Lettres: À propos de la série October 1970

Il y a quelques jours, la direction de Télé-Québec affirmait qu'elle avait acheté les droits de la série October 1970, réalisée par Wayne Grigsby, parce qu'elle trouvait qu'il s'agissait d'«un point de vue de l'intérieur».

Un point de vue de l'intérieur, avez-vous dit? Peut-être en ce qui concerne la police, mais certainement pas du point de vue des militants du FLQ.

Voici pour la petite histoire. Un jour, le monsieur qui avait réalisé la série sur Pierre Elliott Trudeau, Wayne Grigsby, m'appelle à mon bureau d'édition. Il souhaite me rencontrer, car il a comme projet le tournage d'une série télévisée sur les événements d'octobre 1970. Rendez-vous est pris à un restaurant. Lorsque j'arrive à l'heure dite, le monsieur est déjà attablé et semble m'attendre de pied ferme. Je ne suis pas encore assis et les présentations sont à peine faites qu'il me pose la première question: «Comment c'était dans la maison de la rue des Récollets?»

Wô les moteurs! Vous voulez que je collabore au scénario du film, oui ou non? Si c'est oui, on va signer un contrat qui va définir nos tâches à tous les deux. Si c'est non, vous allez en être quitte pour payer le repas. La conversation est demeurée polie, sans plus. M. Grigsby est reparti, son projet sous le bras. Il ne m'a jamais rappelé pour m'offrir de collaborer à la série. Je le soupçonne même d'avoir installé un micro pour enregistrer notre conversation. On a dit par la suite qu'il s'était inspiré du rapport de la commission Duchaîne pour écrire cette série, truffée de grossièretés et d'inexactitudes, comme j'ai pu le constater lors du visionnement de la première émission.

Je dois avouer qu'une fois de plus, les militants indépendantistes sont présentés comme des ti-clins, des pauvres types, des gens sans envergure, des personnages stéréotypés, qui ne font que réciter des litanies ridicules. Sans parler des faits, qui sont tout à fait erronés. Quelle tristesse!

La vraie série reste toujours à faire. Qui osera s'y attaquer?