Bush perd de sa superbe

George W. Bush a rencontré hier la nouvelle présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi.
Photo: Agence Reuters George W. Bush a rencontré hier la nouvelle présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi.

Washington — La débâcle des républicains a fait perdre de sa superbe à George W. Bush. Le président s'est déclaré «ouvert à toutes les idées et à toutes les propositions» sur l'Irak hier, au moment d'engager les consultations avec la majorité démocrate portée au Congrès par des élections qui annoncent une nouvelle ère politique.

Après avoir remporté la Chambre des représentants, les démocrates, tenus à l'écart du pouvoir pendant quasiment toute la présidence Bush, ont également conquis le Sénat à la faveur d'une dernière victoire décisive dans l'État de la Virginie.

M. Bush, menacé de paralysie politique, a réaffirmé hier sa volonté de «tourner la page des élections et de travailler ensemble sur les grandes questions auxquelles l'Amérique est confrontée». Cela vaut aussi pour l'Irak, a-t-il dit.

«Je suis ouvert à toutes les idées et à toutes les propositions qui nous aideront à atteindre notre objectif, qui est de vaincre les terroristes et de faire en sorte que le gouvernement démocratique irakien réussisse», a-t-il dit à l'issue de la première réunion de son administration depuis les élections. Dès mercredi, M. Bush avait tiré les conséquences d'une défaite qui, selon son propre mot, a tourné à la «raclée». Il s'est séparé de son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le visage impopulaire de la guerre en Irak, et a tendu la main aux démocrates, qu'il a plus ou moins ignorés pendant presque six ans. La prochaine majorité démocrate du Sénat américain a affiché hier sa volonté de coopérer avec Bush et son Parti républicain, tout en indiquant qu'elle était prête à affronter le président pour mieux défendre «l'Américain moyen».

Tout à la joie de la victoire qui venait à peine d'être officialisée, le prochain chef de la majorité démocrate, Harry Reid, a déclaré: «C'est le temps du changement, le temps de la coopération entre partis, le temps d'un gouvernement ouvert et transparent, et le temps d'obtenir des résultats.»

«Résisterons-nous au président [Bush] quand nous pensons qu'il se trompe? Oui, a précisé pour sa part l'architecte de la reconquête du Sénat, le sénateur Charles Schumer. Mais notre vraie mission est de travailler ensemble, d'aider les familles américaines et de faire une Amérique meilleure, et nous nous engageons aujourd'hui à ne jamais perdre de vue cette mission», a lancé M. Schumer lors d'une très festive conférence de presse organisée à l'extérieur du Capitole, le siège du Congrès.

George Bush a exprimé sa volonté de trouver avec eux «les terrains d'entente» sur lesquels gouverner «avec les deux partis». Il a lui-même reconnu que l'impopularité de la guerre avait été déterminante aux élections.

Hier midi, il a rencontré la probable nouvelle présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, l'une de ses adversaires les plus virulentes, et un autre haut responsable démocrate, Steny Hoyer. L'un des plus éminents conseillers du président, Dan Bartlett, a concédé sur la chaîne CBS que ce déjeuner aurait «un peu le goût d'une soupe au vinaigre». Mais, a-t-il dit, «les deux dirigeants ont à parler d'affaires immédiates que ce Congrès doit mener à bien d'ici à la fin de l'année. Ensuite, ils peuvent engager les conversations sur le programme de l'année prochaine.» Mme Pelosi a elle aussi exprimé sa volonté de compromis sur CBS.

La grande question sera cependant de savoir jusqu'où les deux parties sont prêtes à aller dans la recherche du consensus. L'administration et la majorité démocrate partent de positions éloignées pour se retrouver sur un terrain commun à propos de l'Irak.

Les démocrates ont réclamé pendant toute la campagne un changement de direction. M. Bush a réaffirmé mercredi que, malgré la mort de plus de 2800 soldats, les centaines de milliards dépensés et l'hécatombe des dernières semaines en Irak, l'armée américaine ne se retirerait qu'avec la victoire. Il a cependant ouvert la voie au changement en remplaçant Donald Rumsfeld par Robert Gates, réputé comme un pragmatique, et en soulignant la nécessité de «nouvelles perspectives».

Cependant, «le président est ouvert au compromis, mais pas au compromis sur les principes», a déclaré de manière générale le porte-parole de la Maison-Blanche Tony Snow.«Nous devons commencer le redéploiement de nos troupes hors d'Irak, et nous devons engager la discussion diplomatique avec les pays de la région pour apporter la stabilité et la reconstruction en Irak», a dit Mme Pelosi, alors que la Maison-Blanche répugne à parler aux voisins iranien et syrien de l'Irak.

Les conclusions d'un groupe d'études pour l'Irak, conduit par l'ancien secrétaire d'État James Baker et l'ancien parlementaire démocrate Lee Hamilton, sont attendues avec impatience. Publiées dans les prochaines semaines, elles pourraient proposer un retrait progressif des troupes.