Tous contre la Guilde

Une nouvelle offensive contre la Guilde des musiciens du Québec est en branle. Excédés par le développement du dossier des musiciens de la relève et des petits diffuseurs, certains musiciens de la scène alternative, Fred Fortin en tête, disent qu'ils en ont assez. Une initiative de musiciens, «Tous contre la Guilde» apporte un éclairage nouveau sur la saga des petits diffuseurs.

Né de l'initiative de Simon Jodoin, chanteur du groupe Mort de rire, «Tous contre la Guilde» s'est organisé rapidement à la suite du récent jugement de la CRAAP déterminant le statut du Café Sarajevo comme producteur et non comme diffuseur. Les gens derrière ce mouvement signalent que l'argumentation retenue contre le petit établissement de la rue Clark «blesse fondamentalement un grand nombre d'artistes alternatifs». Pour l'instant, le mouvement est appuyé par des artistes aussi reconnus que Fred Fortin mais aussi Olivier Langevin et Pierre Girard, de Galaxie 500, de même que Jodoin. D'autres artistes sont appelés à ajouter leur nom à la liste.

L'attitude générale de la Guilde des musiciens au sujet des musiciens de la relève et le corporatisme du syndicat sont visés par cette nouvelle réaction qui provient des musiciens eux-mêmes. «Tous contre la Guilde» se présente comme un réseau organisé sous forme de cellules révolutionnaires et tient à préciser qu'il n'est pas le porte-drapeau de la cause du Café Sarajevo ou de quelque autre établissement. Au contraire, c'est plutôt le statut même d'artiste indépendant et de diffuseur que le mouvement tente de faire reconnaître.

L'idée derrière le mouvement est d'établir une forme de fraternité entre les artistes et les diffuseurs, les premiers étant appelés à prendre position devant le public lors de leurs prestations. Jodoin soutient que seule la Guilde ne reconnaît pas le statut de diffuseur. «Il y a juste la Guilde qui ne semble pas savoir ce qu'est un diffuseur. La SODEC [Société de développement des entreprises culturelles] sait ce que c'est, la ROSEC [Réseau des organisateurs de spectacles de l'est du Québec] sait ce que c'est. Ils nous aident à signer des contrats avec des diffuseurs. Tout ça est inscrit, vu, su, lu partout, mais la Guilde n'a pas l'air de le comprendre», explique Jodoin, qui rappelle que les musiciens de la relève travaillent de cette manière depuis des lunes, sans réel problème.

Pour défendre ses positions, poursuit Jodoin, la Guilde «n'a aucune connaissance du terrain». La nouveauté de la position de «Tous contre la Guilde» tient dans une ligne du communiqué: «Plusieurs artistes se produisent à titre de travailleurs autonomes et ne ressentent aucun besoin d'adhérer à un syndicat.» En entrevue, Jodoin ajoute que «si j'achète un ordinateur, je peux devenir graphiste. Si j'achète une guitare, je peux devenir guitariste. C'est pas des oignons de personne. La Guilde applique une réalité socioéconomique syndicale qui date d'autres époques, alors que nous sommes dans une réalité moderne de travailleurs autonomes».

Il est clair que dans l'esprit de Jodoin, le débat doit déborder de l'unique question des petits bars. «C'est l'autonomie du travailleur qui est en ligne de compte.» À titre de travailleur autonome dans un autre domaine, Jodoin dit trouver normal d'exiger des honoraires selon ses propres critères, affirmant qu'il ne devrait pas en être autrement dans le secteur de la musique. Au sujet de ce mouvement de réforme, Jodoin croit qu'«il y en a plusieurs qui pensent comme moi mais qui ne l'ont pas encore verbalisé ou qui n'ont pas la tribune pour le dire. On ne veut pas partir un club mais stimuler ce vent-là».

«C'est idiot, ce qui se passe, loin de la réalité.» Jodoin fait remarquer que la liste des agents producteurs accrédités par la Guilde des musiciens compte son lot de spécialistes des congrès, des mariages et de l'«ambiance restaurant», d'accordéonistes et de musiciens en tout genre pour soirées dansantes, une réalité pour le moins distante de celle des musiciens dits de la scène locale ou émergents. «C'est la même chose pour les photos des représentants de la Guilde, qui ont l'air de vendeurs d'assurance. Nous, on rigole, et on a le goût de montrer du doigt et de dire combien ils ont l'air de bouffons.» Jodoin affirme aussi que «tout support juridique ne [l]'intéresse pas» et que son geste vient «d'un citoyen en pleine liberté qui a le droit d'aller jouer où il veut». Un droit qui lui semble «fondamental».

«Tous contre la Guilde» cherche à stimuler les actions indépendantes et isolées, des spectacles gratuits, notamment, annonce Jodoin. Une action de plus grand éclat semble sur le point d'être annoncée. «L'idée est de défier la Guilde des musiciens en faisant quelque chose qu'elle ne reconnaît pas et de le faire de notre propre gré.» Le mouvement attend des appuis des musiciens de la scène alternative. Le site Internet de la formation (www.koolos.com/contrelaguilde) informe des activités du mouvement, recueille les commentaires et se veut un forum de discussion.