Ménard craint l'éclatement du PQ

Les ministres Normand Jutras (Justice) et Serge Ménard (Sécurité publique et Transports) se félicitent en présence du premier ministre Bernard Landry, à la suite du remaniement d’hier effectué en raison de la démission de Paul Bégin, lundi.
Photo: Les ministres Normand Jutras (Justice) et Serge Ménard (Sécurité publique et Transports) se félicitent en présence du premier ministre Bernard Landry, à la suite du remaniement d’hier effectué en raison de la démission de Paul Bégin, lundi.

Québec — Le mouvement souverainiste est en danger d'éclatement et la démission de Paul Bégin, un «souverainiste impatient» comme beaucoup d'autres au sein du Parti québécois, en témoigne.

C'est du moins l'opinion qu'a émise, hier, le nouveau ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard, au cours d'un point de presse tenu à la suite de sa nomination par le premier ministre Bernard Landry.

«Il y en a beaucoup qui pensent comme M. Bégin» au sein du Parti québécois, a reconnu M. Ménard. Certains d'entre eux se «sont manifestés récemment», tant et si bien qu'il y a un «danger», selon le ministre, que ce courant, formé de «souverainistes impatients», fasse boule de neige et entraîne l'éclatement du mouvement indépendantiste. «Si le mouvement souverainiste se divise sur le plan politique, ça veut dire qu'on ne réalisera jamais la souveraineté», a-t-il prévenu hier lors d'un point de presse. Nous ne devons pas nous diviser si nous voulons réaliser la souveraineté.»

De son côté, le premier ministre Bernard Landry comprend mal que des souverainistes convaincus puissent quitter le navire péquiste dans le but de réaliser plus rapidement la souveraineté. «Je trouve bizarre que, pour faire arriver l'indépendance plus vite, on quitte le seul parti qui la préconise», a dit M. Landry, alors qu'il annonçait les changements ministériels nécessaires pour combler le poste de ministre de la Justice laissé vacant par le départ de Paul Bégin.

Rappelant qu'il avait consacré sa vie à défendre deux causes, celle de la modernisation de l'économie du Québec et celle, «plus vaste et fondamentale», de la souveraineté du Québec, M. Landry a dit qu'«il n'était pas convenable que quiconque» mette en doute ses convictions souverainistes et son désir d'atteindre l'objectif. «Le destin national du Québec, il est entre les mains de la population du Québec», a-t-il réitéré. C'est aux militants de se mobiliser et de convaincre la population pour qu'un référendum sur la souveraineté se tienne. Cette approche a reçu un appui «quasi unanime» au dernier conseil national du PQ en septembre, a dit M. Landry. «Ça se fait par le dialogue, l'écoute, la discussion et non pas par la colère et l'impatience: courage, patience, c'est ça qui va nous mener au but», a-t-il dit.

M. Landry a dit comprendre que certains militants soient plus pressés, comme c'est le cas de M. Bégin, «un souverainiste authentique et exemplaire». Mais il croit que «cette espèce de drame de Paul Bégin» va sonner le réveil des millions de souverainistes et leur faire penser «qu'il est temps de se mettre à l'oeuvre».

Pour M. Ménard, la création d'un autre parti politique d'allégeance souverainiste par ces «impatients» entraînerait irrémédiablement la division des indépendantistes. «Le plus grand danger, c'est qu'ils créent un autre parti politique, parce que les votes seraient divisés», a-t-il déclaré.

Lors de son point de presse, le premier ministre a reconnu que sa décision de nommer un médiateur dans le conflit avec les procureurs de la Couronne constitue un désaveu du ministre Bégin. «Oui, il y avait là un point de rupture», a-t-il dit. En pareil cas, un ministre n'a d'autre choix que de se soumettre ou de se démettre. À son retour du sommet de la Francophonie de Beyrouth et d'une mission économique à Londres, M. Landry a constaté que «les positions étaient bloquées». Le conseil des ministres, le caucus de ses députés et les experts qu'il a consultés étaient d'avis qu'il fallait nommer un médiateur en dépit de la situation de grève illégale. «C'est une urgence juridique. Si jamais un crime majeur avait débouché sur une remise en liberté, à cause des chartes des droits, par défaut de poursuivre, ç'aurait été plus dur à affronter» que cette autre démission d'un ministre, a-t-il dit.

Le premier ministre a nommé le député de Drummond, Normand Jutras, au poste de ministre de la Justice. M. Jutras abandonne toutefois ses actuelles fonctions de ministre de la Sécurité publique. M. Landry a expliqué que le ministre de la Justice devait être à distance de la responsabilité de la force policière, qui échoit au ministre de la Sécurité publique.

Le député de Laval-des-Rapides, Serge Ménard, devient donc ministre de la Sécurité publique, une fonction qu'il a déjà assumée et qu'il cumulera avec ses responsabilités actuelles de ministre des Transports. M. Ménard a indiqué que ce cumul lui permettra de réformer plus facilement le système des contraventions pour infractions au Code de la route. Le non-paiement de ces contraventions ne conduira plus à une peine d'emprisonnement, mais plutôt à une suspension du permis de conduire.