Un libéral «bleu rouge» dans Berthier-Montcalm

Saint-Roch-de-l'Achigan — Le candidat libéral dans la circonscription de Berthier-Montcalm, Richard Giroux, se voit comme faisant partie de la «deuxième génération» de libéraux fédéraux québécois. Il n'a pas la feuille d'érable tatouée sur le coeur et ne s'en cache pas: en effet, il croit que celui qui est vu comme le futur premier ministre du Canada, Paul Martin, fera de la place au sein du parti pour des députés «bleus rouges» comme lui.

«Je suis Québécois d'abord», lance M. Giroux avec enthousiasme. À l'appui, il montre l'épinglette qu'il porte à la boutonnière: une feuille d'érable avec, en son centre, une fleur de lys en relief. «Le coeur, c'est la fleur de lys, c'est le Québec. Je suis Québécois», dit-il avant d'annoncer que le 24 juin, «je vais le sortir, mon drapeau».

M. Giroux reconnaît avoir déjà eu sa carte de membre du Bloc québécois, mais il précise que c'était pour encourager son client et ami... le député Michel Bellehumeur. C'est le départ de M. Bellehumeur pour tenter sa chance sur la scène provinciale qui a déclenché l'élection partielle en cours.

M. Giroux ne dit pas clairement avoir déjà voté OUI aux référendums sur la séparation du Québec mais ne rouspète pas quand on lui demande s'il a déjà été souverainiste. «Je croyais que le Québec devait prendre confiance en lui», explique-t-il. M. Giroux voit d'ailleurs beaucoup de similitudes entre lui et le candidat libéral dans l'autre élection partielle, Gilbert Tremblay, qui a reconnu avoir déjà voté OUI. «Gilbert a aussi le goût de parler pour ses gens. Le monde hors grande ville, il faut qu'on soit là aussi. Si on a un nombre critique de backbenchers et qu'on se réunit, on peut avoir du poids.»

Mulroney en rouge

C'est toute la grande coalition du conservateur Brian Mulroney qu'il espère faire renaître, cette fois-ci sous la gouverne du libéral Paul Martin, qu'on perçoit comme étant plus ouvert parce qu'il promet davantage de liberté aux députés. Il envisage une coalition qui ferait une place à des nationalistes — au sens large du terme — qui veulent intégrer un parti national afin de faire valoir à Ottawa les intérêts de leur région. C'est ceux-là qu'il désigne comme «la deuxième génération» de députés.

Selon M. Giroux, il y aura un «renouveau» au Parti libéral, et il veut en faire partie. «Je veux que mon comté se positionne sur l'échiquier. On est chanceux, nous, au Québec, le train rentre à la gare à deux places, à Saguenay-Lac-Saint-Jean et ici. Il faut prendre le train.»

Son adversaire bloquiste, Roger Gaudet, met en garde les électeurs contre cet engouement pour Paul Martin. «Paul Martin, c'est un complice direct de Jean Chrétien. Arrêtons de se cacher!», lance-t-il en faisant référence aux budgets libéraux depuis 1993, qui ont réduit les prestations d'assurance-chômage sans réduire les cotisations et sabré dans les transferts aux provinces.

Sur le fond, le Bloc québécois s'en prend à l'argument voulant qu'un député du «bon bord» rapporte plus à la circonscription qu'un député de l'opposition, ce sur quoi joue beaucoup l'équipe libérale. On invite aussi les électeurs à remiser la tactique qui consiste à faire payer au Bloc québécois ce qu'on reproche au gouvernement du Parti québécois à Québec: c'est le Bloc qui, aux élections de 2000, a payé cher pour les fusions municipales imposées par Québec...

«Peut-être que la leçon sur les fusions municipales a aussi servi, dit le chef bloquiste Gilles Duceppe. On a vu les sommets d'hypocrisie et de cynisme de la part de certains députés libéraux. Je pense à Hélène Scherrer, qui disait: "Votez non. Il faut voter contre le Bloc à cause des fusions municipales." Le lendemain, les postes de radio l'appelaient et elle disait: "Ce n'est pas de matière fédérale, je ne peux pas me prononcer sur ça."»

Il donne aussi l'exemple du prolongement de l'autoroute 30 qu'attendent encore les citoyens. «Ils ont battu Daniel Turp avec ça. Eh bien hier [dimanche], ils ont encore promis l'autoroute 30. Pourtant, c'était officiel en novembre 2000, ironise M. Duceppe. Moi, je pense que ce sont des leçons que les gens vont retenir, poser les bonnes questions aux bons partis.»

Une lutte serrée

M. Duceppe est venu mener la grande offensive bloquiste dans Berthier-Montcalm lundi. Lui et une dizaine de députés, en plus de la vice-présidente et du directeur général du parti, se sont déployés dans la circonscription pour faire du porte-à-porte.

C'est que la lutte sera serrée dans Berthier-Montcalm, une énorme circonscription qui ceinture la ville de Joliette. Berthier-Montcalm recoupe trois circonscriptions provinciales, dont deux sont passées aux mains de l'ADQ après les démissions fracassantes des ministres Gilles Baril et Guy Chevrette. Seul le ministre de la Santé, François Legault, est encore en poste et aide comme il le peut. Il est venu faire une annonce lundi à Joliette et une autre, il y a quelques semaines, à Rawdon, une municipalité anglophone connue pour être réfractaire au Bloc québécois.

Il faudra voir comment se comporteront ces votants adéquistes au fédéral. Feront-ils comme le père de la députée adéquiste Marie Grégoire, Benoît, qui votera rouge? Ou encore, comme le prédit le candidat allianciste Réal Naud, voteront-ils pour le parti de Stephen Harper, dont la plateforme électorale, dit-il, est «similaire»? Difficile à dire, et l'ADQ se montre prudente. Après tout, les députés adéquistes auront à travailler avec la personne élue, quelle que soit sa couleur... «Non-ingérence, non-indifférence», résume Mme Grégoire.

La partie n'est pas pour autant gagnée pour le Parti libéral. La pente est difficile à remontrer, reconnaît le président de l'association de circonscription, Louis-Victor Sylvestre. Il rappelle que le comté est «bleu» et «provincial»: Maurice Duplessis se faisait élire tout près, et le comté a donné un ministre, Robert de Cotret, à l'équipe Mulroney. «Le butin est à Ottawa, c'est un atavisme [hérédité idéologique] ici», dit-il.