Les médecins d'urgence font fi de Legault

Les médecins urgentologues en ont assez de voir le dossier des urgences traîner en longueur depuis l'été dernier. À l'instar des procureurs de la Couronne, ils ont ouvertement réclamé hier l'intervention du premier ministre du Québec, Bernard Landry, pour mettre fin à la précarité qui sévit dans l'organisation des services d'urgence au Québec.

Les urgentologues du Québec ont lancé ce cri d'alarme hier, à l'occasion du congrès scientifique annuel de l'Association des médecins d'urgence du Québec, qui réunissait à Montréal plusieurs centaines d'entre eux. «On fait appel à M. Landry pour qu'il prenne les choses en main. On lui dit: "Donnez-nous les moyens de trouver des solutions plus acceptables aux problèmes que de sortir dans la rue comme l'ont fait les procureurs de la Couronne"», a fait valoir hier le Dr Luc Bessette, membre du REMUQ, dans le cadre d'une conférence de presse conjointe du Regroupement des médecins d'urgence du Québec (REMUQ) et de l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ).

Selon les urgentologues, le conflit qui les oppose au ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, est en passe de prendre la même tournure que celui qui opposait le ministre de la Justice, Paul Bégin, aux procureurs de la Couronne.

«De plus en plus de gens sont très insatisfaits et prêts à prendre tous les moyens pour se faire entendre. Mais pour nous, ça ne serait pas responsable de prendre la population en otage. Nous demandons donc au premier ministre de s'en mêler», a ajouté le Dr Bessette.

De plus en plus d'urgentologues estiment que le dossier bloque sur le plan strictement politique et que le ministre de la Santé, François Legault, n'a plus la latitude voulue pour pouvoir régler ce conflit.

Depuis l'adoption de la loi 114, qui permet à Québec de forcer des omnipraticiens à aller dépanner des urgences en région, il faut dire que la tension a atteint son comble entre le ministère de la Santé et les urgentologues. Selon le REMUQ, les propositions faites au ministre Legault depuis septembre, et encore la semaine dernière, pour trouver des solutions de rechange à la «conscription» des médecins sont restées lettre morte. Pour l'instant, les négociations officielles ont plutôt lieu avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), responsable de négocier les conditions de travail de l'ensemble des médecins généralistes du Québec.

«Nous sommes pourtant prêts à gérer nous-mêmes la liste des médecins-dépanneurs pour régler le problème. C'est le cas actuellement des anesthésistes, qui "s'autorégulent". Ces propositions ont été faites au sous-ministre la semaine dernière, mais nous n'avons pas eu de suite. Nous en avons assez du patinage artistique», a dit pour sa part le Dr Christian Hobden, président du REMUQ.

Pour le président du REMUQ, la situation actuelle impose que Québec nomme un sous-ministre attitré aux urgences et que le budget des urgences du Québec, d'environ 110 millions de dollars, soit relevé d'au moins 60 millions.

Contrairement aux procureurs, ces médecins excluent pour l'instant de faire monter la pression sur Québec en enclenchant des moyens de pression qui auraient pour effet de priver la population de soins.

Par ailleurs, les jeunes médecins membres de l'AMJQ, eux, affirment qu'ils soutiendront ceux de leurs membres qui feront le choix d'aller travailler hors du Québec. Et cela si le ministre Legault ne retire pas sa loi spéciale d'ici deux semaines.

«Si, d'ici 15 jours, on ne nous rassure pas d'une façon ou d'une autre, nous allons répondre aux demandes de nos membres en multipliant les séminaires, les conférences et les colloques sur le travail hors Québec», a indiqué hier Johanne Rioux, vice-présidente de l'AJMQ, qui compte plus de 1000 membres.

Cette dernière s'est montrée incapable d'estimer le nombre de jeunes médecins, excédés par la multiplication des contraintes posées par le gouvernement, qui ont l'intention réelle de quitter la province. Mais selon Mme Rioux, plusieurs membres auraient formulé le souhait, par courriel, d'obtenir plus d'information sur les possibilités d'emploi outre-frontières.

Pour les jeunes médecins, la loi 114 n'est que la dernière d'une série de mesures punitives qui les frappent déjà. Ces derniers exigent aussi le retrait des clauses discriminatoires qui font que seuls les médecins ayant moins de quatre années de pratique touchent une rémunération à la baisse de 30 % s'ils refusent de pratiquer en région. Plus encore, l'AMJQ juge que l'obligation de réaliser des activités médicales prioritaires (AMP) dans les CLSC ou les urgences devrait s'appliquer à tous les médecins, quel que soit leur âge.

«Il faut que ceux qui travaillent très fort, comme dans les urgences où beaucoup de jeunes travaillent, soit rémunérés à leur juste valeur et pas en fonction de leur âge», a soutenu hier Johanne Rioux.

Pour ces jeunes médecins, l'amélioration des conditions de pratique constitue la seule vraie solution à la désertion actuelle des salles d'urgence par les membres de la profession, et plus particulièrement par les jeunes finissants.

«Les conditions sont devenues tellement difficiles que l'argument à l'effet que la langue et la culture française retiennent les médecins au Québec tient de moins en moins», estime Luc Bessette.