Un CHUM rénové: 15 ans d'ennuis

La rénovation des trois hôpitaux actuels du CHUM coûterait non seulement deux fois plus cher que l'érection d'un hôpital neuf sur le site du 6000 rue Saint-Denis, mais l'importance des travaux de modernisation perturberait pendant environ 12 à 15 ans les soins aux patients.

Telle est du moins la principale conclusion d'un document de travail, dont Le Devoir a obtenue copie, qui évalue les coûts qu'engendrerait une éventuelle rénovation des trois hôpitaux actuels du CHUM en lieu et place d'une construction «flambant neuve» sur un site unique.

Cette étude de coûts et de faisabilité, réalisée par la firme SNC-Lavalin en avril 2002, arrive à la conclusion que la «mise à niveau» des hôpitaux Notre-Dame, Saint-Luc et Hôtel-Dieu coûterait au bas mot 2,1 milliards de dollars, sans compter les équipements. Plus encore, cette rénovation devrait être échelonnée sur 12 à 15 ans pour éviter de provoquer un chaos total dans l'offre de services aux patients à Montréal.

À titre comparatif, les coûts envisagés pour la construction du nouveau CHUM en 2006 dans le quartier Rosemont, sans les équipements, oscillent entre un milliard et 1,3 milliard, selon les sources. D'ailleurs, l'imposante facture associée aux coûts de construction de ce projet majeur alimente la critique et incite, depuis quelques mois, Québec à retarder constamment le signal du début des travaux de construction.

La semaine dernière, le ministre de la Santé, François Legault, a même déclaré qu'il ne donnerait pas son aval au projet tant qu'il n'aurait pas entre les mains le détail des coûts associés au projet de construction du futur CHUM.

Un scénario irréalisable?

Or, selon la firme de consultants engagée par la Société d'implantation du CHUM, la rénovation des hôpitaux actuels entraînerait des coûts plus astronomiques encore que ceux d'un hôpital neuf.

En sus, la firme estime la faisabilité d'une rénovation hautement complexe sur le plan clinique, compte tenu du chaos qui s'ensuivrait dans l'offre de services aux patients pendant toute la durée des travaux.

«Compte tenu qu'il est difficile de faire plus d'un étage ou deux à la fois, c'est donc dire que 10 à 15 % de l'ensemble des lits seront constamment fermés, menaçant l'équilibre régional et l'accessibilité aux soins. La pression n'en sera que plus forte sur le reste du réseau», note-t-on dans ce document.

Selon les auteurs, il est impensable d'envisager la fermeture de plusieurs étages dans un hôpital à la fois pendant les rénovations, puisque ni l'Hôtel-Dieu ni l'hôpital Saint-Luc ne seraient en mesure d'absorber les conséquences de la perte d'autant de lits à la fois.

À leur avis, la seule façon de maintenir un rythme d'activités relativement normal dans les trois hôpitaux pendant les rénovations serait de déplacer temporairement plusieurs services dans une annexe construite sur les terrains de l'hôpital Notre-Dame. La facture reliée au déplacement des services cliniques pendant les rénovations et à la construction de cette annexe est toutefois évaluée à près de 400 millions.

Pour répondre aux besoins d'agrandissements futurs des trois hôpitaux, plus de 4000 mètres de terrain devront aussi être acquis, en bordure de l'hôpital Notre-Dame et de l'hôpital Saint-Luc, précise le rapport.

«Avec un tel scénario de rénovation, la trame architecturale reste inchangée et inadaptée aux exigences de la médecine moderne», écrivent les auteurs, en précisant que les hauteurs de plafond rendront difficiles l'ajout des câbles nécessaires à l'installation des nouvelles technologies.

«La fermeture éventuelle d'unités tertiaires augmentera la pression sur les autres établissements du réseau, sur les hôpitaux affiliés et instituts qui seront difficilement capables d'aborder les volumes spécialités transférés temporairement», ajoute-t-on.

Enfin, ce scénario de rénovation échelonné sur plusieurs années laisse présager «un potentiel dévastateur majeur sur la cohésion des forces du CHUM actuel; il est à prévoir que le recrutement d'effectifs sera rendu extrêmement difficile et qu'une forte proportion des effectifs actuels choisira d'aller travailler ailleurs en raison des nuisances», peut-on lire.

Le scénario de rénovation étudié par la firme de consultants prévoit le maintien de 1200 lits généraux et spécialisés, soit 500 lits à l'hôpital Notre-Dame, 450 lits à l'hôpital Saint-Luc et 300 lits à l'Hôtel-Dieu.

Hier, au bureau de la Société d'implantation du CHUM, on a refusé de commenter plus avant les conclusions contenues dans ce rapport commandé par le conseil d'administration il y a plusieurs mois.

Devant les hésitations du gouvernement Landry face à ce projet, tant la direction du CHUM actuel que le recteur de l'Université de Montréal, André Lacroix, ont lancé un cri d'alarme, la semaine dernière, pour rappeler à Québec l'importance de mettre rapidement en oeuvre ce projet. Parmi leurs arguments, ils ont notamment fait valoir, sans les préciser, les coûts mirobolants que supposait la rénovation de fond en comble des trois hôpitaux existants et la démotivation majeure qu'entraînerait l'abandon du projet du CHUM Saint-Denis au sein du corps médical et professoral.

Au cabinet du ministre de la Santé, on indiquait par ailleurs cette semaine que François Legault espérait toujours rendre une décision sur le sort du futur centre hospitalier universitaire de l'Université de Montréal d'ici Noël.