Saint-Hyacinthe - L'Institut vétérinaire crie famine et blâme Ottawa

Ottawa prive la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe d'un financement crucial sans lequel elle risque de perdre une importante accréditation nord-américaine qui pénalisera sévèrement l'entrée de ses nouveaux diplômés sur le marché du travail.

La frustration de la seule école vétérinaire francophone en Amérique est d'autant plus grande que ses jumelles des autres provinces canadiennes ont quant à elles reçu par le passé un soutien financier substantiel du gouvernement fédéral.

Toutes les écoles vétérinaires d'Amérique du Nord doivent être agréées par l'Association américaine de médecine vétérinaire (AVMA), afin que leurs diplômés soient habilités à procéder au contrôle sanitaire des animaux d'exportation et d'importation. Si la faculté perd son accréditation, les étudiants promus ne pourront être embauchés par le gouvernement fédéral pour effectuer ces tâches d'inspection et de lutte sanitaires devenues de plus en plus essentielles pour détecter les épidémies de vache folle et de fièvre aphteuse notamment. Pour obtenir ces emplois, les diplômés seraient alors tenus de subir un examen coûteux (8000 $) visant à évaluer leurs compétences cliniques dans une autre des écoles universitaires du Canada.

Or, depuis 1999, la faculté de médecine vétérinaire de l'université de Montréal n'a droit qu'à une accréditation partielle, l'AVMA jugeant son budget de fonctionnement insuffisant et ses installations désuètes, trop petites et ne répondant plus aux normes de sécurité actuelles. L'école de Saint-Hyacinthe n'a en effet subi aucun agrandissement et aucune amélioration de ses infrastructures depuis 1976 alors qu'elle admet aujourd'hui près de trois fois plus d'étudiants chaque année qu'il y a 25 ans.

Pour aider l'École de Saint-Hyacinthe à corriger ces lacunes et à regagner sa pleine accréditation, le ministère de l'Éducation du Québec lui a accordé une subvention totale de 41 millions de dollars (17,2 pour le fonctionnement, 15 pour l'infrastructure et 8,9 pour l'équipement). Mais la mise à niveau des locaux et des équipements est loin d'être achevée. Pour y parvenir, la faculté attend avec impatience une contribution de 59 millions du gouvernement fédéral, qui, jusqu'à récemment, a grandement négligé cette école francophone au profit des trois autres institutions de médecine vétérinaire du pays.

Plus choyées

Les trois autres facultés de médecine vétérinaire du Canada ont en effet été plus choyées que leur consoeur du Québec. Le gouvernement fédéral aurait assumé la moitié du coût (plus de 18 millions de dollars) de construction de la faculté de l'Atlantic Veterinary College de l'université de l'Île du Prince-Édouard. Le Western College of Veterinary Medicine de l'université de Saskatchewan aurait également bénéficié d'une contribution comparable. Pour sa part, l'Ontario Veterinary College de l'université de Guelph aurait profité, au début des années 1980, d'un important financement fédéral se chiffrant à une vingtaine de millions de dollars, auquel s'est ajoutée très récemment une subvention de 11 millions offerte par la Fondation canadienne à l'innovation (FCI) pour la modernisation de ses équipements.

Par contre, «depuis la création de la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, il y a une centaine d'années, nous n'avons reçu du fédéral qu'un million et quart de dollars pour la construction d'infrastructure», affirme le Dr Pierre Lamothe, adjoint au doyen de la faculté. «Au cours des deux dernières années, le FCI a accordé à l'école 4 759 000 $ pour soutenir la recherche qui s'y déroule. Mais ces crédits ne peuvent servir à répondre aux exigences liées à l'accréditation.»

Conséquence: la situation de l'école de Saint-Hyacinthe est nettement plus précaire que celle des autres institutions du pays qui possèdent toutes une accréditation complète auprès de l'AVMA.

La faculté québécoise doit confirmer à l'association américaine d'ici au 9 décembre prochain qu'elle est en voie de satisfaire aux exigences qu'on lui a imposées... grâce à une subvention que doit lui accorder le gouvernement canadien. Une subvention qui ne vient toujours pas...

«Si le rapport que nous devons rédiger ces jours-ci ne permet pas de rassurer l'AVMA [avec l'assurance d'une contribution fédérale] et que leur visite d'inspection prévue pour l'automne prochain vient corroborer leur doute quant à notre capacité à répondre à leurs exigences, elle risque de nous retirer toute accréditation, précise le Dr Lamothe. Et, dans ce cas, nos promesses ne seront plus considérées. On exigera des réalisations concrètes, soient des constructions qui prendront des années.»

Sabotage, dit le Bloc québécois

Depuis le 19 avril 2002, Yvan Loubier, député bloquiste de Saint-Hyacinthe-Bagot, réclame périodiquement au ministre de l'Agriculture, Monsieur Lyle Vanclief, diplômé de l'École de vétérinaire de Guelph, que son ministère s'engage concrètement à verser la somme nécessaire pour sauver la seule faculté de médecine vétérinaire francophone d'Amérique. Pour appuyer sa demande, il a créé une large coalition regroupant notamment l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec et l'association des étudiants de l'école.

«Le gouvernement fédéral est-il en train, encore une fois, de saboter une autre institution francophone au Canada, comme il l'a fait pour le Collège militaire de Saint-Jean qu'il avait fermé au profit du Collège de Kingston», s'insurge Yvan Loubier devant l'inaction d'Ottawa. Monsieur Loubier est plus que jamais déterminé à sauver la faculté de Saint-Hyacinthe.