Autoroute Décarie et rond-point de l'Acadie - Factures-surprises pour Montréal

Le coût du projet du rond-point de l’Acadie devait être de 58 millions. Il se chiffre aujourd’hui à 82 millions et les services municipaux s’attendent à ce que la facture finale avoisine les 100 millions.
Photo: Jacques Nadeau Le coût du projet du rond-point de l’Acadie devait être de 58 millions. Il se chiffre aujourd’hui à 82 millions et les services municipaux s’attendent à ce que la facture finale avoisine les 100 millions.

Le coût des travaux de réfection de l'autoroute Décarie a fait un spectaculaire bond de près de 180 %. Idem pour le rond-point de l'Acadie dont la facture a grimpé de quelque 75 %. Excédée par les trop fréquents dépassements de coûts des travaux menés sur son territoire par Québec, la Ville de Montréal exige du gouvernement le paiement intégral, à l'avenir, pour tout projet, des montants non prévus.

Selon ce qu'a appris Le Devoir, la Ville de Montréal et le ministère des Affaires municipales et de la Métropole négocient actuellement, dans le cadre de la signature prochaine du contrat de ville, une nouvelle façon de répartir la note excédentaire des projets à double responsabilité. Ainsi, plutôt que de continuer à ne payer que sa part des dépassements de coûts des projets qu'il pilote, le ministère des Transports se verra fort probablement dans l'obligation d'assumer l'entièreté de ces factures.

«Bien qu'elles ne soient pas encore finalisées, les négociations vont bon train», a confirmé en entrevue le responsable du transport au comité exécutif de Montréal, Claude Dauphin. «Le but est de se prémunir pour l'avenir puisque de tels dépassements sont appelés à se répéter.»

Dans les deux cas qui nous occupent, l'autoroute Décarie et le rond-point de l'Acadie, les seuls dépassements récents coûteront à la Ville 21 millions, au bas mot. «J'ai sursauté quand j'ai vu ces chiffres, a reconnu M. Dauphin. C'est pourquoi je pense qu'il faut s'entendre, dès aujourd'hui, sur des possibles futurs dépassements de coûts.»

La goutte qui a récemment fait déborder le vase, c'est le montant que la Ville devra assumer pour la poursuite des travaux de réfection de l'autoroute Décarie. Ces derniers mois, le coût de ces travaux a connu une hausse considérable de près de 180 %. La plus récente estimation fixe en effet à 100 millions la facture globale alors qu'en 1999, elle avait été établie à 36 millions.

La réfection des 27 viaducs et des murs de soutènement de l'autoroute Décarie va bon train. Il ne reste plus que cinq viaducs à reconstruire, quelques pans de mur de soutènement à retaper et une portion des parapets situés en tête de mur à restaurer. Mais pour que tous ces travaux jugés «urgents» soient complétés d'ici l'été 2004, la Ville de Montréal doit donc puiser pour une cinquième fois dans ses coffres.

Hier, lors du conseil municipal, la Ville a ainsi dû adopter un règlement d'emprunt autorisant un financement de plus, celui-là de 8,5 millions de dollars. Cette décision fait suite à quatre autres mises de fonds aussi importantes: 9,7 millions en juin 2000, 12 millions en février 2001, 5,8 millions en novembre 2001 et, finalement, 8,4 millions en mai dernier. Au total, la facture pour la Ville se situe aujourd'hui à 45 millions de dollars, soit un peu plus que la quote-part de 41 % prévue.

Un peu plus à l'est

Mais la réfection de l'autoroute Décarie n'est pas le seul projet à avoir poussé Montréal dans ses derniers retranchements. «C'est la même chose pour le rond-point de l'Acadie», a précisé M. Dauphin. Ainsi, les coûts initialement évalués à 58 millions sont aujourd'hui de 82 millions et les services municipaux s'attendent à ce que la facture finale «frôle les 100 millions», ce qui constitue une hausse de plus de 72 %.

Là encore, malgré une hausse spectaculaire des coûts, les travaux vont bon train. La phase 1, qui consistait en la mise en oeuvre de mesures nécessaires pour minimiser les effets négatifs, est terminée depuis plusieurs mois. La deuxième phase, actuellement en cours, vise à aménager du côté est de l'échangeur un pont d'étagement ainsi qu'une voie de desserte. Deux autres phases sont prévues pour ce projet qui devrait occuper la voirie jusqu'en 2004.

C'est dans un tel contexte que la Ville de Montréal, lors de son conseil municipal, hier, a adopté un règlement d'emprunt autorisant le financement de 12,5 millions de dollars. Cela permettra à l'administration municipale d'honorer sa quote-part de 25 % de la facture globale des travaux.

Ces soudaines hausses de coûts, que M. Dauphin juge «excessives», sont attribuables à la complexité des travaux, à la difficulté de maintenir la fluidité de la circulation durant les travaux, à l'inflation des coûts dans l'industrie de la construction ces dernières années ainsi qu'à des dépenses imprévues, selon les fonctionnaires responsables de ces dossiers à la Ville.

L'autoroute Décarie et le rond-point de l'Acadie sont des infrastructures dont la responsabilité est mixte. Selon la loi sur la voirie de décembre 1992, les structures routières enjambant les autoroutes sont une responsabilité partagée. Alors que la structure relève du ministère des Transports, le revêtement, les trottoirs, les parapets, les garde-corps et l'éclairage sont de compétence municipale. C'est avec un tel partage de responsabilité que le coût des projets, incluant les dépassements, est divisé à l'heure actuelle.

«La loi sur la voirie provinciale oblige la Ville à payer sa part. C'est un peu ça qu'on essaie de changer avec le nouveau contrat de ville», a précisé M. Dauphin.

La Ville de Montréal et le gouvernement du Québec espèrent pouvoir déposer le contrat de ville au plus tard le 1er décembre prochain.