Poutine frappera les terroristes «où qu'ils se trouvent»

Vladimir Poutine
Photo: Agence Reuters Vladimir Poutine

Moscou — Le président Vladimir Poutine a averti hier que les terroristes seraient frappés «où qu'ils se trouvent» alors que la Russie rendait hommage aux 117 victimes de la prise d'otages de Moscou. Le pays semble soulagé par le dénouement rapide du drame, mais redoute de nouveaux actes de terreur et s'interroge sur la nature du gaz utilisé par les forces spéciales et qui a tué la majorité de ces victimes.

«La Russie ne fera aucune concession aux terroristes, et ne cédera jamais au chantage», a ajouté Vladimir Poutine, se plaçant sur le même terrain que le président George W. Bush après les attentats du 11 septembre.

Le président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov a appelé M. Poutine à des négociations, mais le Kremlin l'a accusé d'être impliqué dans la prise d'otages, ce que celui-ci dément formellement.

«Il n'y a qu'une seule démarche raisonnable, se mettre à la table des négociations. Sinon c'est la mort, le sang, les otages, la mort des innocents», a déclaré M. Maskhadov à l'AFP. «L'action désespérée des kamikazes est la conséquence directe de la guerre horrible menée contre le peuple tchétchène», a-t-il ajouté.

«Après ce qui s'est passé, de quoi peut-on parler avec ceux qui ont tenu un rôle plus que certain dans l'organisation de cet acte terroriste», a rétorqué le Kremlin.

Le président russe n'engagera pas de négociations en vue d'une solution politique au conflit en Tchétchénie «à moins que la communauté internationale ne prenne des mesures décisives pour l'amener sur la voie de la paix», a déclaré de son côté à Copenhague le vice-premier ministre tchétchène, Ahmed Zakaïev.

Des mises en garde ont été de nouveau formulées à l'encontre des médias, accusés par le pouvoir de trop donner à la parole aux «terroristes». M. Poutine est apparu à la télévision, menant des réunions avec les chefs des structures de forces (ministère de l'Intérieur, services spéciaux) et les chefs de factions politiques, soulignant le thème d'une unité nationale. Il a aussi reçu l'ancien premier ministre Evgueni Primakov, qui tenta, vendredi, une vaine médiation avec les preneurs d'otages, et apporta publiquement son appui un règlement de la crise par la force.

Le président russe a annoncé qu'en raison de «la menace croissante du terrorisme international, des ordres allaient être donnés aujourd'hui à l'état-major pour un changement des plans d'action des forces armées». Une déclaration qui devrait se traduire par un regain des opérations menées en Tchétchénie où des militaires russes ont déclaré être prêts à «écraser les terroristes».

Moscou a également menacé en septembre de lancer une intervention armée en Géorgie pour neutraliser les combattants tchétchènes qui, selon Moscou, se trouvent sur son territoire.

Poutine furieux contre le Danemark

Le président Poutine, furieux de la tenue au Danemark d'une réunion prônant la paix en Tchétchénie, a obtenu hier le déplacement à Bruxelles d'un sommet UE-Russie, prévu à Copenhague le mois prochain. Dans un autre signe de mécontentement envers le Danemark, M. Poutine a annulé la visite bilatérale prévue le 12 novembre au lendemain du sommet UE-Russie, selon le ministère russe des Affaires étrangères.

La Russie, traumatisée par une prise d'otages en plein Moscou par des indépendantistes tchétchènes, a exercé, en vain, des pressions massives au cours du week-end pour que le Danemark empêche l'organisation d'une réunion baptisée «Congrès mondial» tchétchène hier et aujourd'hui à Copenhague.

La Russie affirme que certains intervenants sont liés aux auteurs de la prise d'otages de la semaine dernière qui s'est achevée samedi par une intervention des forces spéciales russes, causant la mort d'une cinquantaine de preneurs d'otages et d'au moins 117 otages. Le Danemark, qui préside l'Union européenne pendant le second semestre 2002, a décidé d'organiser le sommet en terrain neutre, à Bruxelles le 11 novembre.

Le congrès sur la Tchétchénie, qui s'est ouvert normalement hier, rassemble environ une centaine de responsables tchétchènes, russes, européens et américains en faveur d'un processus de paix dans cette république séparatiste russe.

Drapeaux en berne

Dans toute la Russie, les drapeaux ont été mis en berne alors que le gouvernement et les écoliers ont observé une minute de silence en hommage aux victimes. Les télévisions et les radios ont renoncé à la publicité et les programmes de variétés ont été supprimés.

Sur les lieux de la prise d'otages, un théâtre du sud-est de Moscou où se jouait la comédie musicale à succès Nord-Ost, les Moscovites ont déposé des bouquets de fleurs et allumé des bougies. Un office des morts a été célébré par le Patriarche orthodoxe Alexis II. Cent dix-sept otages sont décédés, dont 115 en raison de l'inhalation d'un gaz incapacitant utilisé par les forces spéciales russes lors de l'assaut donné samedi à l'aube pour mettre fin à la prise d'otages de quelque 800 personnes. 405 ex-otages sont toujours hospitalisés, dont 45 dans un état grave. Une quarantaine de familles sont sans nouvelles de leurs proches.

La presse russe et les hommes politiques, à l'exception du parti communiste, se sont pourtant abstenus de critiquer l'assaut des forces spéciales. Kommersant (libéral) est l'un des rares quotidiens à mettre en cause l'utilisation d'un gaz incapacitant dont la composition demeure un mystère, accusant les services de sécurité (FSB) de s'être livrés «à une expérience sur les otages».

Les secouristes ne disposaient pas de moyens pour en neutraliser les effets sur les otages ou pour s'en protéger eux-mêmes, selon l'un d'eux. Un médecin des urgences a également estimé que davantage de vies auraient pu être sauvées si les autorités avaient informé les médecins sur la nature du gaz et mieux organisé les secours.

La presse se montre en revanche sévère sur le fait qu'une prise d'otages ait pu être menée à bien par plus de 50 indépendantistes sans éveiller les soupçons. «Comment se fait-il que le ministre de l'Intérieur ait découvert seulement après l'assaut qu'il y avait à Moscou un réseau terroriste?», s'interrogeait Vremia Novosteï.

Un policier ayant fourni des informations au commando pendant la prise d'otages a été arrêté, selon un responsable des services spéciaux, cité par la presse.