Landry se fait menaçant à l'endroit d'Ottawa

Québec — Le premier ministre Bernard Landry a reconnu, hier, que le gouvernement du Québec ne pourrait pas boucler son prochain budget 2003-2004 sans faire de déficit, à moins qu'Ottawa ne lui verse une somme substantielle pour financer les coûts croissants du système de santé.

Dans l'état actuel des choses, la ministre des Finances, Pauline Marois, ne pourra pas respecter l'objectif du déficit zéro dans son prochain budget de mars. «Si on vous dit ça, c'est vrai», a laissé tomber M. Landry, lors de la conférence de presse qui clôturait le conseil national du Parti québécois.

«Réalisons que la Commission Séguin, ce n'est pas une plaisanterie», a dit le premier ministre, en rappelant les conclusions du rapport Séguin qui fait état d'un manque à gagner, pour le Québec, de 50 millions par semaine, ou de 2,5 milliards par année, en raison du déséquilibre fiscal.

«Il faut que notre population se rende compte que le gouvernement central nous étrangle», a-t-il dit.

Le premier ministre a toutefois précisé que «pour le présent exercice, on est moralement certains [...] d'arriver au déficit zéro», a-t-il dit, même si le gouvernement a engagé 100 millions cette année, une somme relativement modeste, dans son plan d'action. «On tient mordicus au déficit zéro», a-t-il réitéré.

Même si les finances publiques québécoises sont sur la corde raide, jamais le gouvernement Landry, qui bénéficie de l'appui unanime de l'Assemblée nationale à cet égard, n'acceptera quelque condition que ce soit pour obtenir un financement supplémentaire en santé de la part du gouvernement fédéral. «Il ne sera pas dit que les malades du Québec vont être l'objet de quelque querelle futile, de quelque chicane» fédérale-provinciale, a-t-il martelé.

Pour l'heure, Bernard Landry persiste à dire que «la bonne foi se présume», et il mise sur le dialogue. Il compte sur l'annonce par Jean Chrétien du versement des fonds fédéraux en santé, et ce, sans conditions, lors de la prochaine conférence fédérale-provinciale des premiers ministres au début de 2003.

Mais, par la même occasion, Bernard Landry promet «une sacrée bataille» si Ottawa posait des conditions à ce financement, comme le recommande le rapport Romanow. «Des choses graves se préparent, comptez sur moi», a-t-il lancé, sans vouloir donner plus de détails. «Nous aurons l'argent. C'est une obligation de résultat» que s'est donnée son gouvernement, a dit M. Landry.

Le premier ministre sent bien que les autres provinces sont tentées d'accepter les conditions d'Ottawa. Le rapport Romanow poursuit «un dessein politique», a-t-il souligné. «M. Romanow ne s'en est pas caché: il veut une uniformisation nationale. Mais, comme il y a deux nations, il la fera pour l'autre, s'il le veut, mais il ne la fera pas pour la nôtre.»

Lors de la dernière entente sur le financement de la santé en septembre 2000, Lucien Bouchard avait accepté qu'une partie du réinvestissement fédéral transite par trois fonds ciblés. M. Landry refuse qu'il en soit de même aujourd'hui, soulignant que Québec avait de toute façon dépensé ces sommes comme il l'entendait, selon ses priorités. Le premier ministre est toutefois disposé à verser la contribution fédérale dans une caisse santé.

Hier, au conseil national, les militants péquistes ont adopté une proposition visant la création d'une caisse santé dont le financement serait modulé «selon le revenu imposable». M. Landry a dit que les Québécois n'auraient pas nécessairement à subir une hausse d'impôt liée à la santé: tout dépend du financement qui proviendra d'Ottawa.