Les spécialistes suspendent leurs moyens de pression

Les médecins spécialistes ont suspendu hier leurs moyens de pression jusqu'à nouvel ordre, dans l'espoir de donner une chance à une reprise des négociations avec le ministère de la Santé, prévue pour ce matin.

Alors que près de 3000 médecins étaient réunis hier à Montréal et à Québec, pour une deuxième journée d'étude en un mois, le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Yves Dugré, a annoncé qu'il avait accédé à la demande du gouvernement de surseoir aux moyens de pression pour faciliter un retour à la table de négociations.

«Le ministre dit: "Oui, nous sommes prêts à nous asseoir et à discuter avec la médecine spécialisée". Nous verrons si cette promesse sera tenue», a-t-il dit.

Dès aujourd'hui, les spécialistes reprendront donc leurs activités d'enseignement auprès des étudiants et des résidents en médecine, qui étaient suspendues depuis deux semaines. Ils ont aussi convenu de recommencer à siéger aux nombreux comités administratifs des établissements de santé, des régies régionales et du ministère de la Santé qui faisaient, eux aussi, l'objet d'un boycottage depuis quelques semaines.

Les négociations avec Québec devaient en théorie reprendre jeudi dernier, mais les médecins spécialistes avaient refusé d'annuler la journée d'étude d'hier, prévue depuis le 13 novembre. Hier, ils se montraient prêts à accéder aux autres conditions posées par le ministère de la Santé, tout en espérant que le dialogue pourrait reprendre sur de nouvelles bases.

«C'est aux négociateurs maintenant à réaliser une négociation ouverte sur une solution. Nous attendons de la part du gouvernement [...] qu'on puisse discuter pas uniquement des modifications législatives et de leur vision à eux», a espéré le Dr Dugré.

À l'occasion de leur journée «Opération grande inquiétude», les spécialistes se sont réunis toute la journée en comité pour faire «l'inventaire» des conditions de pratique qu'ils jugent inacceptables pour la qualité des soins. Leur but est de recenser toutes les limites posées à l'accès et à la qualité des soins ces dernières années par la multiplication des compressions budgétaires.

La FMSQ entend se servir de ce bilan pour faire pression sur Québec et convaincre la population que ses revendications vont au-delà des strictes hausses salariales qui ont fait les manchettes.

«Le but de cette journée est de montrer que les conditions qu'on qualifie aujourd'hui de "normales", parce qu'elles se sont imposées lentement, seraient jugées scandaleuses si elles survenaient rapidement», a expliqué le Dr Dugré.

En conférence de presse, le porte-parole des médecins n'a pas voulu dire si la FMSQ avait l'intention de réviser ses demandes à la table de négociation, compte tenu du refus catégorique opposé par Québec. Il a toutefois indiqué que la question des salaires, sur laquelle le ministre de la Santé s'est montré intraitable jusqu'ici, n'était pas l'unique préoccupation de la profession.

«On a aussi suggéré des mesures incitatives pour supporter la médecine spécialisée, notamment par la reconnaissance du travail de garde. Ce sont autant de mesures qui ne sont pas du tarif, mais qui sont là pour améliorer les conditions de pratique des médecins spécialistes et l'accès des soins aux patients», a-t-il dit.

Il y a un mois, le ministre François Legault avait jugé les demandes des médecins spécialistes totalement «déraisonnables», en disant qu'il n'avait pas les 500 millions réclamés pour combler l'écart salarial qui sépare les spécialistes québécois de ceux du reste du Canada. Il s'est tout au plus engagé à créer un comité de travail pour étudier ce phénomène. Un engagement qu'il a réitéré hier à Joliette, lors d'une tournée dans la région de Lanaudière.

Malgré la position ferme affichée par Québec, les dirigeants de la FMSQ ont indiqué hier avoir l'impression d'avoir fait avancer leur cause, en convainquant la population que leurs conditions de travail et que l'accès aux soins sont inadéquats. Selon des sources diverses, environ 10 000 opérations et chirurgies ont dû être annulées hier en raison de cette deuxième journée d'étude des médecins.