Lettres: Le nouveau Q du PQ

Le logo original du PQ a été créé en 1968 par le peintre et poète Roland Giguère. La lettre stylisée Q, pour «Québécois» ou «Québec», était faite d'un cercle bleu brisé par une flèche rouge. À l'époque, l'auteur avait voulu signifier que le Parti québécois se donnait comme mission de briser le cercle du colonialisme et que l'indépendance nationale permettrait au Québec de s'ouvrir sur l'avenir et sur le monde.

Le nouveau logo du parti de René Lévesque étonne fortement. Sa métamorphose choque et interroge. Il choque parce qu'il abandonne les couleurs traditionnelles du parti; il interroge parce qu'il marque une coupure radicale entre la nouvelle génération qui dirige le PQ et celle qui, il y a 40 ans, avait soigneusement choisi de marier à la fois le rouge et le bleu, synthèse historique de la marche des deux grandes formations politiques du Québec. Les rouges, tout comme les bleus, ont laissé un passé plus ou moins nationaliste. Le bleu Duplessis, revendicateur et autonomiste, s'est retrouvé tout aussi fort historiquement, un certain 20 juin 1990, dans les propos d'un Robert Bourassa rouge, nationaliste comme Duplessis mais moins tapageur. N'est-ce pas lui qui, le premier, avait osé parler de «souveraineté culturelle»?

René Lévesque, lui-même un ancien ministre rouge, n'avait rien trouvé de scandalisant de voir les couleurs de son ancienne formation politique, le Parti libéral du Québec, se trouver dans le sigle de son nouveau parti, le Parti québécois. Pas plus d'ailleurs de voir dans le sigle du Parti québécois le bleu de l'ancienne Union nationale, qu'il avait vigoureusement combattue aux côtés de Jean Lesage.

Le logo du nouveau PQ d'André Boisclair a pivoté sur lui-même. Il ressemble à un sabot de Denver. La flèche semble être à l'envers alors que ce qui était jadis, dans l'ancien logo, un appel à l'ouverture vers un avenir meilleur donne l'impression d'être un frein qui empêche le Québec d'accéder à sa marche en avant. De plus, le nouveau Q du PQ n'est pas une réussite d'un point de vue esthétique. Il englobe une couleur empruntée au Parti vert et abandonne le fer de lance rouge qui invitait à l'engagement et au dépassement. Le tout est terne et invite à l'immobilisme. Ou au tournage en rond. À l'image de son jeune chef!