Santé: Ottawa déjà prêt à lâcher du lest

Toronto - Le gouvernement fédéral aurait-il déjà planté les clous dans le cercueil du rapport Romanow sur l'avenir des soins de santé? Au sortir d'une rencontre fédérale-provinciale des ministres de la Santé, hier à Toronto, Ottawa semblait bien moins intransigeant à propos de l'imposition de conditions aux provinces en échange d'un réinvestissement dans le système de soins de santé.

La ministre fédérale Anne McLellan a laissé entendre qu'une liste nationale de priorités pourrait être rédigée et que les provinces seraient libres de choisir celles auxquelles elles voudraient travailler en échange du financement d'Ottawa.

«Je respecte le fait que chacune des provinces est rendue à une étape différente et qu'elles pourraient très bien choisir, parmi une liste de priorités acceptées par les provinces, les territoires et le fédéral, de livrer à leurs citoyens un accès à des soins de qualité et de se montrer imputables pour cette livraison de services.»

Tout le contentieux depuis le dépôt du rapport Romanow sur l'avenir des soins de santé se résume à la conditionnalité du réinvestissement d'Ottawa dans le secteur de la santé. Le Québec, qui veut que l'argent soit offert sans la moindre ficelle, a en ce sens adopté une motion à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Il n'était pas clair hier si les autres ministres provinciaux se rangent derrière cet argument. François Legault a d'ailleurs déploré la confusion du discours tenu par ses homologues.

«J'aimerais justement qu'on m'explique, parce que ce n'est pas clair pour moi. Si on respecte les compétences du Québec, on doit les respecter jusqu'au bout. C'est comme une femme qui dirait qu'elle est un peu enceinte. Ou bien on est enceinte, ou bien on ne l'est pas. Je pense qu'il faut être clair.»

Avant la rencontre, M. Legault avait indiqué que ses homologues provinciaux tenaient, selon lui, un double discours. «Je comprends mal l'empressement de certaines provinces de vouloir discuter de priorités. On ne peut pas en même temps dire qu'on est contre une approche centralisatrice et [...] qu'on veut respecter les priorités et avoir un plan national.»

M. Legault semble avoir dans son camp son homologue ontarien, Tony Clement, qui s'est prononcé très clairement contre l'idée, avancée dans le rapport Romanow, de mettre sur pied des fonds dédiés, soit aux soins à domicile, aux soins de première ligne, aux médicaments, aux soins pour les maladies mentales, etc. Le rapport Romanow suggère que ces cinq fonds, d'une durée de deux ans, soient dotés d'un budget de huit milliards. Après quoi, les fonds seraient alloués sans condition, avec l'espoir que les programmes soient reconduits.

«Nous avons vu à de multiples reprises le gouvernement fédéral annoncer avec fanfare et trompette de nouveaux engagements en santé puis se retirer un an ou deux plus tard en laissant les provinces se débrouiller avec les comptes. Nous ne sommes pas intéressés par ces ententes de deux ans, a lancé M. Clement. Nous voulons que les fonds soient inclus dans un financement de base afin que nous puissions offrir un système durable.»

Rendre des comptes

La rencontre d'hier à Toronto visait surtout à amorcer une discussion entre les ministres de la Santé dans la foulée du rapport Romanow, déposé la semaine dernière. Qualifiée de «rencontre de travail», elle n'a pas débouché sur une déclaration commune. Tout au plus les ministres se sont-ils entendus pour dire que la santé est la priorité numéro un des Canadiens et qu'il faudra s'attaquer à l'accès aux soins, à la qualité de ces soins et à la reddition de comptes aux citoyens-contribuables.

La question de l'imputabilité, si chère aux yeux du commissaire Roy Romanow qu'il demande la mise sur pied d'un conseil national, ne semble plus susciter autant de bisbille qu'auparavant. La ministre fédérale Anne McLellan a assuré qu'il est exclus qu'Ottawa exige qu'on lui rende des comptes. «Il n'est pas question de demander à un niveau de gouvernement de rendre des comptes à un autre niveau de gouvernement», a dit la ministre. Elle avait déjà indiqué, immédiatement après le dépôt du rapport Romanow, qu'elle n'était pas très chaude à l'idée d'une nouvelle «structure».

Le ministre de la Santé de l'Alberta, Gary Mar, avait d'ailleurs lancé que l'Alberta n'avait pas peur de rendre des comptes, mais seulement à ses citoyens. «Nous rejetons l'idée qu'un niveau de gouvernement exige des comptes d'un autre.»