Le Montréal bleu se concrétise

Du rêve à la réalité, le Montréal bleu de l'ex-maire Pierre Bourque se concrétise enfin, mais à une échelle plus grande que prévu. À la suite de la signature d'une première entente sur le développement durable de la région, le gouvernement du Québec a débloqué hier une première enveloppe qui permettra d'améliorer l'accès aux berges de la région. Une vingtaine de projets totalisant 34 millions de dollars ont ainsi été soumis à ce jour.

Parcs riverains, renaturalisation des berges, protection d'espaces naturels, réfection de marinas, création de ports de plaisance, aménagement de pistes cyclables: ce ne sont pas les projets qui manquent. Les municipalités nourrissent donc beaucoup d'attentes à l'endroit de ce nouveau partenariat liant la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et le gouvernement du Québec.

Le 10 octobre dernier, ces deux instances s'entendaient en effet sur un nouveau partenariat qui vise «à protéger et à mettre en valeur les espaces riverains et aquatiques et à doter la région d'un réseau intégré et cohérent d'espaces boisés et humides ayant une valeur écologique». Le Programme de mise en valeur des espaces bleus, issu de ladite entente, a précisément pour objectif de concrétiser cette volonté.

C'est dans un tel contexte que le ministère des Affaires municipales et de la Métropole a officiellement puisé hier trois millions à même les crédits alloués au Programme-cadre de renouveau urbain. Cette somme, directement versée à la CMM, servira à financer les projets qui lui ont été soumis. La CMM et les 63 municipalités qui la composent participeront également au financement des projets à hauteur de 66 %, soit trois millions de la CMM et autant des municipalités qui verront leurs projets acceptés.

Au total, la CMM jouira donc d'une enveloppe globale de neuf millions de dollars, enveloppe qu'elle espère pouvoir étoffer ultérieurement, selon la demande. Et tout porte à croire qu'une demande sera faite en ce sens au gouvernement puisque, à ce jour, 24 projets de toute sorte ont été présentés. Le coût total de ces derniers est évalué à 34 millions alors que l'enveloppe du programme est de neuf millions.

«C'est du un pour quatre, ce qui est normal pour ce genre de programme», précise en entrevue Denis Péloquin, responsable du secrétariat métropolitain de mise en valeur des espaces bleus et verts. «Ça veut dire, en fait, que ce programme répond à des besoins, qu'il n'est d'aucune façon superflu. Mais il est évident que ça nous oblige à faire un tri en fonction de la qualité des projets et de leur dispersion sur le territoire de la CMM.»

Puisque cela implique que certains projets ne seront pas retenus dans un premier temps, il a été impossible de connaître la nature exacte des projets qui ont été présentés. «En bonne partie, il s'agit de réfection de marinas et de création de ports de plaisance, a tout de même précisé M. Péloquin. Il y a également plusieurs projets de parcs riverains, tant sur les couronnes nord et sud que sur l'île, de renaturalisation de berges et de pistes cyclables.»

«Le but, a-t-il ajouté, est de mettre sur pied des équipements nautiques, notamment, pour qu'à un moment donné il y ait possibilité de louer des bateaux, par exemple. En Ontario, sur la rivière des Milles-Îles, il est très facile de louer un bateau pour la pêche ou pour la promenade. Il y a même des "house boats" louables à la semaine. On est loin de ça à Montréal, mais un jour, on pourra peut-être arriver à ça.»

L'idée du Montréal bleu a été lancée par l'actuel chef de l'opposition à Montréal, Pierre Bourque, à l'époque où il occupait la plus haute fonction à l'hôtel de ville. L'objectif était de mettre en valeur les berges de l'île. Récupéré par la CMM et son président, l'actuel maire de Montréal, Gérald Tremblay, le Montréal bleu est devenu le Grand Montréal bleu.

La CMM souhaite ainsi protéger et mettre en valeur les grands bassins de la région métropolitaine, en plus d'accroître l'accès du public aux berges, aux plans d'eau et à certaines îles fluviales du Grand Montréal. Pour ce faire, elle accordera un appui notamment financier aux projets municipaux qui militent en ce sens. Par ailleurs, des discussions vont actuellement bon train entre le gouvernement et la CMM au sujet d'un fonds vert qui reste à être bonifié. Celui-ci, l'équivalent du fonds bleu, s'appliquerait aux boisés de la région métropolitaine ou, en d'autres mots, au Grand Montréal vert.

L'entente signée le 10 octobre dernier consacre à cette fin une somme de 3,5 millions de dollars (provenant à parts égales du ministère de l'Environnement et de certains partenaires privés, comme Canards illimités et Conservation de la nature) pour l'acquisition et la conservation d'espaces naturels, boisés et humides dans la région. La CMM étudie actuellement la possibilité de se joindre au gouvernement et à ses partenaires pour augmenter le montant de cette enveloppe.

Cela est d'autant plus urgent que le cadre d'aménagement élaboré par le gouvernement à l'intention de la CMM souligne le caractère critique de la situation naturelle de la région. Celle-ci aurait perdu 30 % de son couvert végétal entre 1986 et 1994, et ses aires protégées ne correspondent à l'heure actuelle qu'à 4,3 % du territoire métropolitain.