Premières inspections dans un palais du président Saddam Hussein - L'ONU dans «chaque recoin»

Policier irakien en faction devant le palais présidentiel Al Sejoud où les inspecteurs de l’ONU ont passé deux heures. Le test le plus important de la coopération de Saddam Hussein depuis la reprise des inspections.
Photo: Agence Reuters Policier irakien en faction devant le palais présidentiel Al Sejoud où les inspecteurs de l’ONU ont passé deux heures. Le test le plus important de la coopération de Saddam Hussein depuis la reprise des inspections.

Bagdad — Les experts en désarmement de l'ONU ont inspecté pour la première fois hier un palais du président Saddam Hussein, un site jugé «sensible», pendant que l'Irak annonçait son intention de remettre samedi, avec 24 heures d'avance sur la date limite fixée par l'ONU, une déclaration sur l'état de ses programmes d'armement.

Par ailleurs, le ministre turc des Affaires étrangères Yasar Yakis a déclaré hier que la Turquie serait prête à ouvrir ses bases aux avions américains en cas de guerre avec l'Irak, tout en laissant entendre qu'elle refuserait une offensive terrestre à partir de son territoire.

L'Arabie Saoudite n'a pas encore pris de décision quant à sa participation à une éventuelle guerre contre l'Irak, a indiqué à Washington le conseiller diplomatique du prince héritier saoudien Abdallah, Adel Al-Joubeir. Sollicité par Washington, Moscou a refusé d'envisager de coopérer à une action armée contre l'Irak, a affirmé hier l'agence Itar-Tass citant une «source bien informée» dans la capitale américaine.

En Irak, les experts ont passé près de deux heures au palais Al Sejoud, sur les bords du fleuve Tigre, inspectant «chaque recoin» et «chaque pièce» de l'édifice, selon le porte-parole de l'ONU à Bagdad, Hiro Ueki.

Ce dernier s'est refusé à préciser le type de matériel utilisé et ce que les inspecteurs étaient venus chercher. Selon lui, le site présidentiel a été «gelé» pendant la durée de la visite et des officiels irakiens qui ont pu y entrer après le début de l'inspection l'ont fait avec l'accord de l'ONU.

Cette visite au palais Al Sejoud était une inspection conjointe de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU (COCOVINU) et de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à laquelle les 17 inspecteurs présents à Bagdad ont participé. L'accès a été autorisé par les gardes irakiens moins de 10 minutes après leur arrivée et l'ONU ne considère pas qu'il y a dans ce délai une raison de protester, a indiqué M. Ueki.

C'était la première visite d'un site présidentiel depuis la reprise des inspections le 27 novembre, rendue possible par la résolution 1441, qui donne aux inspecteurs un accès immédiat à tous les sites, y compris présidentiels. Bagdad compte trois palais présidentiels, le palais de la République, Radwanieh et Al Sejoud, tandis que cinq autres sont situés en province.

Les inspecteurs n'ont fait aucun commentaire à l'issue de leur visite, qui survenait au lendemain d'un premier incident avec les autorités irakiennes. Lundi, des équipements répertoriés par l'UNSCOM ont en effet été portés manquants dans une usine de missiles à Bagdad.

L'Irak a confirmé hier son intention de fournir à temps au Conseil de sécurité l'inventaire complet de ses armements.

Le chef de la Commission nationale irakienne de surveillance, interlocutrice attitrée des inspecteurs, a assuré que cette liste serait présentée le 7 décembre, veille de la date butoir fixée par la résolution 1441 du Conseil.

Houssam Mohammed Amine a ajouté que cette déclaration contiendrait de «nouveaux éléments» mais qui «n'équivaudront pas nécessairement à la déclaration de la présence d'armes de destruction massive».

Le président américain George W. Bush n'a pas moins réaffirmé hier qu'il était persuadé que l'Irak possède de telles armes et qu'il doit désarmer. Un porte-parole de la Maison-Blanche a indiqué que Washington attendrait «le temps approprié» avant de donner sa réponse à la déclaration irakienne afin de l'étudier, car celle-ci prendra probablement la forme d'un épais document de plusieurs centaines, voire milliers de pages.

George W. Bush a réclamé lundi une liste «crédible et complète» des armes chimiques, biologiques, nucléaires et balistiques irakiennes, mettant en garde contre «tout acte dilatoire, de tromperie ou de défi».

La résolution 1441 du Conseil de sécurité de l'ONU donne jusqu'au 8 décembre à Bagdad pour fournir une déclaration «à jour, exacte et complète sur tous les aspects de ses programmes de mise au point d'armes chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d'autres vecteurs tels que véhicules aériens sans pilote et systèmes de dispersion», sous peine de «graves conséquences» — soit une intervention militaire en Irak.

Le Conseil de sécurité a l'intention de rendre la déclaration irakienne publique, a déclaré hier l'ambassadeur colombien à l'ONU, qui assure la présidence tournante du Conseil pour décembre.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a quant à lui estimé que la coopération était bonne jusqu'à présent, même s'il fallait attendre le rapport définitif des inspecteurs.

Le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, puis le premier ministre britannique Tony Blair ont concédé quant à eux que le conflit avec l'Irak n'était «pas inévitable», mais en soulignant que Saddam Hussein devra pour cela aller plus loin qu'il ne l'a jamais fait jusqu'ici.

Paul Wolfowitz, dépêché à Ankara pour obtenir un soutien de la Turquie, a d'autre part affirmé que les États-Unis agiraient collectivement et non unilatéralement dans le cas où Bagdad mentirait sur son arsenal.

La Turquie est prête à ouvrir l'accès de ses bases aériennes à l'armée américaine en cas de conflit contre l'Irak, mais dans le cadre d'une nouvelle résolution onusienne autorisant l'usage de la force, a déclaré hier son ministre des Affaires étrangères, Yasar Yakis.

Pays membre de l'OTAN, la Turquie est un allié clé de Washington dans la région et autorise d'ores et déjà les avions américains à décoller de la base d'Incirlik pour patrouiller au-dessus de la zone d'exclusion aérienne du nord de l'Irak.

«Notre but aujourd'hui est de convaincre Saddam Hussein que nous sommes sérieux, que le monde est sérieux, que la coopératino turco-américaine est sérieuse. C'est notre vrai espoir pour une solution pacifique à cette crise», a dit M. Wolfowitz.

Le secrétaire adjoint à la Défense, classé dans le camp des «faucons» de l'administration Bush, a refusé de commenter des articles de la presse turque selon lesquels Washington envisage de positionner 100 000 soldats à la frontière nord de l'Irak et qu'il a demandé à Ankara de fournir 40 000 hommes.

Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld est lui attendu du 9 au 14 décembre dans la région du Golfe, où environ 60 000 soldats américains sont déployés, selon des sources militaires américaines.

Les États-Unis ont par ailleurs proposé hier de prolonger de «plusieurs semaines» le programme humanitaire en Irak «pétrole contre nourriture», qui arrive à expiration mercredi à minuit, mais s'opposent à son renouvellement pour la période habituelle de six mois. Washington réclame notamment l'ajout de plusieurs articles sur la liste des produits dont l'importation en Irak est interdite.

Hier, une embarcation irakienne a tiré sur deux vedettes des gardes-côtes koweïtiens qui étaient en patrouille, près de l'île koweïtienne de Warba, a annoncé le ministère koweïtien de l'Intérieur. Il n'y a pas eu de blessés mais les vedettes se sont télescopées. Un haut responsable américain a toutefois déclaré sous couvert de l'anonymat que les États-Unis «vérifiaient l'incident, mais jusqu'ici, il semblerait qu'aucun navire irakien n'ait été impliqué».