Pour des compagnies minières responsables

Aujourd'hui, presque tous ces cours d'eau sont à sec et ceux qui ne le sont pas sont contaminés par de l'arsenic et du cyanure. Plusieurs habitants de la région, déplacés de force pour laisser place à la mine d'or de San Martin (propriété d'une compagnie canado-états-unienne), n'ont pas encore reçu les titres de propriété promis et risquent d'être expulsés à tout moment.

La vie des autochtones Subanon de Canatuan à Mindanao, aux Philippines, était déjà très difficile alors qu'ils tentaient de survivre au milieu d'une zone de conflit armé. Mais la situation s'est vraiment envenimée avec l'arrivée d'une compagnie minière canadienne qui les a évincés de leurs terres. Cette compagnie s'est moquée des lois philippines portant sur la protection des peuples autochtones et s'est installée avec une brigade de sécurité privée armée jusqu'aux dents, contribuant ainsi à l'accroissement de la militarisation de cette région.

Les leaders autochtones qui se sont opposés à l'exploitation de la mine ont été montrés du doigt et diffamés sur le site Internet de la compagnie, puis menacés de violences et de mort par les paramilitaires qui cherchaient à exploiter la situation.

Ce ne sont là que deux exemples parmi tant d'autres des conséquences néfastes des activités minières de certaines entreprises canadiennes dans les pays du Sud. Ces compagnies laissent souvent dans leur sillage de graves problèmes sociaux et environnementaux que leurs belles promesses de retombées économiques ne pourront jamais réparer.

Savez-vous que ce sont vos impôts qui financent de telles aventures?

Chef de file

Le Canada est le chef de file dans le domaine de l'exploitation minière et c'est Ottawa, au moyen de ses crédits d'impôt, qui fournit de l'aide — juridique, financière et logistique — aux entreprises qui font affaire à l'étranger. Les ambassades canadiennes à travers le monde ont pour mission de promouvoir les projets des entreprises canadiennes mais se soucient peu de savoir si telle ou telle compagnie se comporte en bonne personne morale ou viole les droits de la personne.

Dans certains cas, le soutien du Canada a permis à des entreprises canadiennes peu scrupuleuses de conclure des ententes qui défient l'entendement: dans certains pays d'Afrique, certaines ont obtenu des concessions minières tellement profitables, n'offrant que très peu d'avantages aux populations locales, qu'il est difficile de croire que des pots-de-vin n'ont pas été versés.

Dans son dernier rapport, John Ruggie, professeur à Harvard et représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la question des droits de l'homme, des sociétés transnationales et autres entreprises, a recensé 65 cas dans 27 pays où des compagnies étaient liées à des violations des droits de la personne. Les compagnies extractives (mines, gaz et pétrole) étaient responsables des deux tiers de ces abus qui se sont produits dans des pays à faibles revenus affichant un indice de gouvernance faible et un indice élevé de corruption (dans 25 des 27 pays recensés).

En novembre dernier, M. Ruggie a participé à la Table ronde nationale de Montréal sur la responsabilité sociale des entreprises où plusieurs intervenants provenant des ONG (dont Développement et Paix), de l'industrie et du gouvernement fédéral ont échangé sur les mesures à prendre pour responsabiliser les compagnies minières dans les pays du Sud. Bien que le gouvernement se soit montré favorable au travail et aux recommandations de M. Ruggie, Ottawa continue d'entretenir le mythe selon lequel les compagnies canadiennes sont responsables et n'ont pas besoin de réglementation.

Le Canada et l'industrie minière font même front commun pour défendre l'idée voulant qu'un engagement volontaire suffise pour garantir que les activités des entreprises canadiennes à l'étranger soient menées de manière responsable.

À huis clos

Depuis quelques années, le nombre de codes volontaires s'est multiplié, que ce soit le Pacte mondial des Nations unies ou les principes directeurs de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l'intention des entreprises multinationales. Pourtant, on n'a pas constaté de réduction du nombre de violations dans les pays du Sud.

En 2005, le Comité permanent sur les affaires internationales de la Chambre des communes a tenu des audiences publiques sur la question. De nombreuses personnes ont témoigné, notamment les leaders autochtones des Philippines, Onsino Mato de Canatuan et Godofredo Galos, du Mouvement pour sauver le paradis de Siocon. Ils ont tenu à expliquer de vive voix toutes les conséquences désastreuses de l'exploitation minière canadienne sur leurs collectivités à Mindanao. Toutefois, leurs témoignages se sont faits à huis clos, car ils craignaient des représailles une fois de retour dans leur pays.

Ce sont ces témoignages ainsi que ceux de nombreux autres intervenants qui ont convaincu les parlementaires de recommander à l'unanimité une réglementation des activités des compagnies canadiennes à l'étranger.

Développement et Paix a choisi de consacrer sa campagne d'éducation des deux prochaines années à la responsabilité sociale des compagnies minières canadiennes afin de faire avancer ce dossier qui piétine à Ottawa. Les sociétés canadiennes ont une responsabilité envers les populations touchées par leurs exploitations minières: il n'est pas suffisant de dire qu'elles créent des emplois ou qu'elles stimulent les économies locales. C'est pourquoi le Canada doit à tout le moins cesser d'aider les entreprises qui ne respectent pas les normes internationales en matière de droits de la personne et d'environnement.

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