Chrétien appuie Romanow sans hésitation

M. Chrétien livrait son dernier discours à l’aile québécoise de son parti, lui qui tirera sa révérence politique en février 2004. Un discours empreint de nostalgie et placé sous le signe du bilan. «Aujourd’hui, c’est certainement mon derni
Photo: Jacques Nadeau M. Chrétien livrait son dernier discours à l’aile québécoise de son parti, lui qui tirera sa révérence politique en février 2004. Un discours empreint de nostalgie et placé sous le signe du bilan. «Aujourd’hui, c’est certainement mon derni

Faisant fi des cris de protestation de l'Assemblée nationale, le premier ministre Jean Chrétien a approuvé complètement hier le rapport Romanow sur la réforme des soins de santé. Il a fait comprendre que le Québec avait tort d'y voir l'imposition d'une volonté fédérale en santé, puisque les priorités qui y sont établies sont les mêmes que celles contenues dans le rapport Clair.

«Ce rapport me plaît», a lancé M. Chrétien à ses militants réunis à Montréal pour le congrès de l'aile québécoise du Parti libéral.

«Les investissements devront être axés sur le changement et sur les résultats, comme celui d'assurer aux citoyens l'accès à des soins de santé de qualité 24 heures sur 24, sept jours sur sept. C'est l'objectif de la réforme des soins primaires et d'ailleurs, c'est aussi recommandé par la commission provinciale du rapport Clair. Il y a aussi les soins à domicile à l'intention des malades qui viennent de sortir de l'hôpital qui sont aussi recommandés par le rapport Clair.»

M. Chrétien a repris à son compte le principe central du rapport Romanow voulant que les citoyens désirent que leur gouvernement provincial rende des comptes sur la gestion du système de santé, d'où la suggestion d'instaurer un Conseil national qui évaluerait la performance de chacun.

À la blague, le premier ministre a indiqué qu'il avait un intérêt personnel à ce que la gestion soit meilleure puisqu'il se ferait probablement soigner un jour à l'hôpital de Shawinigan, et que celui-ci avait connu des problèmes cet été. On se rappellera que c'est en étant redirigé vers l'hôpital de Trois-Rivières, parce que l'urgence de Shawinigan était fermée, qu'un homme est décédé, cas qui a amené le gouvernement québécois à adopter une loi spéciale. «Ce qui est très important pour la population, c'est une imputabilité et une transparence accrues.»

M. Chrétien a promis que l'argent d'Ottawa serait au rendez-vous si les provinces s'entendaient sur un plan national de réforme lors de la rencontre des premiers ministres dans deux mois. «Si nous avons un plan d'action pour effectuer les changements importants à long terme, et si tous les gouvernements s'entendent sur ce plan, je peux vous assurer que les dollars fédéraux nécessaires seront disponibles.»

La révérence d'un sortant

M. Chrétien livrait ainsi son dernier discours à l'aile québécoise de son parti, lui qui tirera sa révérence politique en février 2004. Un discours empreint de nostalgie et placé sous le signe du bilan. «Aujourd'hui, c'est certainement mon dernier congrès comme chef du Parti ici au Québec. Ça me fait de la peine, mais d'un autre côté, il faut passer le flambeau un jour.»

M. Chrétien a ainsi remercié ses militants de l'avoir laissé aller de l'avant avec la Loi sur la clarté référendaire il y a trois ans, à l'édition précédente du congrès. Les rumeurs allaient bon train, à l'époque, à propos d'un éventuel projet de loi, et les troupes, on s'en souvient, avaient évacué le débat en donnant carte blanche à M. Chrétien et à son équipe pour choisir la stratégie la plus appropriée.

«Vous vous souvenez tous de [É] l'inquiétude qui régnait quant aux conséquences de l'adoption de la Loi sur la clarté. Vous m'avez fait confiance et je vous en remercie. [Stéphane] Dion et moi avons travaillé très fort. Il y avait beaucoup d'incertitude, les gens avaient peur, mais c'était nécessaire. Et maintenant, c'est une chose du passé.»

Il a déclaré que l'unité nationale était «plus forte que jamais» et a rappelé qu'il était toujours possible de changer d'avis sur le sujet. «Moi aussi j'ai déjà cru que les Anglais avaient des cornes.»

M. Chrétien a rappelé à plusieurs reprises qu'il était impliqué dans le PLC depuis 1956 à titre de président des jeunes libéraux à l'Université Laval dès 1956. Il était difficile de recruter des membres à l'époque, a-t-il raconté, parce que c'était l'époque Duplessis et que les étudiants craignaient de perdre leurs prêts et bourses. M. Chrétien avait eu la chance, a-t-il expliqué, de toucher une généreuse bourse privée de 500 $. «Alors moi, je me sacrais pas mal du gouvernement provincial.»

La machine Martin

Le congrès a aussi confirmé la mainmise de l'organisation pro-Martin sur l'aile québécoise du parti. Absolument toute son équipe a été élue au conseil de direction québécois. En fait, tous les membres, sauf un, ont été nommés par acclamation, les opposants ayant décidé de ne pas se présenter. Seul le poste de représentant des aînés a été pourvu au terme d'une élection. Mais la candidate pro-Chrétien, malgré la distribution massive de ses petites feuilles vertes et une campagne vigoureuse, n'a pu faire tourner le vent.

Les autres candidats à la succession de Jean Chrétien, les ministres Allan Rock (Industrie), John Manley (Finances) et Sheila Copps (Patrimoine) sont également venus faire acte de présence. M. Rock a même tenté de créer l'événement en faisant un point de presse devant une foule d'une vingtaine de supporters l'acclamant. Tous portaient un autocollant à l'effigie d'un sprinter, symbole que son équipe réclame une vraie course, non un couronnement de Paul Martin.

Par ailleurs, ce congrès n'a pas été marqué par la grande quantité de débat. La très grande majorité des résolutions ont été adoptées sans que les délégués ne demandent d'en discuter au préalable. La machine à voter roulait rondement.

Un des débats qui a eu lieu avait trait à la marijuana. On demandait de rejeter le rapport du sénateur Pierre-Claude Nolin, qui recommande sa légalisation, et, à la place, de décriminaliser la possession de petites quantités de la substance. Le ministre de la Justice Martin Cauchon s'est levé pour rappeler que c'était la position du gouvernement, et tout le monde a voté pour.

L'autre résolution intéressante demandait de limiter à deux mandats le passage d'un chef à la tête du parti. Il a été voté qu'elle soit discutée par la commission politique du parti. De même, la résolution qui demandait d'interdire le financement des partis politiques par des personnes morales (entreprises et syndicats) a été amendée de façon telle qu'on ne parlait plus que de limiter ces contributions. Elle a été adoptée.

Enfin, toutes les résolutions demandant au gouvernement fédéral d'élaborer une politique sur l'eau douce, un champ de compétence clairement provincial, ont été adoptées sans débat.

L'organisation estime qu'un millier de délégués ont assisté au congrès, mais guère plus que la moitié, au mieux, ont assisté aux plénières.