École vétérinaire: la bataille se durcit

La bataille engagée pour que le gouvernement fédéral accorde à la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe le financement qui éviterait à celle-ci de perdre une importante accréditation nord-américaine s'est durcie hier. Le député bloquiste de Saint-Hyacinthe-Bagot, Yvan Loubier, a même été expulsé de la Chambre des communes après avoir traité le ministre de l'Agriculture, Lyle Vanclief, de «menteur» dans ce dossier.

À deux jours de la date butoir du 9 décembre où la faculté de l'Université de Montréal doit faire rapport à l'Association américaine de médecine vétérinaire (AVMA) de l'avancement des travaux de modernisation exigés pour recouvrer son accréditation complète — qui lui a été retirée en 1999 en raison de l'exiguïté de ses installations —, Lyle Vanclief n'a toujours pas obtempéré aux demandes pressantes de l'école et ne semble pas prêt à y répondre dans l'immédiat.

Visiblement peu sensible aux pressions du BQ et de la faculté, le ministre Vanclief a carrément nié l'imminence de l'expiration du délai imposé par l'AVMA. «Le 9 décembre est l'échéance que s'est donnée l'université [de Montréal] pour commencer à préparer le rapport qu'elle doit présenter le 30 décembre», a-t-il affirmé. Des termes qui ont fait bondir le député Loubier et stupéfié le vice-doyen de la faculté de Saint-Hyacinthe, André Dallaire. «Je ne sais pas où le ministre est allé chercher cette date, une date qui m'apparaît tout à fait fantaisiste», réplique ce dernier. Le 9 décembre est pour nous la date limite pour produire notre rapport à l'AVNA.»

Le débat s'est encore envenimé lorsque M. Vanclief a affirmé que les trois autres écoles canadiennes seraient elles aussi soumises très prochainement au même processus de révision de leur accréditation. C'est à ce moment que M. Loubier est sorti de ses gonds et il n'a pas voulu retirer ses propos injurieux comme le requérait le président de l'assemblée. «Je ne permettrai pas qu'on raconte des mensonges pour justifier un sabotage, a renchéri M. Loubier. Je ne me tairai pas en cette Chambre devant des mensonges éhontés qui durent depuis plusieurs mois dans le cas de l'École de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe. [...] À partir de lundi, une des plus importantes institutions québécoises et de la Francophonie va commencer à perdre de la crédibilité à cause de l'inertie du gouvernement fédéral.»

Le vice-doyen André Dallaire abonde en ce sens en soulignant la situation particulièrement critique de sa faculté comparativement à celle des autres du pays. «La faculté de l'université de Guelph vient de voir renouvelée son accréditation complète. L'école de l'Île-du-Prince-Édouard dispose quant à elle d'un délai d'un an et demi, et par ailleurs ses installations sont plus récentes. Le gouvernement fédéral en a même financé généreusement les coûts de construction, souligne-t-il. La faculté de Saskatoon doit peut-être respecter une échéance comparable à la nôtre, mais elle jouit toutefois d'une accréditation complète. Pour notre part, il s'agit d'une question de mois puisque nous aurons la visite des inspecteurs de l'AVMA à l'automne 2003. Et nous devons montrer à ces inspecteurs que nous sommes en voie d'agrandir nos infrastructures devenues trop exiguës selon les normes de l'AVMA.»

Rappelons que, pour obtenir les 59 millions de dollars nécessaires pour couvrir une partie des frais associés aux rénovations exigées par l'AVMA, la faculté a participé à une demande de subvention commune de 188 millions avec les trois autres écoles vétérinaires du pays (62 millions étant demandés par Guelph, 37 millions par Saskatoon et 30 millions par Charlottetown). «Si le gouvernement ne peut régler tout de suite les demandes des différentes facultés, nous souhaiterions qu'il nous considère comme un cas particulier, commente M. Dallaire. De toute façon, la totalité de la subvention n'était pas exigée sur-le-champ. Alors pourquoi ne pas parer au plus urgent, soit les besoins de la faculté de Saint-Hyacinthe dans l'immédiat et répondre aux demandes des autres facultés ultérieurement?»

Mais le ministre de l'Agriculture semble vouloir prendre le temps de définir une politique claire pour être en mesure d'assurer des réponses uniformes dans ces situations. «Je travaille avec mes collègues du cabinet pour trouver comment nous pourrions aider l'école de Saint-Hyacinthe et ses consoeurs à conserver leur accréditation», a-t-il déclaré.

Une politique qui rendrait les décisions plus uniformes serait certainement souhaitable, a répliqué le vice-doyen Dallaire. «Mais on sait très bien que ce genre de problème se règle au cas par cas. Il est difficile de généraliser et de comparer les facultés entre elles. La faculté de Guelph est la plus grande du Canada — Saint-Hyacinthe venant au second rang —, elle a joui de certains avantages indéniables de la part des deux paliers de gouvernement. Je ne comprends pas que l'on veuille faire une politique uniforme alors qu'on ne peut pas dire que les quatre facultés sont sur le même pied. Il y a des différences substantielles au niveau budgétaire et au niveau des infrastructures.»

Devant l'impasse actuelle, le vice-doyen se voit dans l'obligation de demander un nouveau délai auprès de l'AVMA. Une prorogation qui ne fait que repousser le problème... mais pas la visite prochaine des inspecteurs à laquelle la faculté ne pourra échapper.

Avec la collaboration de Manon Cornellier