Mario Dumont au Devoir - À l'attaque !

Mario Dumont
Photo: Agence Reuters Mario Dumont

En 2002, le chef de l'ADQ a dû composer, pour le meilleur et aussi pour le pire, avec la montée inattendue de son parti. Tôt en 2003, Mario Dumont passera toutefois à l'offensive et fera des annonces publiques pour dévoiler ses candidats-vedettes et des volets de sa plate-forme électorale fort attendue. Voici, en cette fin d'année, la troisième et dernière des entrevues réalisées avec les chefs des trois principaux partis politiques du Québec.

Nouvel An oblige, Mario Dumont a décidé de prendre, pour ainsi dire, de sérieuses résolutions. Fini les doutes sur la maturité de son équipe. Fini la prétendue ambiguïté des idées préconisées par son parti. Fini le jeu défensif pour répondre aux détracteurs de son programme. Après avoir passé une année à gérer l'essor inattendu de sa formation politique, le chef de l'Action démocratique du Québec estime en effet que son organisation est maintenant mûre pour entrer en scène et passer à l'attaque. Sans tarder.

Dès le début de 2003, M. Dumont prendra les moyens nécessaires pour être fidèle à ses résolutions: chaque semaine, il procédera à des annonces publiques successives, durant lesquelles seront dévoilés l'identité de candidats-vedettes et différents volets de la très attendue plate-forme électorale de son parti. Du solide, promet-il, qui démontrera que l'ADQ, naguère négligée, est parée à prendre le pouvoir. Comme il l'a révélé en entrevue au Devoir, d'un ton aussi posé que déterminé, Mario Dumont souhaite dissiper toutes les incertitudes, largement véhiculées jusqu'à maintenant, sur les capacités réelles de son équipe à gouverner le Québec et prouver que ses idées tiennent la route.

C'est pourquoi des équipes de recherche, formées d'économistes et de spécialistes des domaines de l'éducation et de la famille par exemple, s'affairent, depuis quelques semaines déjà, à définir une plate-forme électorale, explique-t-il. Dès le début de l'année, elles arriveront non seulement avec des engagements électoraux, mais aussi avec leurs paramètres de mise en application, échéanciers et cadres financiers à l'appui, assure Mario Dumont. «Tout ce travail va nous permettre de faire des annonces sur notre programme électoral. On va prendre des engagements qui seront chiffrés, appuyés, et les gens pourront les juger», souligne-t-il, avant de préciser que les propositions de l'ADQ seront aussi documentées à partir d'expériences concluantes réalisées ailleurs dans le monde, notamment au sujet des bons d'éducation et de garde.

À ces annonces s'ajouteront celles de candidats adéquistes aux prochaines élections. «Le plus gros du travail cet automne, c'était de faire des approches en vue de pouvoir annoncer des candidatures à l'hiver. Vous allez voir apparaître, en janvier et en février, de nouveaux visages. Des annonces sont planifiées à ce moment-là. Notre équipe sera composée de personnes qui n'auront pas été vues dans l'univers politique, qui sont plus jeunes que la moyenne des gens qu'on voit en politique», indique M. Dumont. «Ces personnes auront juste assez d'expérience politique pour implanter les changements, mais juste assez d'inexpérience pour que l'énergie du changement demeure», se plaît-il à dire.

Avec ces annonces publiques à son agenda, Mario Dumont garantit une chose: il sera plus visible que jamais «sur le terrain». En tout cas, davantage que cet automne, alors qu'il était absorbé, surtout à l'intérieur de son parti, par la multiplication des membres (leur nombre est passé de 10 000 à 40 000), l'embauche de cinq fois plus d'employés aux bureaux de la permanence de l'ADQ à Montréal, la recherche de financement et de candidats, les débuts de son équipe parlementaire de quatre députés, l'arrivée d'un troisième enfant dans sa famille, et les événements moins heureux, dont les révélations du dossier criminel de l'organisateur Marc Snyder. De l'énergie, il en a encore pour affronter ce qui s'annonce être «une énorme année 2003», soutient-il.

Du reste, le chef de l'ADQ s'est voulu on ne peut plus rassurant en entrevue, dans son sobre bureau du Parlement, à Québec. Si 2002 fut une année axée sur la gestion de croissance, avec ses hauts et ses bas, 2003 fera bel et bien passer l'ADQ au stade de la maturité, croit-il. «Cet automne, c'est vrai, on avait une organisation très inférieure au stade où on avait amené notre parti dans les intentions de vote, reconnaît M. Dumont. Maintenant, on est beaucoup plus prêt. Avec tout le travail qu'on fait derrière les rideaux, on est en train d'atteindre une maturité organisationnelle.»

«Derrière les rideaux» s'orchestre notamment l'offensive «514», pour l'indicatif régional de Montréal, qui vise à recruter des membres mais, surtout, des candidatures intéressantes. «Un parti national qui prétend gouverner le Québec doit être présent dans la métropole», explique M. Dumont, qui veut se débarrasser de l'étiquette de «parti des régions» qui colle à l'ADQ. «On veut être un parti de tout le monde», précise-t-il.

Le parti n'a toutefois pas encore récolté les fruits de cette offensive, avoue Mario Dumont, mais il estime que l'ADQ a réalisé des progrès considérables. «Autant dans les milieux municipaux, d'affaires, les communautés culturelles et anglophone, le communautaire, le milieu artistique, il y avait vraiment une pénétration à faire à Montréal. On a eu, entre autres, de nombreuses rencontres dans toutes les communautés culturelles. On a été aussi très présent dans les médias ethniques. On veut des entrées partout», affirme-t-il.

Une baisse? Et alors!

«L'horreur en politique, c'est l'indifférence», estime Mario Dumont. Et il sait de quoi il parle: il a vécu «l'horreur», seul, pendant des années. Pas question de rechuter.

Si bien qu'aujourd'hui, devant les critiques acerbes des syndicats, les attaques virulentes des groupes communautaires et ce qu'il baptise lui-même les «campagnes de peur» de ses adversaires péquistes et libéraux, le chef adéquiste se fait philosophe et joue les fins stratèges. Parlez de moi en bien ou en mal, mais parlez de moi. Voilà ce qui compte à ses yeux: faire en sorte que ses idées circulent. «L'ADQ veut être au centre des discussions», résume-t-il.

À voir les critiques, qui condamnent notamment sa proposition de «système de santé à deux vitesses», Mario Dumont reconnaît que des inquiétudes peuvent se manifester auprès de la population. «C'est inévitable», dit-il, sans toutefois se tracasser des effets à moyen terme des campagnes contre sa personne ou ses idées. «Les gens ne changent pas d'idée comme ça», affirme-t-il. D'ailleurs, il n'impute pas à ses détracteurs la responsabilité de la baisse des intentions de vote en faveur de l'ADQ dans deux sondages, Léger Marketing et CROP, publiés cet automne. Pour lui, de toute façon, ce recul n'en est pas vraiment un, puisqu'il perçoit bel et bien qu'«une volonté de changement existe sur le terrain».

Inutile de s'en faire, donc, croit M. Dumont. Selon lui, il y a avant tout «de la pédagogie à faire» sur les propositions de son parti, en santé comme en éducation, une tâche à laquelle son équipe devra s'atteler. «Si je vous disais que je ne m'attendais pas [à ce que des gens expriment des critiques négatives], vous me diriez que je ne suis pas sérieux, souligne-t-il. Mais j'espère qu'ils vont garder une ouverture d'esprit. Je ne demande pas aux gens de dire: "c'est bon, bravo l'ADQ". J'espère seulement qu'on va regarder l'ensemble des avantages et des inconvénients, et faire un débat intéressant.»

Lancer des débats, d'ailleurs, ça lui plaît. Et ça lui réussit plutôt bien aussi, surtout si l'on se fie à ceux qui animent la place publique depuis la montée imprévue de son parti. Mario Dumont n'hésite d'ailleurs même pas à s'accorder le mérite d'avoir ranimé l'intérêt pour la chose publique dans les chaumières du Québec. «Quarante ans après la Révolution tranquille, c'est la première fois que, tout à coup, on se questionne sur le modèle, les façons de faire, comment l'État doit intervenir. Nous, on est fier de ça, car on pense qu'on a amené un débat important pour le Québec», souligne-t-il, en précisant que c'est en raison du succès, et non de l'échec, de la Révolution tranquille s'il est aujourd'hui possible de songer à «rénover» le modèle québécois.

Or, en cette nouvelle année, synonyme d'élections générales, «amener» le débat ne suffit plus. Il faut le gagner, conclut-il, au terme du prochain scrutin. Reste à savoir si ses résolutions du nouvel an lui permettront d'y parvenir.