Axor poursuit la Grande bibliothèque

Le projet de construction de la Grande Bibliothèque a changé d'entrepreneur principal. Et les budgets qui seront alloués à sa stricte construction ne sont plus de 57,4 millions, tel que l'avait prévu la firme Axor, mais bien de 59,5 millions, selon la soumission du nouvel entrepreneur, la firme Hervé Pomerleau, soit 2,1 millions de plus.

En effet, la firme de construction Axor, le plus bas soumissionnaire à ce jour pour les travaux de construction, ne fait plus partie du projet. Le Devoir a appris que la firme Axor Construction Canada poursuivait la Bibliothèque nationale pour 3 276 000 $ en perte de profits et de contribution à ses frais administratifs, et pour 125 000 $ en frais de préparation de sa soumission et en débours. Dans la poursuite, qui a été déposée jeudi dernier au Palais de justice de Montréal, Axor Construction Canada fait référence à un «processus contractuel illégal», concernant les tractations de dernière minute ayant entouré l'établissement du coût du contrat.

«La demanderesse [Axor Construction Canada] refusait, d'une part, d'entreprendre un projet en s'exposant à des poursuites en regard du processus d'adjudication et, d'autre part, de se prêter à un processus contractuel illégal», peut-on lire dans la poursuite qui a été déposée par Axor en Cour supérieure.

On sait que la soumission d'Axor Construction Canada au projet de construction de la Grande Bibliothèque du Québec, si elle était la plus basse, dépassait tout de même de 2,8 millions le budget initialement fixé par l'appel d'offres. Or, entre-temps, la GBQ a obtenu du Conseil du trésor sept millions supplémentaires, ce budget permettant la réalisation de la soumission d'Axor.

De son côté, la Grande Bibliothèque affirme que c'est la firme Axor Construction Canada qui s'est désistée du projet. «La firme Axor a décidé de ne pas donner suite à sa soumission, a dit pour sa part Marthe Lawrence, porte-parole de la GBQ. Nous avons été étonnés que la firme ne respecte pas sa soumission, et il ne nous revient pas de spéculer sur ces motifs.»

Apprenant que la firme Axor Construction Canada avait entamé des poursuites contre la Bibliothèque nationale du Québec (qu'on appelle aussi GBQ), Marthe Lawrence a ajouté:

«Nous allons nous opposer vigoureusement et dans les délais [La Grande Bibliothèque du Québec a dix jours, une fois la poursuite d'Axor déposée, pour la contester devant les tribunaux] à toutes les allégations d'Axor. Par ailleurs, nous préparons notre propre recours contre Axor, compte tenu du fait que son désistement nous a causé des dommages importants.»

Axor ne faisant plus partie du projet, le contrat de construction est allé, le 12 novembre dernier, au second plus bas soumissionnaire, soit le groupe d'Hervé Pomerleau, dont les budgets étaient de 2 100 000 plus élevés que ceux d'Axor.

Selon Marjolaine Perreault, attachée de presse de la ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, la nouvelle enveloppe accordée par le Conseil du trésor couvrira les frais liés à la hausse du contrat. Mme Perreault a expliqué que le Conseil du trésor a prévu un budget visant à éponger des frais supplémentaires survenus en cours de construction, des «budgets pour autre chose en cas de dépassements», a-t-elle dit.

Dans les sept millions qui ont été accordés par décret à la GBQ, on trouve par ailleurs des frais supplémentaires de 700 000 $ liés à l'acquisition du Palais du commerce, des frais de 1 100 000 $ en taxes foncières non prévues au budget initial, des frais de 500 000 $ supplémentaires en frais de gestion puisque l'ouverture est prévue à l'automne 2004 plutôt qu'à l'automne 2003, de 1300 000 $ en frais de mobilier, d'appareillage et d'outillage, et de 1 200 000 en frais de déménagement de diverses collections dans un nouvel édifice.

«On en a profité pour revoir les frais au complet, y compris tous les outils et tous les besoins de la Grande Bibliothèque du Québec», a dit Mme Perreault. Mme Perreault a ajouté que les budgets initialement accordés à la GBQ avaient été adoptés il y a trois ans, et que des dépassements, compte tenu de la surchauffe survenue depuis dans le milieu de la construction, n'étaient pas étonnants. Mme Perreault a aussi souligné que les deux premières phases du projet avaient été effectuées à l'intérieur des budgets donnés. Le budget de mise en place de la GBQ, initialement de 90 000 000 $, est désormais de 97 000 000 $.