Rapport Romanow - Allan Rock est encore plus tranché que Jean Chrétien

Ottawa — À quelques jours à peine d'une rencontre cruciale des ministres fédéral et provinciaux de la Santé portant sur le rapport Romanow, Allan Rock s'est jeté dans la mêlée en invitant le gouvernement fédéral à ne faire aucun compromis, en particulier en matière de transferts financiers.

«Je ne veux pas qu'on passe les prochains mois à réduire petit à petit la portée du rapport ni à faire des ententes en coulisses. Le rapport représente un ensemble de recommandations intégrées, et je pense qu'on doit montrer le leadership requis pour le mettre en oeuvre», a insisté le ministre de l'Industrie à sa sortie des Communes.

Selon lui, le rapport sur l'avenir du système de santé rédigé par Roy Romanow, et rendu public la semaine dernière, doit être appliqué rapidement et intégralement, une position qui va un cran plus loin que celle prise dimanche par le premier ministre Jean Chrétien et qui ne coïncide pas avec celle de la plupart des ministres et députés du Québec.

M. Chrétien a pris plusieurs provinces à rebrousse-poil en insistant sur la nature conditionnelle des prochains transferts, mais il parlait du rapport comme d'un «plan directeur» et de la nécessité de discuter avec elles.

Allan Rock affirme vouloir tenir compte de la situation de chaque province, mais ajoute aussi qu'il faut «avoir les mêmes objectifs, les mêmes services partout au Canada». Selon lui, M. Romanow a de toute façon pris leurs préoccupations en considération.

La plupart des provinces ont dénoncé de grands pans du rapport Romanow. À Québec, l'Assemblée nationale a même adopté une motion unanime la semaine dernière pour rejeter l'idée de transferts conditionnels, ce que suggère M. Romanow pour les deux prochaines années.

Allan Rock, lui, croit que «si on reprend le vieux jeu fédéral-provincial qui consiste à chercher des ententes, on perdra notre chance». Il est donc en désaccord avec la position de l'Assemblée nationale et le dit. Sa solution si Québec refuse les conditions? «On peut offrir l'argent, et ce sera au gouvernement provincial de décider s'il l'accepte ou non.»

«Acheter le changement»

Éventuel candidat à la succession de Jean Chrétien, Allan Rock se permet depuis quelque temps de commenter des dossiers qui ne relèvent pas de lui. La chose était d'autant plus facile hier que sa collègue, Mme McLellan, était absente pour cause de maladie. Mais avec cette sortie à la veille de la réunion de vendredi à Toronto, M. Rock lui complique la tâche, ce qui n'est pas nouveau.

Mme McLellan a pris la relève de M. Rock à la Santé en janvier après qu'il eut brûlé presque tous ses ponts avec les provinces et qu'il eut été incapable de négocier un accord sur un mécanisme de règlement des différends. Mme McLellan y est parvenue en quelques mois.

Le rapport Romanow demande qu'Ottawa finance 25 % des dépenses publiques en santé à partir de 2005-06, mais que tous les nouveaux fonds fédéraux offerts aux provinces d'ici là soient alloués à cinq programmes, soit pour les soins primaires, les soins à domicile, les services en régions éloignées, les services diagnostiques et, dans certaines circonstances, les coûts des médicaments. Allan Rock est d'accord avec cette idée. «Les résultats doivent être les mêmes partout», a-t-il insisté.

«L'argent doit servir à une fin et non pas à maintenir le statu quo. On en a eu assez de ça. L'argent doit servir à acheter le changement. Les conditions ne sont pas là pour affirmer le pouvoir d'un gouvernement, mais pour faire ce que les Canadiens veulent, c'est-à-dire qu'on rende des comptes, que les gens sachent comment l'argent est dépensé et comment le système fonctionne grâce à cela. Ce sont de bonnes recommandations», a-t-il martelé.

La rencontre de vendredi n'est que le prélude à la conférence des premiers ministres prévue pour la fin janvier et au cours de laquelle M. Chrétien veut conclure une entente. Lorsqu'on demande à M. Rock ce que devrait être l'attitude du premier ministre à cette occasion, il se montre soudainement plus prudent.

«Il est nécessaire pour le gouvernement du Canada de démontrer un certain leadership. Nous avons entendu la position des Canadiens, y compris des Québécois. Ils veulent que les gouvernements travaillent ensemble pour faire face aux problèmes et les résoudre», se contente-t-il de dire.