Grand coup de balai à la Caisse

Henri-Paul Rousseau, président du conseil d’administration et directeur général de la Caisse de dépôt et placement: «Faire moins, mais faire mieux.»
Photo: Jacques Nadeau Henri-Paul Rousseau, président du conseil d’administration et directeur général de la Caisse de dépôt et placement: «Faire moins, mais faire mieux.»

«Faire moins, mais faire mieux.» Telle est l'expression que le président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec a choisie, hier après-midi, pour annoncer une gigantesque cure d'amaigrissement de son organisation. En tout, 138 personnes, dont plusieurs hauts dirigeants, perdent leur emploi, soit 14 % de l'effectif de la Caisse.

«Je comprends très bien que certaines des activités actuelles de la Caisse [sont] le résultat d'initiatives qui pouvaient être considérées comme légitimes, surtout dans le contexte de marchés très favorables, a souligné Henri-Paul Rousseau. Mais je crois que cela a conduit à un certain éparpillement — plus ou moins grand selon les points de vue — mais qui ne favorise pas la concentration de l'organisation sur sa mission première.»

Sans broncher, Henri-Paul Rousseau a donc fait le tour des mesures qu'il met immédiatement en place pour recentrer les activités de la CDP sur son rôle central, celui de fiduciaire des déposants québécois. Mises à pied, réduction du nombre de filiales de six à trois, changements à la direction, resserrement de la gestion administrative, diminution du nombre de bureaux à l'étranger de 11 à 3, le nouveau patron n'y est pas allé de main morte. Ces nouvelles mesures se traduiront par des économies de 22 millions par année.

Et ce n'est pas tout, puisque M. Rousseau a également fait la lumière sur les coûts de construction du nouveau bureau d'affaires montréalais, le centre CDP Capital. Le dossier alimentait les manchettes des journaux et des bulletins de nouvelles depuis une dizaine de jours. Il était écrit noir sur blanc que l'immeuble, dévoilé en grande pompe en juin 2000, devait coûter 102,5 millions de dollars. En réalité, le patron de la Caisse a révélé que ce chiffre n'était que partiel, puisqu'il ne représente que le coût de construction direct de l'édifice établi à partir des premières esquisses.

«Ce paramètre n'inclut que les coûts de l'immeuble à l'état brut. Il n'inclut ni le coût des terrains, ni l'aménagement des locaux, ni le financement, ni l'architecture, ni l'ingénierie, ni la gérance de projet, ni les permis, ni les frais juridiques, ni les contingences», a révélé le patron de la Caisse. «Ce chiffre était donc une donnée incomplète, prématurée et, en rétrospective, je ne peux que constater que de l'utiliser — même en juin 2000 — pour évoquer les coûts du projet a été un geste imprudent.»

Le budget a donc toujours été plus élevé. Selon M. Rousseau, en septembre 2000, le conseil d'administration aurait donné son accord à un budget de 246 millions de dollars, dont 27 millions pour l'aménagement des locaux. Mais, là encore, le projet aurait été modifié à nouveau pour ajouter des espaces et pour y acheter et intégrer un immeuble existant, l'édifice Herald. Si bien qu'en avril 2001, les administrateurs approuvaient un budget révisé de 283 millions de dollars.

Désinformation? Henri-Paul Rousseau parle plutôt d'une erreur de communication. Il admet cependant que les journalistes (et donc le public) ont été induits en erreur. «Il y a eu de la confusion et la Caisse doit en tirer des leçons. [...] Cette situation illustre la nécessité pour la Caisse de mettre en place un cadre plus rigoureux et des règles plus contraignantes en matière de communication, d'information et de divulgation. [...] Dans l'avenir, je vais installer des règles de communication pour m'assurer que, quand un chiffre sort de la Caisse, on va mourir avec.»

Il n'empêche que, dès son arrivée à la tête de la CDP, M. Rousseau a été invité à visiter le chantier de construction et que ce qu'il a vu l'a mis mal à l'aise. «Moi, j'ai des goûts un peu plus modestes. Ça vient probablement de mes origines. Pour moi, un dollar, c'est un dollar», a-t-il admis. Il a demandé à ce que le projet soit retouché afin d'abaisser les coûts. «On m'a dit qu'il était trop tard pour changer le bâtiment ou pour changer l'aménagement. Alors, je me suis mis à la tâche pour faire baisser le coût d'exploitation.»

Résultat? La Caisse transformera une partie de l'immeuble en bureaux locatifs. «Le projet actuel du centre CDP est donc devenu trop grand pour la Caisse, a indiqué M. Rousseau. Il avait été planifié sur la base de projections de croissance du personnel faites avant l'effondrement des marchés financiers. On prévoyait aménager quelque 1900 bureaux et postes de travail.» Ainsi, 150 travailleurs de la firme CGI (fournisseur de services informatiques de la Caisse) déménageront dans l'immeuble principal et l'immeuble Herald sera libéré et pourra accueillir entre 400 et 450 personnes.

À elle seule, l'abolition de 138 postes, sur les 958 que compte la Caisse, représente une diminution de 14 % de l'effectif. La plupart des emplois perdus sont à Montréal et 27 sont à l'étranger. Cette mesure occasionnera un coût de restructuration de dix millions de dollars. Plus de la moitié des postes abolis le sont dans le secteur des placements privés. La plupart des employés congédiés quitteront leur poste dans les prochains jours. Certains resteront cependant jusqu'en avril. Le salaire moyen à la CDP est de quelque 80 000 $, sans compter les primes.

Le couperet est ainsi tombé sur le président de CDP Capital - Communication, Pierre Bélanger. Ce dernier a piloté l'acquisition de Vidéotron avec Quebecor Média. Le président de CDP Capital - Placements privés, Claude Séguin, a également été remercié de ses services. M. Séguin avait fait la manchette, il y a quelques semaines, parce qu'il aurait utilisé les services d'un architecte de la Caisse pour avoir des conseils sur sa résidence privée.

Au passage, M. Rousseau a également annoncé la fin de ses investissements dans les secteurs récréo-touristiques et de la mode. «Les activités spécifiques reliées à Montréal Mode international et à Expordev ne seront pas maintenues.» En conséquence, Bruno Arseneault (président d'Expordev) et Chantal Lévesque (présidente de Montréal Mode international) ont été congédiés.

Pour le reste, Henri-Paul Rousseau s'est bien défendu de fermer la porte de la Caisse sur le monde en diminuant le nombre de bureaux à l'étranger de 11 à 3 pour ne garder que des adresses à Hong Kong, Paris et Los Angeles. «On reste ouvert, mais on voyage plus léger. [...] On vient d'avoir un mandat à Tokyo. C'est bien, mais ça ne justifie pas qu'on ait un bureau d'affaires au Japon. Quand on aura 12 mandats, on s'installera, mais pas avant.»