La SCHL lance un nouvel avertissement

En septembre, le centre-ville de Montréal comptait 400 condos inoccupés ainsi que 1800 condos en construction, selon les données recueillies par la SCHL.
Photo: Jacques Nadeau En septembre, le centre-ville de Montréal comptait 400 condos inoccupés ainsi que 1800 condos en construction, selon les données recueillies par la SCHL.

Il se construit peut-être trop de condos au centre-ville de Montréal, a une fois de plus averti hier la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), en ajoutant cette fois que la saturation de ce créneau de luxe est partiellement attribuable aux promoteurs venus de l'extérieur.

Elles sont difficiles à rater, le long du boulevard De Maisonneuve, près du Palais des congrès, rue Sherbrooke ou avenue du Docteur-Penfield: d'énormes tours à logements bien brillantes qui poussent comme des champignons depuis le début de la fièvre immobilière. Les prix? De 250 000 $ jusqu'à ce que l'ascenseur s'arrête au dernier étage, où la facture peut franchir 1,5 million.

Si la fièvre de l'acheteur s'est calmée, le vendeur, lui, est toujours là. Et il croise les doigts. En septembre, le centre-ville de Montréal comptait 400 condos inoccupés ainsi que 1800 condos en construction, selon les données recueillies par la SCHL. Ce niveau d'inventaire, qui ne comprend pas les projets d'immeubles recyclés, prendra un peu plus de deux ans à s'écouler.

«La demande plafonne», a dit hier l'analyste Paul Cardinal, spécialiste du marché montréalais, lors du dévoilement des perspectives de la SCHL pour 2007. «Les promoteurs sont donc invités à faire preuve de circonspection, en particulier dans le cas des logements très luxueux.»

En point de presse, M. Cardinal a indiqué que, même si certains promoteurs «font des ajustements» pour compenser le fait que les ventes se bouclent moins vite que dans le passé, la situation ne s'est pas encore reflétée sur les prix. «On sait toutefois que, pour certains projets au centre-ville, des agents immobiliers ont été mandatés pour écouler les condos.»

Ce que le centre-ville a observé, a dit M. Cardinal, c'est l'arrivée de certains promoteurs de l'extérieur qui «n'ont pas le même comportement» que les investisseurs locaux, dont la réaction première serait, logiquement, de diminuer les prix pour vendre plus facilement. Or ces promoteurs, aux reins solides, savent qu'il peut se passer plusieurs années avant de tout vendre un immeuble.

Un des projets les plus en vue au centre-ville est celui du 1200 Maisonneuve Ouest, propriété du Groupe El-Ad. Cette firme appartient à Yitzhak Tshuva, multimilliardaire israélien dont l'entreprise possède aussi le Plaza Hotel de Manhattan, acheté pour 675 millions $US en 2005. Le complexe est constitué de deux tours, dont une est vendue à 70 % alors que l'autre vient à peine de faire son entrée sur le marché.

«On vend beaucoup à des gens de l'extérieur du pays, des États-Unis, de l'Europe, du Moyen-Orient, dit Carole Dubois, du Groupe Sutton, affectée à la vente de condos de ces deux tours. La SCHL dit qu'il y a un ralentissement, mais on est plus ou moins affectés parce qu'on ne s'adresse pas seulement aux acheteurs locaux.»

Certains promoteurs viennent de l'Alberta, comme True North Properties, qui construit les Jardins Windsor où les Expos devaient jadis ériger domicile. Il y a aussi le Groupe Pacific, présent un peu partout en Amérique du Nord et dont le projet montréalais est Mosaïque Southam, près du Palais des congrès.

La SCHL en avait long à dire hier lors de sa conférence. En ce qui concerne l'état général du marché immobilier, qui connaît présentement un atterrissage en douceur après ses années folles, elle a estimé que les prix devraient augmenter de 3 à 5 % en 2007.

Par ailleurs, la SCHL a indiqué que la hausse des prix depuis 2001 n'est pas due aux spéculateurs. La SCHL a dévoilé des données selon lesquelles le pourcentage de maisons achetées puis remises sur le marché la même année n'atteignait pas 4 % en 2005. Dans le cas des plex, il a touché 6 % en 2003 et est en déclin. Enfin, la SCHL estime que le taux d'inoccupation dans la grande région se situera à 3 % en 2007, comparativement à 2,5 % en 2006.

À voir en vidéo