Dépistage du cancer du sein et de l'ovaire - L'Ontario se dresse devant Myriad Genetics

Le Québec pourrait tirer profit de la contestation que mène le gouvernement ontarien contre le monopole que revendique la société américaine Myriad Genetics sur les tests de dépistage des mutations génétiques prédisposant aux cancers du sein et de l'ovaire. Faisant fi des poursuites que pourrait intenter la firme américaine contre sa province pour violation de ses brevets, le ministre de la Santé de l'Ontario, Tony Clement, a annoncé qu'il subventionnerait l'utilisation d'un nouveau test génétique permettant de débusquer les mutations associées aux cancers du sein et de l'ovaire. Mise au point à l'Institut Curie, la technologie retenue par l'Ontario est plus efficace et nettement moins coûteuse que la méthode proposée par la firme américaine.

Myriad Genetics a obtenu une série de brevets aux États-Unis, en Europe et au Canada sur les deux gènes BRCA1 et BRCA2 de prédisposition aux formes familiales de cancers du sein et de l'ovaire — qui comptent pour 5 à 10 % de tous les cancers affectant ces deux organes. À titre de titulaire de ces brevets, l'entreprise de biotechnologie se réserve l'exclusivité de tout test diagnostique visant à repérer les anomalies présentes sur ces gènes. Non seulement elle exige de procéder elle-même à leur dépistage dans ses laboratoires de l'Utah au coût de 3850 $, mais ceux qui voudraient avoir recours à un autre procédé doivent obtenir une autorisation et verser des redevances à la compagnie.

À l'instar de la France, l'Ontario refuse d'obtempérer à ces exigences onéreuses, particulièrement pour les systèmes de santé publics. Le ministre Clement a affirmé qu'il accorderait à sept hôpitaux ontariens le financement nécessaire à l'achat de l'équipement permettant d'effectuer le nouveau test génétique. Celui-ci permettra de repérer les petites variations anormales dans les gènes BRCA1 et BRCA2 qui prédisposeraient aux cancers du sein et de l'ovaire pour un coût trois fois moindre (1100 $) que celui exigé par Myriad Genetics.

Le Dr Diane Provencher, responsable de la Clinique des cancers familiaux du CHUM, volet sein-ovaire, s'est réjouie de la démarche de l'Ontario. Elle espère que de telles contestations permettront d'assurer aux femmes une meilleure accessibilité au test diagnostique compte tenu que cette méthode de dépistage peut sauver la vie de très jeunes femmes particulièrement à risque de développer des tumeurs cancéreuses.

Contrairement à l'Ontario, le Québec respecte le brevet de Myriad Genetics. Mais pour minimiser les coûts, les cliniciens soumettent dans un premier temps leurs patientes d'origine québécoise à un test permettant de retracer l'une des sept mutations spécifiques à la population canadienne-française. Bien que ce procédé viole les brevets détenus par la compagnie américaine, cette dernière n'a pas exigé jusqu'à maintenant de redevances pour son emploi.

Ce dépistage effectué dans les laboratoires du CHUM et de l'université McGill ne détecte toutefois pas certaines autres mutations et anomalies génétiques prédisposant au cancer du sein et de l'ovaire. Et lorsque aucune mutation d'origine canadienne-française n'est repérée dans l'échantillon d'ADN d'une patiente, les cliniciens québécois sont alors contraints d'avoir recours à l'expertise des laboratoires de Myriad Genetics en Utah moyennant les coûts élevés que l'on sait.

Voilà plus d'un an que Myriad Genetics a menacé les provinces de l'Ontario et de la Colombie-Britannique de poursuites si elles continuaient de procéder à des tests diagnostiques portant sur les deux gènes BRCA1 et BRCA2 sans leur verser de redevances. Alors que le gouvernement de la Colombie-Britannique a cessé l'automne dernier d'offrir ce test de dépistage à ses résidantes, le gouvernement ontarien est quant à lui prêt à poursuivre la bataille contre Myriad Genetics jusqu'en Cour suprême.