Les journalistes rejettent l'idée d'une loi-cadre

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) abandonne l'idée d'encadrer la profession journalistique par une loi. Mais elle s'engage dans un grand exercice d'analyse et d'approfondissement de l'état du journalisme au Québec.

Après deux jours de discussions intenses, à l'occasion de son congrès annuel cette fin de semaine à Québec, la direction de la FPJQ s'est rendue à l'évidence: son projet de demander au gouvernement d'adopter une loi sur le titre de journaliste professionnel ne passait pas la rampe.

Lors d'une grande séance de travail, samedi après-midi, la majorité des journalistes présents ont en effet rejeté de façon viscérale la possibilité que l'État puisse adopter une loi pour clarifier les règles de la profession.

La direction de la FPJQ avait lancé, il y a quelques semaines, un document de travail qui proposait un ensemble de dispositions législatives pour mieux protéger les journalistes et mieux garantir la liberté d'information auprès du public.

Mais le rejet de cette proposition n'est pas nécessairement un camouflet pour la direction de la Fédération, qui compte maintenant 1700 membres. En assemblée générale, hier, les membres de la fédération ont reporté au pouvoir l'actuelle présidente de l'organisme, Anne-Marie Dussault, et ils ont accordé à la FPJQ le mandat de poursuivre la réflexion sur d'autres bases, à l'extérieur d'un cadre réglementaire.

Selon la proposition qui a été adoptée hier, la réflexion de la FPJQ portera sur les droits des journalistes, sur le statut du journaliste, sur la précarité d'emploi et sur les moyens à utiliser pour réaliser ces objectifs.

Les membres de la FPJQ ont également demandé que leur fédération examine comment renforcer le Conseil du presse du Québec, particulièrement sur le plan financier.

Anne-Marie Dussault se montrait satisfaite hier du résultat de ce congrès qui a attiré plus de 600 journalistes, un nombre exceptionnel de participants. «Nous voulions que les gens prennent le débat en main, explique-t-elle au Devoir. L'idée d'un cadre réglementaire est abandonné, mais nous avons le mandat de continuer cette réflexion sous plusieurs formes.»

En fait, l'assemblée générale de la FPJQ a décidé de réfléchir en profondeur aux différents éléments qu'on trouvait dans le projet de loi, mais à l'extérieur d'un cadre réglementaire qui aurait été voté par le gouvernement.

Parmi ces éléments, on trouve la nécessité de clarifier les règles déontologiques communes à toute la profession, la nécessité de mieux définir ce qu'est un journaliste, la nécessité de défendre les pigistes et contractuels, dont les droits sont mal respectés, et la nécessité de mieux protéger les journalistes devant les saisies policières et les demandes judiciaires de matériel journalistique.