyens de payer ça!», a dit le ministre Denis Coderre, selon ce qu'a rapporté au Devoir son attachée de presse, Nicole Beauchamp.





Chrétien soutient Boudria


L'opposition a par ailleurs demandé la démission du ministre des Travaux publics, Don Boudria, à cause de son séjour à la résidence du président de Groupe Everest dans les Cantons-de-l'Est, mais en raison aussi de nouvelles allégations parues dans le Globe and Mail. Son chef de cabinet, Alain Pilon, aurait rencontré en 1999 des représentants de Groupe Everest pour discuter d'un futur contrat de visibilité pour les Jeux de la Francophonie de 2001 dont le ministre était à l'époque responsable. Le montant de 56 000 $ aurait alors été mentionné. Quelque temps plus tard, c'est à ce groupe que les Travaux publics ont donné le contrat, au montant de 56 000 $, sans appel d'offres.


Au bureau de M. Boudria, on expliquait hier que Groupe Everest n'était pas la seule firme à l'avoir approché pour mettre la main sur ce contrat, sans toutefois fournir de noms. Comme M. Boudria n'avait pas alors de ministère, ce sont les Travaux publics qui auraient pris le relais et octroyé le contrat à une des entreprises avec lesquelles le ministère a une offre à commandes.


Rien à se reprocher dans ce dossier, donc. Le premier ministre Jean Chrétien a d'ailleurs réitéré sa confiance en son ministre malgré les accusations de l'opposition.


«[Don Boudria] a commencé sa vie ici en travaillant au restaurant et il a grimpé tous les échelons. Il est le premier Canadien à avoir décroché son diplôme universitaire alors qu'il était ministre. Il est un membre honorable. Il fait du bon travail. Il travaille dans des circonstances difficiles mais il a ma confiance.»


Seul le Bloc québécois n'a pas joint sa voix au choeur. «On a envoyé M. Gagliano au Danemark. Ç'a changé quoi, ça?, a demandé le chef Gilles Duceppe. [...] Ça touche plusieurs personnes. Il y a comme un réseau qui existe et c'est cela qu'on veut voir. Il ne s'agit pas de remplacer une pièce par une autre pièce et dire que tout est fini.»


Le Bloc québécois demande la tenue d'une enquête publique sur toute cette histoire, ce que lui refuse M. Chrétien.


«On parle de cela à tous les jours à la Chambre des communes. On ne peut pas être plus ouverts que cela, a dit le premier ministre en Chambre. On n'a pas besoin d'enquête publique parce que l'opposition pose des questions à la Chambre des communes.»


M. Boudria, qui est visiblement ébranlé par toute cette histoire, n'a même pas parlé aux journalistes hier. «J'ai tout dit ce que j'avais à dire», a-t-il dit. En Chambre, il avait répondu à ceux qui demandaient sa tête qu'il n'avait pas pu tirer d'avantages d'un séjour dans un chalet pour lequel sa famille a déboursé 800 $.